08.06.2008

La mort du chien, une nouvelle de Luclebelge

La première chose qui apparaît, c'est un chien. Pas n'importe quel chien, un chien mort, un chien qui n'est plus là. Puis pour un moment très bref, un autre chien, mort lui aussi, bien avant le premier, et qui l'aimait. Les deux chiens se sont aimés, ils ont même eu des petits. Mais cela c'est une autre histoire, elle nous éloigne du sujet.
 
Le chien mort apparaît dans un cadre, et l'histoire dérape à nouveau car surgit la pensée de l'achat du cadre dans un supermarché de bricolage, c'est un cadre en bois naturel, bon marché, je suis toujours à la recherche du bon marché. J’ai fait confectionner aux dimensions du pastel. Le pastel est dans un camaïeu de gris et de noirs, avec des touches de brun, et des blancs. Dans le cadre, le pastel du chien, rien que sa tête en gros plan, en agrandi, le pastel doit faire deux fois et demi à trois fois la grandeur réelle de la tête du chien.
 
C'est un bon pastel. Le chien a posé. Je l'ai fait poser, je l'ai obligé à poser. Je me souviens, je me suis mis en colère et plusieurs fois ai giflé le chien en lui gueulant dessus pour qu'il ne bouge pas, pour qu'il tienne la pose. Il avait la tête posée sur le carrelage et le corps comme s'il dormait, mais les yeux grands ouverts. Il voulait obéir, mais c'est difficile même pour un chien.
 
Les gens aiment les chiens parce que les chiens obéissent. Les gens passent leur temps à essayer de faire en sorte que les autres leur obéissent, mais cela ne marche pas, alors ils sont déçus et se tournent vers les chiens.
 
J'ai du remords de l'avoir giflé, mais le remords, cela ne sert à rien, certainement pas au chien. D'ailleurs il est mort. Je m'égare, le cadre, le chien dans le cadre. Le chien a l'oeil noir et vif, il regarde avec intelligence. Il y a des reflets de lumière dans l'oeil. Le poil est abondant et long, un poil gris et noir avec des touches de brun et de  blanc, surtout gris . J'ai mis mon amour du chien dans le pastel, et le pastel tient la distance du temps, il pend toujours là, quelque part dans un endroit que j'ai quitté, comme le chien. Le chien est resté fidèle, pas moi.
 
C'est un pastel crayeux et sec, de bonne marque, pas de ces pastels gras à l'huile. Un pastel qui poudre sur le papier d'emballage brun. Quand il en vient trop, on souffle, et la poudre s'éparpille. Ou alors on peut l'étendre du bout de l'index, ça boit tout de suite l'humidité du doigt. J'ai dû mettre une heure et demie. Pour ce que j'en dis.
 
J'avais imaginé passer le cadre au pinceau, avec un vernis à l'huile brillant, un gris perle. Une idée, comme çà, qui n'est même pas devenue un projet.
 
Il y a quelque part un autre pastel de l'autre chien, la femelle, mais il est moins réussi, moins vivant, j'aimais moins l'autre chien. On ne réussit jamais bien que ce qu'on aime, on ferait bien mieux d'ailleurs de passer sa vie à aimer. Vous êtes-vous déjà représenté le temps que vous passez à autre chose? C'est incalculable.
 
Le second pastel est un pastel grandeur nature d'un vieux chien roux, sur fond vert. J'ai mis du vert par manque d'originalité, comme qui dirait par poncif, parce qu'on dit que le vert va bien avec le roux. C'est un manque d'audace, un manque de recherche, un manque d'attention, un manque d'amour quoi!
 
L'image du chien mort vivant dans le cadre. Le chien m'a attendu pour mourir. J'étais à huit cents kilomètres, en train d'aimer un homme qui m’avait presque fait oublier le chien. Ma mère avait recueilli le chien en bougonnant avec amour. Maman a une capacité incroyable pour aimer dans le grommellement. L'amour est beaucoup plus fort, il perce le bougonnement comme une épingle un furoncle plein de pus.
 
