21/05/2010

'Biologie de l'homosexualité' en débat (1) Le regard d'Arc-en-ciel Wallonie/ la réponse du Professeur Balthazart

Balthazart_biologie_homosexualite

                                              Thierry Delaval,  Président d'Arc-en-ciel Wallonie a récemment publié sur le site de cette association un compte-rendu critique de  l'étude du Professeur Jacques Balthazart Biologie de l'homosexualité, un livre qui avait fait débat dans les milieux homosexuels dès avant sa sortie, parfois même sur son seul intitulé.

Biologie de l'homosexualité est publié aux éditions Mardaga, qui vient d'en publier une deuxième édition, le premier tirage ayant en effet été épuisé dès la sortie de l'ouvrage.

L'analyse de Thierry Delaval

postée sur le site Arc-en-ciel Wallonie en date du 25 avril

thierry

En février dernier, Jacques Balthazart, endocrinologue à l'Université de Liège, publiait un livre visant à synthétiser ce que la biologie sait de l'homosexualité (Editions Mardaga 2010).

Une somme très intéressante de recherches essentiellement anglo-saxonnes, peu connues chez nous, mais qui laisse perplexe.

Lorsqu'il étudie l'homosexualité, le biologiste s'attache-t-il d'abord à comprendre de quoi il s'agit ?

Selon Jacques Balthazart, on naît homosexuel, on ne choisit pas de le devenir. L'origine de l'homosexualité est davantage à chercher dans la biologie des individus que dans l'attitude de leurs parents ou dans les décisions conscientes des sujets concernés. L'orientation sexuelle serait sous le contrôle d'un ensemble de facteurs environnmentaux et biologiques, mais ces derniers auraient un rôle déterminant.

Le livre cherche dès lors à présenter la littérature scientifique, très abondante mais presqu'exclusivement anglo-saxonne, qui tend à confirmer l'existence d'une base biologique à l'orientation sexuelle humaine. En synthèse, l'influence serait le fait du milieu hormonal auquel est exposé l'embryon, en association avec des prédispositions génétiques plus ou moins "pénétrantes" (c'est-à-dire la proportion entre le nombre d'individus porteurs d'un caractère génétique et celui chez qui cela se traduira par un comportement correspondant).

Commentaire

Le point de départ du livre est tout-à-fait pertinent. Sa lecture m'a pourtant laissé perplexe sur de nombreux aspects.

Disons tout de suite qu'il contient un grand nombre d'informations extrêmement utiles et intéressantes. C'est d'ailleurs la principale qualité du livre que d'être extrêmement documenté. De plus il donne accès au public francophone à un champ de recherche presqu'exclusivement anglo-saxon. Il y a pourtant des lacunes, notamment concernant le règne animal. La seule homosexualité "spontanée" à ce niveau concerne les moutons ! C'est un peu court.

Par contre la structure du raisonnement est très lacunaire. Deux exemples.

Premièrement, Balthazart fait sien le principe de continuum entre homosexualité et hétérosexualité (échelle de Kinsey notamment), mais il ne s'en sert nulle part pour interpréter les résultats des recherches biologiques qu'il expose. Toutes les expériences qu'il cite sont construites sur l'opposition homo/hétéro. Parallèlement, il a l'honnêteté d'exposer en début d'ouvrage que l'attirance sexuelle est le résultat de diverses dimensions dont toutes ne sont pas observables par la biologie et les neuro-sciences. Mais dans la suite du bouquin, il réfute systématiquement toute autre source d'observation (psychologie et psychanalyse essentiellement). En fait, l'objet même de ce bouquin tend à varier au fil des chapitres. C'est une incohérence majeure de l'ouvrage dont l'auteur ne semble pas être conscient.

Deuxièmement, Si encore une fois il y a un grand intérêt dans les recherches exposées avec rigueur, je trouve que Balthazart surinterprète les résultats en faveur de la démonstration biologique. Il estime en effet que les éléments d'explication, s'ils sont parcellaires et doivent encore être approfondis, plaident tout de même pour une plus grande solidité de cette explication par rapport aux autres, alors même qu'aucune des recherches mentionnées ne peut expliquer plus de 50% des situations.

Ce que cette somme des recherches menées sur plus de 50 ans tend dès lors à mettre en évidence, c'est la pauvreté des résultats probants. La limite de la biologie est notamment qu'elle ne s'intéresse qu'à la fonction reproductive de la sexualité, ce qui revient finalement à se mettre deux fois en porte à faux avec le principe de continuum : homo vs hétéro et efficacité reproductive ou non.

Il y a toutefois des éléments rassurants.

A ceux qui s'inquiéteraient de possibles dérives eugénistes si l'on venait à découvrir le gène de l'homosexualité, ce livre apporte un démenti catégorique. Si une démonstration devait être faite un jour de son déterminisme biologique, elle serait forcément multi-causale : à la fois génétique, chromosomique, hormonale, congénitale... sans complètement exclure les influences environnementales.

Par ailleurs, même si les hypothèses fondamentales des recherches biologiques sont encore trop influencées par une vision fort peu nuancée de l'homosexualité (on souhaiterait que cette science s'intéresse davantage au phénotype qu'elle étudie), elles plaident fortement en faveur d'une objectivation déculpabilisante basée à la fois sur la variabilité naturelle et l'absence de choix.

