12.04.2010
Le chagrin des Polonais, par Irène Kaufer
Le chagrin des Polonais
Par Irène Kaufer :: 11/04/2010

Je sais : ce n'est pas très charitable de s'en prendre à un mort, et moins encore quand il est décédé dans les circonstances tragiques d'une catastrophe aérienne, qui a fait des dizaines d'autres victimes, moins médiatisées. Mais il y a quelque chose d'indécent dans le débordement d'hommages rendus au président Lech Kaszynski, quel que soit le respect que l'on puisse avoir pour le chagrin et le désarroi du peuple polonais. Cette espèce de "Lech-bottes" généralisé va bien au-delà de la simple politesse diplomatique à laquelle, par ailleurs, les médias ne sont nullement tenus.
Car enfin, qui était Lech Kaszynski ? Un anticommuniste très primaire, instigateur d'une chasse aux sorcières qui indisposait jusqu'au très droitier Lech Walesa ; un homophobe qui s'était fait un nom en interdisant la Gay Pride alors qu'il était maire de Varsovie (1), un « catholique convaincu » que, s'il professait une autre religion, on n'hésiterait pas à qualifier d'"intégriste"... Un grand ami aussi de Radio Maryja, une station ouvertement xénophobe et antisémite qui, outre son combat contre le mariage homosexuel et l'avortement, s'est aussi distinguée en menant une bataille contre le remboursement des bien juifs spoliés pendant la deuxième guerre mondiale (2). En voilà un qui n'avait pas besoin de porter un "signe convictionnel ostensible", selon le nouveau vocabulaire en vogue, pour afficher ses positions !
Or que lit-on dans les médias ? A côté d'expressions de deuil et de condoléances de circonstance, le portrait d'un homme qui "prônait une réforme de la Pologne dans la justice, la solidarité et l'honnêteté" (3). On sourit d'une telle originalité car on connaît peu d'hommes politiques ayant pour projet – du moins ouvertement.. - de conduire leur pays sur la voie de l'injustice, de l'égoïsme et de la corruption... Un homme "dévoué à la liberté et la dignité de l'homme", grandiloque Obama. Un président avant tout soucieux de "la démocratie, la liberté et la lutte contre le totalitarisme", ânonne Sarkozy. "Un ami d'Israël", le regrette-t-on à Tel Aviv, faisant mine d'ignorer ses amitiés avec les antisémites de Radio Maryja !
Certes, en cherchant bien, on peut aussi lui trouver quelques côtés plus sympathiques. Antilibéral dans tous les sens du terme, il a rechigné à signer le Traité de Lisbonne et s'est opposé à la privatisation de secteurs-clé comme la santé, se disant sensible au sort des plus démunis – à condition, bien sûr, qu'ils soient polonais, farouchement anticommunistes, catholiques et hétérosexuels.
Bref, même si j'aurais préféré qu'il démissionne ou mieux, qu'il soit électoralement viré par le peuple polonais, comme l'a été son frère jumeau Jaroslaw, la disparition de ce personnage de la vie politique européenne ne m'apparaît pas comme une "perte irrémédiable", comme il est de bon ton de l'écrire
Je profite de l'occasion pour soulever une question que je me pose à chaque catastrophe : comment les croyants – et on connaît la religiosité des Polonais – arrivent-ils à échapper au doute alors que là, on ne peut vraiment pas dire que "Dieu a reconnu les siens " ? Lech Kaszynski était un chrétien exemplaire, prêt à faire un rempart de son corps contre les hordes infidèles, homophiles et avorteuses partant à l'assaut de la vertueuse Pologne. Plus bigot que ça, tu meurs ! Au moment où l'avion allait s'écraser au sol, où donc était ce Dieu bon et tout puissant, alors qu'il Lui suffisait de remuer un de Ses doigts célestes pour soulever l'appareil et le poser en douceur sur une piste d'atterrisage, ou au moins dans une prairie ? S'Il voulait se rappeler au bon souvenir de ses ouailles – peut-être y avait-il même un mécréant dans l'avion, qui sait, ces mauvaises herbes poussent partout ! - il pouvait n'intervenir qu'à la dernière minute, et les passagers en auraient été quittes pour une grosse frayeur. A moins qu'Il n'ait été trop occupé à tenter d'éteindre l'incendie qui couve autour de son cher Benoît et des scandales de pédophilie...