Un jour maman, un mercredi, a téléphoné. Elle a dit il ne mange plus, il est là couché sur le carrelage de la buanderie, il cherche le froid, il ne reste pas sur sa couverture, il se traîne pour sortir, tu ne penses pas que je devrais appeler le vétérinaire. J'ai dit non, attends un peu, peut-être cela ira mieux tout seul, je serai là lundi, mais au fond de moi je savais bien que c'était la fin. Le dimanche, elle a dit, il fait en dessous de lui, il respire mal, il ne boit plus, il faut que je lui humecte la truffe. J'ai dit, j'arrive demain, je me lèverai très tôt, je serai là en début d'après-midi. Il me faut dix heures pur faire les huit cent kilomètres.
 
A la fois c'était un soulagement. Le chien venait d'avoir seize ans. Depuis un an et demi que j'avais tout quitté et m'étais éloigné, là-bas, ici, à huit cents kilomètres, j'avais dû confier le chien à maman. Qui veut prendre soin d'un vieux chien de quatorze ans et demi, malade, cardiaque, avec des médicaments pour le coeur qu'on doit lui donner tous les jours dans la gueule sinon une mère? C'est à cela qu'on reconnaît la mère dans la femme. La mère c'est le côté coeur, c'est le côté amour inconditionnel, on devrait tous prendre soin du monde comme d'un petit sa mère. Mon ex avait dit c'est ton chien, tu l'as voulu, tu n'as qu'à t'en occuper. Le prendre avec moi,… mais ici c'est un quatrième sans ascenseur, les animaux ne sont pas admis et puis il n'y a pas d'arbre, pas d'herbe à renifler, pas d'endroit où laisser sa trace. Alors le chien avait été chez maman, et ils se sont aimés.
 
Le lundi, je me suis levé qu'il devait être quatre heures, c'était l'hiver, c'était la nuit. Après six heures de route, j'ai téléphoné, maman a dit c'est la fin, j'appelle le vétérinaire. Je pleurais depuis longtemps au volant de ma voiture. Je savais que je rentrais pour tuer le chien. J'ai dit maman attends fais-le attendre, je serai là pour une heure. Demande au vétérinaire de passer vers deux heures, dis-lui pour quoi c'est. Mon petit chien allait mourir. J'ai pleuré et j'ai prié pendant deux heures et demi, le reste du trajet. J'ai dit des mantras pour le chien et j'ai commencé la pratique du p'owa, une pratique tibétaine pour les morts. Je ne sais si c'est permis pour les chiens, mais c'est des êtres vivants, ça doit marcher aussi.
    
Je suis arrivé et j'ai à peine embrassé maman. Je suis allé tout de suite chez le chien. Il respirait mal, la tête écrasée sur le carrelage entre les deux pattes trop écartées, un peu comme écartelées. Le corps très pesant sur le sol dur et froid où maman avait posé des journaux pour l'urine et les excréments. C'était jaune, poisseux et liquide, cela collait par endroits aux poils. Je pleurais en hoquetant et j'avais du mal à voir le chien. J'espérais qu'il me reconnaisse, pour pouvoir lui demander pardon. Il avait les yeux fermés, alors je me suis mis à lui parler doucement en passant ma main devant la truffe pour qu'il sente mon odeur. Il a frémi et a essayé de bouger, et j'ai su alors qu'il m'avait reconnu. Je l'ai senti, au fond de moi, dans mon ventre et dans mon coeur. J'ai dit c'est moi le chien, pardon le chien je t'aime le chien. Je le lui ai dit cent fois très doucement entre les larmes. J'ai posé ma tête à côté de la sienne et lui ai soufflé mon haleine et j'ai mis mon amour dans mon haleine. Je lui ai demandé pardon, pardon pour toutes les fois où je l'avais frappé parce qu'il ne m'obéissait pas, pardon de ne m'être pas assez occupé de lui, pardon d'être parti si souvent en vacances, pardon de n'avoir pas choisi les meilleurs morceaux de nourriture, pardon de l'avoir envoyé promener seul, pardon de l'avoir abandonné, pardon d'avoir mal aimé. Je lui tenais la patte, et nos pouls mêlaient leurs battements. Je sentais la douleur du chien qui s'en allait et j'étais proche du chien. Je le remerciais d'être venu dans ma vie et d'y avoir mis sa lumière de chien, cette affection constante, ce refus qu'il avait de mordre quand j'essayais de lui ouvrir la gueule pour y mettre la main entre ses crocs, sa répugnance pour cela, sa joie de bondir et de sauter dans les champs, son agressivité avec les vaches et les moutons, sa rage de voir un autre mâle, même les plus puissants. Pardon et merci, pardon et merci et bon voyage. Je voulais qu'il sache que ma tristesse n'avait pas d'importance, qu'il ne fallait pas qu'il s'y attache, que je lui demandais de partir l'âme en paix, qu'il avait accompli sa tâche de chien, que nous n'avions plus besoin de lui, qu'il pouvait s'occuper de lui à présent, de son âme de chien. Il ne fallait surtout pas qu'il reste attaché à nous. La mort, les gens qu'on aime quand on meurt, c'est un peu comme la laisse autour du cou, on la sent et même si personne ne la prend de l'autre côté, même si personne ne vous tire, vous ne bougez tout de même pas, il y a le sentiment de la laisse, çà suffit pour vous immobiliser. Je lui ai expliqué ce qui allait se passer, son âme qui allait rencontrer la lumière et qu'il ne fallait pas qu'il ait peur, que cette lumière n'était pas dangereuse, pas comme les phares des voitures qu'il faut éviter dans la nuit, qu'au contraire il devait aller vers la lumière, aller dans la lumière, se laisser écraser par la lumière, se dissoudre dans la lumière, être la lumière. Je lui ai tenu la patte et me suis mis à commencer le p'owa, mais on a sonné, et je savais que Jean-Yves était arrivé.
 
