20.05.2008

Peinture canadienne: Daniel Barkley

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Etudes pour des saints: saint Roch, saint Stéphane, saint Vit.

Présentation de l'artiste

(extraite d'un article paru sur Fugues.com, un excellent site gay canadien. Pour voir la totalité de l'article, cliquer ici)

Né à Montréal en 1962, Barkley est titulaire d’une maîtrise en Beaux-arts de l’Université Concordia et se consacre à son œuvre depuis une vingtaine d’années. Il a à son actif une vingtaine d'expositions, la plupart à l'extérieur du Québec, et plusieurs de ses tableaux font partie de collections privées au Canada et aux États-Unis. En 2000, il se méritait le premier prix de la Société canadienne des peintres en aquarelle et, en 2002, le premier prix en peinture de la Society of Canadian Artists. Encore peu vu au Québec, son oeuvre gagne à être connu car Barkley est un important représentant du nouveau réalisme dans la peinture canadienne contemporaine.

Les œuvres de Daniel Barkley déroutent, fascinent, intriguent tant l’intensité dramatique qui émane d’elles attire l’œil et le retient en contemplation. On cherche à comprendre, à scruter le regard des personnages pour capter ce qu’ils vivent. On voudrait parfois être là, participer au rituel, au rêve, au drame qui se déroulent devant nous. Barkley vient nous chercher dans ce que nous avons d’irrésolu, d’inquiet, d’angoissé au fond de nous mais sans jamais verser dans la facilité ou la morbidité. L’observateur peut ressentir de l’inquiétude devant le réalisme absurde de certains tableaux à l’imaginaire cauchemardesque ou les corps désarticulés de certains personnages, mais il émane de ses œuvres une attirance qu’on dirait magique.

Dans tous ses tableaux, le nu est mis en scène sans fard ni artifice. Cette nudité, franche, jamais indécente, donne aux personnages dépouillés de leurs masques vestimentaires une puissance d’expression décuplée. On dirait qu’ils démontrent par là toute la vérité de leurs émotions, l’intense réalité du drame intérieur qu’ils vivent, la fragilité de leur enveloppe physique. Les corps, tantôt couverts d’une boue dorée, parfois souillés de terre ou de sang, ou encore tatoués de signes et symboles ésotériques, prennent des positions que dictent l’extase, la démence ou le rêve.

Tout en demeurant résolument contemporain et personnel, Barkley renoue avec les grands noms de la peinture classique par ses thématiques mythologiques et bibliques, ses compositions et son rendu technique. Ainsi, certains de ses tableaux dialoguent avec les grands maîtres tels Grünewald, Bosch, Le Caravage... Dans toutes ses œuvres Barkley démontre la maîtrise de sa technique, un sens profond de l’équilibre dans ses compositions, une forte personnalité d’artiste et un amour passionné de la peinture.

Pour découvrir l'oeuvre de Daniel BARKLEY, visitez son site en cliquant ici

30.03.2008

Un Sébastien de Ribera au Havre

Tantelu et moi-même revenons d'un séjour dans l'estuaire de la Seine, cette côte normande que nous aimons particulièrement. Pourtant jamais jusqu'aujourd'hui notre guidon ne nous avait conduit au Havre, une ville qui fut rasée par les bombardements et reconstruite dans un style uniforme qu'il est semble-t-il difficile d'apprécier.

Notre voiture se dirigea aussitôt vers le Musée Malraux, qui annonce avoir la deuxième collection impressioniste de France. Il présente aussi quelques tableaux plus anciens et nous avons longuement admiré ce Sébastien de Ribera.

Le Havre Mars 2008 023

C'est Tantelu qui l'avait remarqué de loin:

TTL: Oh Luc, as-tu remarqué ce  beau jeune homme, ce grand corps allongé et tellement élégant, on dirait un peu un Greco.

LLB: C'est un Ribera, Tantelu, c'est bien dans ses tonalités, mais je suis un peu étonné qu'il l'ait si peu dramatisé.

TTL: Mais qui regarde-t-il donc? Il a l'air heureux d'être attaché là, à ce tronc d'arbre, d'ailleurs regarde les liens, ils sont un peu relâchés, comme s'il s'agissait d'un jeu. Vois comme la corde qui entoure le biceps ne le serre d'aucune façon.Tu as vu, ils disent qu'il s'appelle Sébastien, j'ai connu un Sébastien, non peut-être deux, ou trois...