Qu'on (re)trouve la foi suite à un traumatisme personnel, je peux encore le comprendre : dans ces cas-là, on fait ce qu'on peut pour ne pas sombrer. Mais quand ce Dieu (supposé bon, de surcroît !) s'en prend à des créatures qui, en apparence, ont tout tenté pour lui plaire, comment peut-on encore croire à son existence - à moins que ce soit pour le maudire ?
Décidément, les chemins de la foi me sont impénétrables. S'il y a des croyants dans la salle, qu'ils m'expliquent. Vraiment, j'aimerais comprendre...
(1) http://www.tetu.com/actualites/international/La-Pologne-e...
(2 )http://www.golias.fr/spip.php?article1683
(3) Selon la dépêche de l'AFP reprise par de nombreux journaux
09:40 Publié dans Politiques, élections, actions et campagnes | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : pologne, homophobie, catholicisme, lech kaszynski |
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10.03.2010
La gauche polonaise pour le contrat d'union civile
La gauche polonaise (SLD, Alliance de la gauche démocrate) a décidé de déposer un projet de loi de partenariat civil pour les couples tant homosexuels qu'hétérosexuels. Il s'agit notamment de permettre à ces couples de rentrer une déclaration d'impôts commune et de bénéficier du droit à l'héritage. Le projet de loi sera déposé dans le courant du mois de juin. Il s'agit de la deuxième tentative de ce parti d'introduire le partenariat civil. Il y a 7 ans, en 2004, un projet similaire avait été enterré avant même d'être proposé au parlement, à cause de dissensions internes au parti: le chef de groupe SLD, Włodzimierz Cimoszewicz, avait à l'époque refusé de présenter la proposition de loi au parlement...
Le SLD travaille à sa proposition de loi depuis un an. Le parti a récemment rencontré des représentants des milieux gays et lesbiens, qui ont pu exposer leurs revendications: acquisition de la citoyenneté polonaise pour le partenaire étranger, droit de visite en hôpital et accès aux informations médicales du partenaire incapacité, droit à l'héritage et à l'imposition commune, etc. Les échanges ont été fructueux et un groupe de travail commun est né de cette rencontre.
Le SLD veut ajourd'hui aller de l'avant, même s'il est conscient du fait que le projet actuel a très peu de chances d'aboutir. Il estime cependant que cela vaut la peine de préparer un projet de loi, qui restera disponible pour des temps meilleurs, au cas où les mentalités évolueraient. Et le SPD veut aussi, en présentant un projet de loi, forcer les autres partis politiques à prendre des positions claires sur les droits des minorités sexuelles. On sait déjà que le parti ultra-conservateur Droit et Justice (PiS) y est farouchement opposé. La droite libérale (PO), actuellement au gouvernement, s'y oppose également. Et les sondages d'opinion sont désastreux: trois quart des Polonais sont opposés à l'octroi de droits aux personnes gays et lesbiennes.
Source: le site gay autrichien GGG.at
06:05 Publié dans Mariage, pacs, et contrats | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : sld, pologne, gay, homosexualite, pacs, contrat d union civile, parteariat enregistre, droit des gays, pis, po |
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03.03.2010
La Cour européenne condamne la Pologne pour discrimination à l'encontre d'un homosexuel

Arrêt de chambre1
Kozak c. Pologne (requête no 13102/02)
VIOLATION DE LA CONVENTION EN RAISON DU REFUS DE RECONNAÎTRE À UN HOMOSEXUEL LE DROIT À LA TRANSMISSION D’UN BAIL APRÈS LE DÉCÈS DE SON COMPAGNON
A l’unanimité
Violation de l’article 14 (interdiction de la discrimination)
combiné avec l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale)
de la Convention européenne des droits de l’homme.