Jean-Yves, c'est le vétérinaire, il est plus jeune que moi, il a été autrefois mon élève quand j‘étais professeur. Je l'aimais bien, il était brillant et très critique, mais avec un côté bon enfant, pas de méchanceté. Son jeune cerveau aimait à s'aiguiser sur celui de ses professeurs, ces meules. Je l'avais rencontré des années plus tard bêtement dans un supermarché, le crâne dégarni, avec une femme et deux enfants à la traîne. Il m'avait raconté, les études, le service militaire, la pratique vétérinaire, et j'avais su que j'avais vieilli. Puis naturellement, comme nous étions d'un quartier voisin, je l'avais pris comme vétérinaire. C'est un bon vétérinaire. Je le recommande volontiers. Avant de partir, avant de laisser le chien à maman, je l'avais consulté pour le coeur. Il avait dit qu'il y avait peu de chances que le chien vive longtemps, mais maman sait comment s'y prendre pour soigner les vieux, elle a soigné son propre père, puis le mien, son mari, elle bougonne mais elle est attentive, et le chien a encore vécu deux ans. Beaucoup de céréales, peu de viande et des promenades régulières, pas de sucreries, d'ailleurs il n'aimait pas les sucreries. Les vieux chiens n'ont plus de grands besoins en viandes. Il recevait le même médicament que papa avant qu'il ne meure, pour le coeur, mais à une dose de chien. Maman en avait conservé, ils étaient périmés, mais on avait pensé que c'était toujours assez bon pour le chien. On les envoyait bien en Afrique, pas les chiens morts, les médicaments périmés
 