La réponse du  Professeur Jacques Balthazart

jacques

Liège le 20 mai 2010

      Cher Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de vos commentaires sur mon livre “Biologie de l’homosexualité: On nait homosexuel, on ne choisit pas de l’être” (Mardaga, Wavre, février 2010 ) publiés sur le site  http://www.arcenciel-wallonie.be. Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre appréciation en général positive de cet ouvrage. Par ailleurs pour répondre à vos objections et enrichir le débat, je me permets de vous communiquer quelques informations complémentaires qui pourraient intéresser vos lecteurs.

-Je souscris personnellement à  la notion de continuité entre hétéro- et homo-sexualité  avec différents niveaux intermédiaires comme décrit originellement dans les travaux d'Alfred Kinsey.  Je suis intéressé par la compréhension de l'orientation sexuelle en tant que telle et ne me focalise pas spécifiquement sur l'homosexualité, comme cela m'a été reproché sur différents blogs. Malheureusement, la recherche sur les déterminismes de l'homosexualité s'est, pour des raisons pragmatiques assez évidentes, focalisée sur les extrêmes et n'a fait que comparer, à quelques exceptions près, des individus strictement hétéro- à des individus strictement homo-sexuels. Même en se focalisant sur les extrêmes, il est très difficile d'atteindre des conclusions significatives. Cela explique pourquoi dans le reste de mon livre je ne mentionne que des résultats concernant ces extrêmes. C'est l'état actuel de la recherche qui le veut et je le déplore comme vous. J'aurais peut–être dû ajouter une note explicative à ce sujet.

-Je suis d'accord avec vous sur le fait que mon livre se focalise et fait la part belle aux explications biologiques de l'orientation sexuelle. Mon but était en écrivant cet ouvrage de rétablir une balance donnant un poids raisonnable aux explications biologiques alors que seules des explications dérivées des théories freudiennes, constructivistes ou behavioristes se retrouvent habituellement dans les publications en langue française. Comme je le mentionne à plusieurs reprises dans l'ouvrage, je ne rejette cependant pas en bloc les explications de type psychologique. Je pense simplement qu'elles ont à ce jour apporté moins d'arguments concluants. La recherche devrait continuer en ce sens également.

-Enfin, comme vous le relevez de façon correcte, tous les mécanismes biologiques, qu'ils soient hormonaux, génétiques ou immunologiques ne semblent expliquer au mieux qu'une partie des cas d'orientation homosexuelle (50 % dans les meilleurs cas). J'en suis tout à fait conscient: on est ici face au problème du verre à moitié vide ou à moitié plein. Devons-nous croire que des recherches plus approfondies conduiront à des données plus convaincantes expliquant une plus grande partie des faits d'observation ou au contraire que l'explication biologique a atteint son niveau maximal et que d'autres mécanismes non identifiés devront être découverts? Je pense personnellement que la combinaison des différents types de mécanismes biologiques détermine de façon prénatale des prédispositions très fortes à l'homo- ou hétérosexualité qui se révéleront de façon post-natale à condition qu'un environnement permissif (à identifier) soit présent. Cette conclusion reste cependant provisoire. J'en discute avec pas mal de détails dans la section finale du livre.

Toutes ces considérations mises à part, il n'en reste pas moins que  la partie expliquée de l'orientation homosexuelle l'est à ce jour par des mécanismes de nature biologique agissant de façon prénatale. Seul l'avenir nous dira jusqu'où ce type d'explication pourra nous conduire. Dans l'état actuel des connaissances, cette constatation devrait être de nature à faciliter l'acceptation de l'homosexualité par les personnes concernées et leur entourage. J'espère que ces quelques mots d'explication vous permettront de mieux comprendre le message que je désirais transmettre en écrivant cet ouvrage. Je serais heureux que vous fassiez part de ces quelques remarques à vos lecteurs. 

Cordialement 

Jacques Balthazart

18/02/2010

Lesbiennes, gays, bis, trans : combien de divisions ?

Une réflexion de Thierry Delaval parue sur le site d'Arc-en-ciel Wallonie en date du 14 février. En voici l'introduction:

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                                   On se pose, et on nous pose souvent la question : combien y a-t-il de gays, lesbiennes et bis en général, ou dans notre pays. Pour pouvoir répondre à cette question, il importe d'abord de savoir de quoi l'on parle.

« Le pape, combien de divisions ? » aurait répondu Staline en 1945 à Winston Churchill qui lui demandait de respecter les libertés religieuses. L’histoire a montré pourtant que le petit état du Vatican, fièrement défendu par les superbes et fort seyants Gardes Suisses, s’est montré plus résistant que la puissante Union Soviétique.

Le nombre importerait donc peu. Il est vrai que l’amour entre personnes de même sexe est bien plus séculaire encore que la vénérable église catholique et que malgré la répression le nombre de personnes LGBT est remarquablement constant dans l’histoire et sur toutes les surfaces émergées du globe. Historiens, anthropologues et même biologistes et éthologues convergent sur ce point. Indépendamment du débat, un peu vain, sur les causes biologiques ou socio-éducatives, la diversité des orientations sexuelles est un fait de société et une donnée culturelle qui s’imposent à toutes les civilisations du monde.

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