Principaux faits
Le requérant, Piotr Kozak, est un ressortissant polonais né en 1951 et résidant à Szczecin (Pologne). Pendant plusieurs années, il vécut avec son compagnon, avec qui il entretenait une relation homosexuelle, dans un appartement de la commune dont son compagnon était locataire. Après le décès de celui-ci en avril 1998, il demanda à la commune le droit de reprendre le bail. Le service des bâtiments communaux lui opposa un refus en juin 1998, soutenant qu’il n'avait pas vécu dans l'appartement avant le décès de son compagnon, et lui ordonna de déménager.
Alors que la procédure d’expulsion dirigée contre le requérant était encore pendante, celui-ci engagea en 2000 contre la municipalité une action en vue de se voir reconnaître le droit à la transmission du bail. Se fondant sur la loi sur le logement alors en vigueur, il soutint qu'il avait droit à la transmission, étant donné qu'il avait vécu dans le même foyer que son compagnon pendant plusieurs années et donc en concubinage avec lui. Le tribunal de district rejeta la demande, déclarant en particulier que le droit polonais ne reconnaissait que le concubinage entre deux personnes de sexe opposé. Le tribunal régional confirma le jugement en appel en juin 2001.
Le tribunal régional ne fit pas droit à la demande du requérant qui l’invitait à poser à la Cour suprême une question de droit concernant le point de savoir si la clause du « concubinage » devait s’interpréter comme s’étendant également aux personnes vivant une relation homosexuelle. Il ne demanda pas non plus à la Cour constitutionnelle de dire si cette clause, interprétée comme s’étendant uniquement à des partenaires hétérosexuels, était compatible avec la Constitution polonaise et la Convention.
Griefs, procédure et composition de la Cour
Invoquant en particulier les articles 8 et 14 de la Convention, le requérant se plaignait d’une discrimination fondée sur son homosexualité en ce que les tribunaux polonais avaient refusé de lui reconnaître le droit à la transmission d'un bail après le décès de son compagnon.
La requête a été introduite devant la Cour européenne des droits de l’homme le 23 août 2001.
L’arrêt a été rendu par une chambre de sept juges composée de :
Nicolas Bratza (Royaume-Uni), Président,
Lech Garlicki (Pologne),
Giovanni Bonello (Malte),
Ljiljana Mijović (Bosnie-Herzégovine),
David Thór Björgvinsson (Islande),
Ján Šikuta (République slovaque),
Ledi Bianku (Albanie), juges,
et Lawrence Early, greffier de section.
Décision de la Cour
A l’instar du gouvernement polonais, la Cour juge contradictoires certaines déclarations faites par le requérant devant les juridictions et les autorités internes à propos de la nature et de la durée de sa relation avec son compagnon ainsi que de leur vie commune dans l’appartement de ce dernier. Toutefois, il ne lui appartient pas de dire laquelle des juridictions du fond a correctement établi les faits. Elle doit limiter son examen à la procédure en cause concernant la transmission du bail au requérant.
La Cour observe qu’en recherchant si le requérant remplissait les conditions posées par la loi sur le logement les juridictions internes ont essentiellement tenu compte de la relation homosexuelle de l’intéressé avec son compagnon. Si le tribunal de district a en outre exprimé des doutes sur le point de savoir si le requérant avait vécu dans l’appartement à l’époque considérée, les deux juridictions ont rejeté la demande de l’intéressé au motif qu’en droit polonais seule une relation entre une femme et un homme remplissait les conditions requises aux fins de la clause de concubinage.