Je n'avais plus vu Jean-Yves depuis deux ans, mais on n'a pas parlé, il a parlé, il a pris les choses en main, très professionnel. Cela devait être rassurant. Il a vu le chien, il a dit, bon il souffre, on ne peut plus rien faire que le soulager. Il a expliqué: le chien ne boit et ne mange plus parce que les poumons du chien sont pleins d'eau, c'est le coeur; le coeur ne pompe plus, il a un très gros coeur, le double ou le triple de la normale, le coeur n'en peut plus, alors les poumons se remplissent d'eau et le chien doit conserver toute son énergie pour respirer. S'il s'arrête pour manger ou pour boire, il étouffe, alors il n'arrête pas. Si on ne le pique pas, il peut encore durer huit jours, et il va mourir dans des souffrances atroces. Jean-Yves a dit: vous ne devez pas rester, ce n'est pas beau à voir. Mais j'ai dit non en pleurant, je veux lui tenir la patte, c'est atroce de partir tout seul, je veux lui tenir la patte et lui faire le p'owa. Cela, je ne l'ai pas dit, c'est inutile de se mettre à expliquer, et puis cela ne sert à rien. Alors Jean-Yves a dit: il y a deux méthodes, une rapide, qui est élégante pour le maître, c'est le curare. On pique le chien au curare et c'est une belle mort dans l'apparence, les maîtres sont satisfaits, ils disent il a eu une belle mort, d'ailleurs j'aimerais autant mourir comme ça, c'est idiot les lois qu'on a. Maman dit ça aussi: quand je commencerai à me dégrader, tu me donneras une pilule, comme si je me promenais avec des capsules de cyanure dans les poches. J'ai dit non maman. Couper les appareils, ça oui, mais pas la pilule, d'ailleurs je n'en ai pas, laisse des papiers. Mais a dit Jean-Yves, le curare, c'est salaud pour le chien, on voit toujours de la terreur dans les yeux du chien, il sait qu'il meurt, que c'est fini. L'autre méthode, c'est moins beau, mais c'est mieux pour le chien. Je l'endors d'abord, je le pique au coeur ensuite, il meurt plus doucement, plus lentement et il ne souffre pas. J'ai dit la seconde, et d'ailleurs Jean-Yves ne m'aurait pas laissé le choix, j'ai déjà dit, c'est un bon vétérinaire. J'avais la patte du chien dans la main, et je crois que je l'ai embrassé avant que Jean-Yves ne commence. Avec la morphine, le chien s'est assoupi, mais pas tout à fait. Jean-Yves a dit il ne se laisse pas aller tout à fait, s'il se laissait aller, il étoufferait à cause des poumons. Moi je pleurais toujours et je disais en moi-même au chien adieu ne reste pas il est temps de t'en aller, je t'aime et je veux que tu t'en ailles, ne regarde pas en arrière, ne t'attarde pas, tu as été un très bon chien, peut-être que tu auras une bonne réincarnation, peut-être que tu recevras la précieuse existence humaine, je prie pour ça. Après quelques minutes, Jean-Yves a fait bon il ne sent plus rien, vous ne devez pas rester si vous ne voulez pas, quand on n'a pas l'habitude. Mais je ne veux pas avoir l'habitude, je veux regarder la mort venir, avec les yeux grands ouverts, même s'ils sont pleins de larmes. Je m'en foutais de ce que Jean-Yves pouvait bien penser de mes larmes, et d'ailleurs je crois bien qu'il en pensait du bien, c'est un type humain Jean-Yves, il aime les animaux. Alors Jean-Yves a rempli une grande seringue avec un liquide, et a enfoncé la grande aiguille dans le coeur du chien, et le chien a tout doucement commencé à se raidir et à se recroqueviller, cela a duré de longues minutes, à la fin il avait les yeux ouverts, vitreux, comme couverts d'une taie, et les babines violettes retroussées sur les crocs apparents, la mâchoire comme très serrée. C'était le chien, il est mort. Jean-Yves a dit bon je dois le mettre dans un sac poubelle en plastique et le porter à l'incinérateur, vous ne devez pas rester si vous voulez, mais un cadavre, cela n'est qu'un cadavre, çà n'est plus le chien, et j'ai proposé de l'aider, mais il a dit non ça va aller. Il a fait disparaître le chien dans le sac plastique et il l'a porté dans sa voiture. Puis il est monté parler un peu avec moi et maman, on a parlé du chien, de la maladie et de la mort du chien. J'ai payé Jean-Yves et il est parti, je l'ai remercié, c'est chouette qu'il soit venu dès qu'on l'avait appelé. Maman a dit bon je descends nettoyer, qu'est-ce que tu vas faire avec les affaires du chien, on pourrait donner la laisse et le restant de nourriture à ta cousine. Maman a le sens pratique. Elle a nettoyé les souillures du chien, puis je suis descendu et lui ai demandé de me laisser seul dans la buanderie. Je me suis assis en tailleur, en demi-lotus et j'ai commencé le p'owa. Je connaissais les instructions, on l'avait pratiqué récemment pour une amie et son mari qui s'étaient tués dans un accident de voiture. J'ai pris des respirations profondes pour me calmer un peu, j'ai regardé la respiration qui rentrait et puis qui sortait, et chatouillait le bout de mon nez, puis j'ai pensé au chien et l'image du chien mort m'est apparue. Alors j'ai demandé très très fort à tous les bouddhas, à tout ce qui sur terre ou ailleurs aujourd'hui ou avant a ressemblé tant soit peu à un vrai humain, à un humain réalisé de venir faire un cercle autour du chien. Et ils sont venus, des tas de bouddhas et de boddhisattvas que je ne connais pas, et des inconnus lumineux, de petites gens ignorées du monde et pleins de lumière, et aussi Jésus, Marie et des tas de saints, saint François et mère Thérésa, le père Damien et Padmasambava, même le Bouddha historique Sakyamuni, et peut-être aussi Platon, enfin bien assez de monde et ils ont fait un cercle de lumière autour du chien et ils se sont mis à envoyer leur lumière et moi la mienne, ma faible petite lumière comme une obole dans leur immense générosité et le chien est devenu tout lumineux, tout brillant. J'en ai profité pour mettre papa avec le chien pour faire d'une pierre deux coups et peut-être aussi Carlo,un ami mort du sida, je ne sais plus. Alors j'ai demandé à papa et au chien de se laisser aller, de se laisser dissoudre dans la lumière, de devenir la lumière, de devenir le corps lumineux des bouddhas, et ils se sont laissé aller et ils ont disparu dans la lumière. Bonne chance le chien, bonne chance papa. Je suis resté encore un peu à sangloter, un peu soulagé quand même parce que je pensais que cela lui avait fait du bien au chien. Puis je suis remonté parler avec maman. Elle n'a pas montré beaucoup qu'elle avait de la peine, elle aussi, mais c'est une femme qui a l'habitude de résister, et je savais qu'elle aimait le chien et qu'elle l'avait bien soigné.
 