Le Havre Mars 2008 025

LLB: Je ne sais qui il regarde, mais il a l'air langoureux et passionné, comme dans une scène de domination amoureuse. Peut-être s'agit-il d'un jeu, tu as justement remarqué que les cordes ne le serrent d'aucune façon. Il est alangui et c'est comme s'il posait un peu.

Le Havre Mars 2008 020

TTL: Oui, d'ailleurs note l'élégance de la position des mains, comme sa main gauche est longue et fine, il la tient de la plus jolie des manières, et sa main droite, tournée vers celui qu'il regarde, comme s'il attendait d'en recevoir un amour extatique. Et puis le pagne qui est prêt à tomber, il a déjà la cuisse tout dénudée. Dommage que l'artiste l'ait laissé. Quoique, cela ajoute peut-être à l'érotisme. Et ce regard, tu as vu le blanc des yeux, c'est sans doute cela se regarder dans le blanc des yeux quand on est amoureuse.

Le Havre Mars 2008 026

LLB: Il n' y a qu'une flèche. Si je me rappelle bien, j'ai déjà vu des représentations de cette scène, avec plus d'une flèche qui transperce le corps de Sébastien.

Le Havre Mars 2008 022

TTL: Mais il ne la remarque même pas, il n'y a aucune expression de souffrance sur le visage du gentil Sébastien... Quel beau grand jeune homme , vraiment, tu as vu la carrure, et tous ces muscles longs et souples, la musculature toute tendue  de la jambe, la seule qui soit enserrée d'un lien un peu crédible, je meurs...

Le Havre Mars 2008 024

LLB: Je devrais un jour établir la statistique du nombre de flèches et de leurs emplacements dans l'iconographie de Sébastien. Quel est le nombre moyen  de flèches? Quel est l'endroit du corps où la flèche vient le plus souvent se ficher...

TTL: Je m'en fiche un peu, Luc.

LLB: Très drôle..., tu as vu, c'est curieux, Sébastien est seul sur le tableau, mais en fait nous sommes au moins cinq dans cette salle

TTL: Qu'est-ce que tu racontes? ll n'y a que nous deux!

LLB: Exact, nous sommes deux voyeurs qui regardons une scène où il manque au moins deux personnages, qui sont absents tout en étant très présents: l'Amant de Sébastien, vers qui tout son corps et son visage sont tendus, et ses bourreaux, ceux qui l'ont si mollement attaché et l'archer qui  a tiré la flèche qui lui perce le flanc. Et la nature est si peu présente qu'on ne peut en faire un personnage: un tronc d'arbre, un peu de feuillage, un rocher et un ciel un peu dramatique, toute l'attention est centrée sur la scène amoureuse et plus particulièrement sur ce qu'éprouve le jeune Sébastien.

TTL: Un peu comme dans une partouze...Tu as vu le téton, il n'a jamais été fort travaillé celui-là...Il est tout petit, pas de quoi y faire un piercing.

Le Havre Mars 2008 029 - Copie

LLB: Passons, Tantelu, c'est parfois pénible comme tu peux être frivole...En tout cas le fait qu'il n'y ait qu'une seule flèche indique peut-être que nous ne sommes qu'au début de l'action; peut-être d'autres flèches vont-elles être tirées et transpercer ce jeune dieu.

TTL: Je ne te suis pas tout à fait, Luc, moi j'en resterai avec la tendresse et les chairs de ce grand corps puissant, ce torse et ces jambes magnifiques qui se découplent sur la diagonale de la toile, ce regard plein d'amour.

LLB: Ah, c'est bien, tu attires mon attention sur la géométrie du tableau. As-tu remarqué l'envergure des bras, un peu disproportionnés, qui occupent autant d'espace que tout le corps, et qui sont disposés en svastika.

TTL: Tu peux parler comme tout le monde, c'est énervant ces pédanteries de petit professeur...

LLB: La Svastika, la croix gammée si tu préfères, un vieux symbole de l'Inde antique que les nazis ont détournée de son sens premier.

TTL: C 'est vrai que le corps forme une espèce de croix...

LLB: Bon, bon, on va laisser les commentateurs chrétiens donner leur propre interprétation du tableau...Et quand il le feront, tu peux être assurée qu'ils oublieront de mentionner qu'il se peut bien que  Sébastien fût un des amants favoris de l'empereur Dioclétien.