La Cour reconnaît que la protection de la famille, fondée sur l’union entre un homme et une femme, telle que prévue par la Constitution polonaise, constitue en principe un motif légitime permettant de justifier une différence de traitement. Toutefois, lorsqu’il cherche à ménager l’équilibre voulu entre la protection de la famille et les droits que la Convention reconnaît aux minorités sexuelles, l’Etat doit tenir compte de l’évolution de la société, notamment du fait qu’il n’existe pas seulement une façon pour un individu de mener sa vie privée. La Cour ne peut admettre qu’il soit nécessaire, aux fins de la protection de la famille, de refuser de manière générale la transmission d’un bail aux personnes vivant une relation homosexuelle. Partant, elle conclut, à l’unanimité, à la violation de l’article 14 combiné avec l’article 8.
***
L’arrêt n’existe qu’en anglais. Ce communiqué est un document rédigé par le greffe. Il ne lie pas la Cour. Les textes des arrêts sont disponibles sur son site Internet (http://www.echr.coe.int).
La Cour européenne des droits de l’homme a été créée à Strasbourg par les États membres du Conseil de l’Europe en 1959 pour connaître des allégations de violation de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950.
1 L’article 43 de la Convention européenne des droits de l’homme prévoit que, dans un délai de trois mois à compter de la date de l’arrêt d’une chambre, toute partie à l’affaire peut, dans des cas exceptionnels, demander le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre (17 membres) de la Cour. En pareille hypothèse, un collège de cinq juges examine si l’affaire soulève une question grave relative à l’interprétation ou à l’application de la Convention ou de ses protocoles ou encore une question grave de caractère général. Si tel est le cas, la Grande Chambre statue par un arrêt définitif. Si tel n’est pas le cas, le collège rejette la demande et l’arrêt devient définitif. Autrement, les arrêts de chambre deviennent définitifs à l’expiration dudit délai de trois mois ou si les parties déclarent qu’elles ne demanderont pas le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre.
Source: le site de la Cour européenne des droits de l'homme
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| Tags : pologne, discrimination, cour europeenne des droits de l homme |
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La Cour européenne condamne la Pologne pour discrimination à l'encontre d'un homosexuel

Arrêt de chambre1
Kozak c. Pologne (requête no 13102/02)
VIOLATION DE LA CONVENTION EN RAISON DU REFUS DE RECONNAÎTRE À UN HOMOSEXUEL LE DROIT À LA TRANSMISSION D’UN BAIL APRÈS LE DÉCÈS DE SON COMPAGNON
A l’unanimité
Violation de l’article 14 (interdiction de la discrimination)
combiné avec l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale)
de la Convention européenne des droits de l’homme.
Principaux faits
Le requérant, Piotr Kozak, est un ressortissant polonais né en 1951 et résidant à Szczecin (Pologne). Pendant plusieurs années, il vécut avec son compagnon, avec qui il entretenait une relation homosexuelle, dans un appartement de la commune dont son compagnon était locataire. Après le décès de celui-ci en avril 1998, il demanda à la commune le droit de reprendre le bail. Le service des bâtiments communaux lui opposa un refus en juin 1998, soutenant qu’il n'avait pas vécu dans l'appartement avant le décès de son compagnon, et lui ordonna de déménager.
Alors que la procédure d’expulsion dirigée contre le requérant était encore pendante, celui-ci engagea en 2000 contre la municipalité une action en vue de se voir reconnaître le droit à la transmission du bail. Se fondant sur la loi sur le logement alors en vigueur, il soutint qu'il avait droit à la transmission, étant donné qu'il avait vécu dans le même foyer que son compagnon pendant plusieurs années et donc en concubinage avec lui. Le tribunal de district rejeta la demande, déclarant en particulier que le droit polonais ne reconnaissait que le concubinage entre deux personnes de sexe opposé. Le tribunal régional confirma le jugement en appel en juin 2001.