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08.04.2008

Paterlini: Couples gays, une étude-fiction

Le titre  ne rend compte que partiellement du contenu de l'ouvrage, on aurait préféré Couples lesbigays, car les dix histoires alternent les récits de vies de couples homosexuels de gays et de lesbiennes, des couples qui constituent autant de familles de modèles différents. Chaque chapitre présente un couple et est à deux voix qui le plus souvent alternent: l'un parle, puis l'autre, puis l'un..Les couples sont simplement présentés par les numéros: UN et DEUX, les catégories de mari et de femme ont disparu.

Paterlini présente la vie quotidienne des couples avec une tendresse réaliste. Cela sonne vrai, et c'est respectueux des personnes et cela rend bien compte des difficultés qu'elles rencontrent: celles inhérentes au commun des humains, celles aussi qui trouvent leur origine dans les intolérances sociétales. 

 

Présentation de l'éditeur

Paterlini, Piergiogio
Couples gays - Dix histoires de familles homosexuelles


Couples gays

Editions Luc Pire - Société

Dix histoires de familles homosexuelles

Sous le couvert de la fiction, Piergiorgio Paterlini nous livre le parcours de dix couples homosexuels. Dix histoires uniques et authentiques qui emmènent le lecteur à la découverte d’hommes et de femmes qui, entre émois et angoisse, doutes et certitudes, se sentent engagés « pour de bon », « pour la vie » – certains devant Dieu, d’autres devant le notaire, d’autres encore devant leurs familles et amis.

Loin de la caricature, l’auteur retranscrit avec pudeur et émotion les confidences faites par ces couples qui ont partagé avec lui leur point de vue sur l’amour, l’engagement, la foi, le monde, l’homosexualité et sa perception par la société.

Traduction : Franck Merger

Ce spécialiste de la littérature française du XXe siècle est agrégé de Lettres classiques et docteur en Littérature française du XXe siècle de l'université de Paris IV-Sorbonne depuis 2002. Franck Merger est l’auteur de nombreux articles et ouvrages para-scolaires et para-universitaires dans le domaine des études françaises. Depuis 2006, il se prépare à un doctorat d'études italiennes sur Quasimodo (poète italien du XXe s., prix Nobel de Littérature) à l'université de Paris III-Sorbonne nouvelle.

Texte : Piergiorgio Paterlini

Piergiorgio Paterlini a commencé sa carrière en tant que journaliste avant de s’orienter vers l’écriture narrative, le théâtre et la télévision. Les enquêtes sur des sujets de société l’ont amené à produire ses textes les plus aboutis et les plus marquants.

Disponibilité
Parution Belgique: 20/08/2007
Parution France: 06/09/2007

16.07.2007

Le PINUS ERECTUS et le TUMULUS SACRÉ

Récit de Tante Lucie

Mes chéri.e.s,

Hier au matin, après la becquée prise en gaie compagnie sur la terrasse du jardin, - des pistolets sortis du four, des oeufs bio, des confitures maison de saison que votre TanteLulu avait préparées avec amour et savoir-faire, il faut goûter ma groseille-rhubarbe, une pure merveille...notre petite bande joyeuse et internationale s´en est allée en promenade. Nous descendions vers la rivière quand Hans-l´Allemand nous fit remarquer un tertre surplombé de trois chênes...

 

chenes sacres

Photo: l´ami Yorgos, tous droits réservés.

Nous nous interrogeâmes: que recelait ce tumulus qui semblait ancien? Nous nous sentions environnés d´étranges énergies...

Yorgos-le-Grec prit la photographie, Hans-l´Allemand , notre scientifique, parlait d´une campagne de fouilles à organiser, de trésors cachés, Luclebelge, dans sa sagesse déjà légendaire, proposa de respecter la sacralité du lieu: si les populations indigènes avaient laissé le tumulus intact pendant des siècles, il fallait que nous nous en remettions à leur bon sens inné et que nous nous laissions traverser par les bonnes ondes qui émanent du tertre. Savoir lire les signes et être attentifs. Et moi, dans ma simplicité, j´ imaginais des stratagèmes pour que mon frère siamois, Luclebelge, accepte de venir certains jours d´été s´asseoir sur le banc, face aux chênes, pour que je puisse y tricoter pendant qu´il méditerait ou lirait quelque livre singulier.

On est bien peu de choses, pensais-je.

Nous longeâmes quelques instants la rivière en jouissant de la fraîcheur des frondaisons, puis pénétrâmes dans la forêt, les mollets griffés par des ronces rampantes qui portaient des espoirs de mûres.

Au détour du chemin mal tracé, Yorgos-le-Grec, notre photographe féru de sciences naturelles, nous fit remarquer un rare spécimen de Pinus erectus. Quel bonheur, pensai-je: après la beauté du tumulus, la nature nous gratifiait d´un incomparable cadeau: un PINUS ERECTUS bien vigoureux. Mes chéri.e.s, il y a BIEN LONGTEMPS que je n´en avais plus vu! Cela me rappela ma jeunesse, mais passons...Yorgos-le-Grec prit la photographie.

pinus erectus

Photo: l´ami Yorgos, tous droits réservés

Luclebelge ferma les yeux et se mit en méditation, -ses narilles frétillaient au parfum délicat et envoûtant du Pinus-, il prit des inspirations de plus en plus profondes. Son visage se relaxa et un léger halo de lumière entoura son crâne chauve. Il se tourna alors vers ses compagnons et dit:

"Mes amis, c´est un signe qu´il nous faut honorer. Tressons une couronne de lauriers druidique pour célébrer le moment et l´heure, car en vérité, je vous le dis, rien n´est plus beau dans la vie d´un gay que de se prosterner devant un PINUS ERECTUS de belle taille."

Nous nous exécutâmes et honorâmes les saints protecteurs du PINUS ERECTUS: Ganymède et Cyparisse, David, qu´a si bien représenté Michelange, et Sébastien le bien percé. Nous entourâmes avec grand respect le Pinus erectus du feuillage dévotionnel.

pinus erectus laurier

Photo: l´ami Yorgos, tous droits réservés

J´ en suis encore tout émue et moins fofolle qu´à l´habitude, ce qui a d´ailleurs ravi mon frère siamois, que j´énerve parfois et qui me trouve un peu excessive je le crains.

Puissiez-vous tou.tes ressentir le bonheur que nous éprouv^mes lors de cette promenade.

Mes chéri.e.s, puissiez-vous être heureux.ses!

Tante Lucie

08:24 Publié dans Contes et nouvelles, écrits divers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : litterature, recit, homosexualite, gay, gays, nature, paysage | | |  Facebook |