Le tribunal régional ne fit pas droit à la demande du requérant qui l’invitait à poser à la Cour suprême une question de droit concernant le point de savoir si la clause du « concubinage » devait s’interpréter comme s’étendant également aux personnes vivant une relation homosexuelle. Il ne demanda pas non plus à la Cour constitutionnelle de dire si cette clause, interprétée comme s’étendant uniquement à des partenaires hétérosexuels, était compatible avec la Constitution polonaise et la Convention.
Griefs, procédure et composition de la Cour
Invoquant en particulier les articles 8 et 14 de la Convention, le requérant se plaignait d’une discrimination fondée sur son homosexualité en ce que les tribunaux polonais avaient refusé de lui reconnaître le droit à la transmission d'un bail après le décès de son compagnon.
La requête a été introduite devant la Cour européenne des droits de l’homme le 23 août 2001.
L’arrêt a été rendu par une chambre de sept juges composée de :
Nicolas Bratza (Royaume-Uni), Président,
Lech Garlicki (Pologne),
Giovanni Bonello (Malte),
Ljiljana Mijović (Bosnie-Herzégovine),
David Thór Björgvinsson (Islande),
Ján Šikuta (République slovaque),
Ledi Bianku (Albanie), juges,
et Lawrence Early, greffier de section.
Décision de la Cour
A l’instar du gouvernement polonais, la Cour juge contradictoires certaines déclarations faites par le requérant devant les juridictions et les autorités internes à propos de la nature et de la durée de sa relation avec son compagnon ainsi que de leur vie commune dans l’appartement de ce dernier. Toutefois, il ne lui appartient pas de dire laquelle des juridictions du fond a correctement établi les faits. Elle doit limiter son examen à la procédure en cause concernant la transmission du bail au requérant.
La Cour observe qu’en recherchant si le requérant remplissait les conditions posées par la loi sur le logement les juridictions internes ont essentiellement tenu compte de la relation homosexuelle de l’intéressé avec son compagnon. Si le tribunal de district a en outre exprimé des doutes sur le point de savoir si le requérant avait vécu dans l’appartement à l’époque considérée, les deux juridictions ont rejeté la demande de l’intéressé au motif qu’en droit polonais seule une relation entre une femme et un homme remplissait les conditions requises aux fins de la clause de concubinage.
La Cour reconnaît que la protection de la famille, fondée sur l’union entre un homme et une femme, telle que prévue par la Constitution polonaise, constitue en principe un motif légitime permettant de justifier une différence de traitement. Toutefois, lorsqu’il cherche à ménager l’équilibre voulu entre la protection de la famille et les droits que la Convention reconnaît aux minorités sexuelles, l’Etat doit tenir compte de l’évolution de la société, notamment du fait qu’il n’existe pas seulement une façon pour un individu de mener sa vie privée. La Cour ne peut admettre qu’il soit nécessaire, aux fins de la protection de la famille, de refuser de manière générale la transmission d’un bail aux personnes vivant une relation homosexuelle. Partant, elle conclut, à l’unanimité, à la violation de l’article 14 combiné avec l’article 8.
***
L’arrêt n’existe qu’en anglais. Ce communiqué est un document rédigé par le greffe. Il ne lie pas la Cour. Les textes des arrêts sont disponibles sur son site Internet (http://www.echr.coe.int).
La Cour européenne des droits de l’homme a été créée à Strasbourg par les États membres du Conseil de l’Europe en 1959 pour connaître des allégations de violation de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950.
1 L’article 43 de la Convention européenne des droits de l’homme prévoit que, dans un délai de trois mois à compter de la date de l’arrêt d’une chambre, toute partie à l’affaire peut, dans des cas exceptionnels, demander le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre (17 membres) de la Cour. En pareille hypothèse, un collège de cinq juges examine si l’affaire soulève une question grave relative à l’interprétation ou à l’application de la Convention ou de ses protocoles ou encore une question grave de caractère général. Si tel est le cas, la Grande Chambre statue par un arrêt définitif. Si tel n’est pas le cas, le collège rejette la demande et l’arrêt devient définitif. Autrement, les arrêts de chambre deviennent définitifs à l’expiration dudit délai de trois mois ou si les parties déclarent qu’elles ne demanderont pas le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre.
Source: le site de la Cour européenne des droits de l'homme
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06.01.2010
Pologne: le Musée de Varsovie expose l'art homoérotique
Le Musée National de Varsovie a décidé d'apporter sa contribution à la lutte contre les préjugés à l'encontre des homosexuels en proposant une exposition sur les motifs homoérotiques dans l'art intitulée "Homo ars erotica". Le titre de l'exposition rappelle qu'une exposition très hétérosexuelle intitulée "Ars erotica" avait été organisée par le même musée en 1994.

Le commissaire de l'exposition, Pawel Leszkowicz, a accordé une interview au quotidien "Gazeta Wyborcza". L'exposition se veut une lecture de l'histoire de l'art au regard du désir homosexuel. L'exposition devrait ouvrir ses portes au mois de juin. Parmi les oeuvres présentées, cette mort de Hiacynthe par Aleksander Kiselew (1838-1911). Il va sans dire qu'en Pologne la polémique fait rage autour de l'organisation de cette exposition.
On sait que l'homophobie est extrêmement préoccupante en Pologne; l'organisation de cette exposition me paraît une initiative des plus heureuse, et elle aura lieu précisément au moment même où Varsovie accueillera l'Europride (9 au 18 juillet). Cela me semble très encourageant de constater qu'il y a des forces progressistes à l'oeuvre en Pologne pour contrer les menées réacionnaires de l'église catholique et de la droite extrême.
Plus d'info: lire l'interview en polonais de Pawel Leskowicz en cliquant ici. Traduction approximative (très) en cliquant ici.
Visitez le site de l'Europride 2010 en cliquant ici.


07:15 Publié dans Art | Lien permanent | Envoyer cette note
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06.08.2009
L'insulte homophobe est à 15.000 zlotys en Pologne
Un tribunal de la ville de Szczecin, au nord de la Pologne, a condamné une femme polonaise de 44 ans originaire de Wolin, près de la mer Baltique (sur la carte morze baltyckie) , à une amende de 15.000 zlotys (3658 euros), plus les frais du procès, parce qu'elle avait traité un voisin de 'pédale'. La juge Urszula Chmielewska a en outre exigé que cette femme modifie son comportement à l'égard de son voisin. La juge a encore estimé que chacun a le droit à sa vie privée. Ce jugement représente une avancée certaine: jamais dans ce pays très catholique il n'y avait eu de jugement aussi marqué pour la défense des droits des homosexuels.
La plainte avait été introduite par le mouvement associatif polonais qui a pris la défense d'un couple de gays, les victimes de l'insulte. Monsieur Giersza vivait depuis février avec son ami à Wolin. Sa voisine avait déclaré en public dans un magasin que "cette pédale vit à présent avec une autre pédale". A la suite de cela, le couple avait été victime de violences: insultes, jets d'oeufs, et jusqu'à des menaces de mort. Et Monsieur Giersza avait fini par perdre son travail.
Ce jugement n'est pas du goût de tout le monde. Ainsi un quotidien polonais, le Polska Times, a-t-il critiqué cette décision. Voici ce qu'y écrit Mariusz Staniszewski: "Tout cela parce que le tribunal a constaté que l'on ne peut pas parler des homosexuels en les désignant comme des 'pédales'. Cela veut-il dire qu'on peut appeler les hétérosexuels de cette façon ? Est-ce que 'pédale' est plus ou moins vexant pour lui [un hétérosexuel] ? Si on appelle une lesbienne 'Cichodajka' [putain], est-ce plus vexant que si l'on parle ainsi d'une femme qui aime les hommes ? Et nous devons payer à chaque fois 15.000 zlotys. S'il en est ainsi, le tribunal suprême devrait établir un classement des mots vexants et attribuer une taxe à chaque [mot]. … Cela augmenterait les recettes financières." (Voir l'article en polonais, intitulé "Pedał" za 15 tys. to przesada en cliquant ici)
Des politiciens appartenant aux partis conservateurs polonais ont également critiqué le jugement rendu à Szczecin. Ainsi Pawel Poncyliusz, qui fait partie du très conservateur parti d'opposition Droit et Justice, a-t-il déclaré au quotidien Dziennik que la justice avait été un peu trop loin. Il estime que bien sûr "pédale" est une expression assez mufle, qu'il n'utiliserait pas lui-même, mais il trouve aussi que le fait de proférer de telles insultes ne devrait pas tomber sous le coup d'une condamnation. Un autre politicien, rien moins que le Vice-Président du Parlement, Stefan Niesiolowski (libéraux de droite, un des partis au pouvoir), a estimé que le montant de l'amende est incroyablement élevé.
Le parti d'opposition Union des gauches démocrates (SLD) a par contre soutenu le jugement: la parlementaire Joanna Senyszyn estime qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction. Selon elle, les termes "Juif" et "pédale" sont les insultes les plus utilisées aujourd'hui en Pologne, et la justice fait bien de se mettre à combattre cette pratique.
Rappelons que les homosexuels polonais se sont ces dernières années particulièrement sentis discriminés et particulièrement entre 2005 et 2007, sous le gouvernement mené par le PIS (Droit et justice). A l'époque, le ministre de l'enseignement, Roman Giertych, du parti national-catholique Ligue des familles polonaises, avait voulu licencier les enseignants homosexuels qui auraient fait ouvertement état de leur orientation sexuelle. Les politiciens s'opposaient aussi fréquemment à toute manifestation pour les droits des homosexuels, comme la gay pride par exemple.
Si les partis actuellement au pouvoir (PO et PSL) semblent plus libéraux, ils ne font, selon les associations lgbt polonaises, pas grand chose pour lutter contre le climat d' homophobie qui règne dans le pays. Dans les écoles, on traite toujours de l'homosexualité selon le regard biaisé de la morale catholique, déclare la Présidente de la "Campagne contre l'homophobie", Marta Abramowicz.
Diverses sources, dont le Gaykrant et derStandard.at
Le commentaire d'une lectrice
Si j'ai bien compris, la femme a été condamnée à une somme (considérable, quand même!) pour avoir prononcé le mot "pédale", alors que ceux qui ont jeté des oeufs et proféré des menaces de mort, de même que le patron du gars qui l'a licencié, sont laissés bien tranquilles. C'est pas un peu bizarre, ça? Parce qu'enfin, même si c'est la remarque de la femme qui a mis le feu aux poudres, si j'ose dire, son homophobie était peut-être purement verbale, alors que celle des autres allait beaucoup plus loin. C'est le problème quand on se lance dans des condamnations pour des raisons de ce genre: en fin de compte, il est très rare que "justice" soit rendue. Tu sais, ça me fait penser à une de mes voisines, qui affiche ouvertement, comme son mari, d'ailleurs, son racisme et son islamophobie. Il n'empêche que, lorsque sa voisine marocaine a eu des problèmes de santé, elle s'est mise en quatre pour elle, allant chercher ses enfants à l'école, les faisant goûter chez elle, etc. jusqu'à ce que la dame aille mieux, et refusant tous les remerciements en disant que c'était "normal". Il y a d'autres personnes, dans la rue, qui ne lâcheraient jamais un mot interprétable comme raciste, mais qui ne lèveraient pas non plus le petit doigt pour aider un étranger en difficulté. Pourtant, dans un tribunal, qui serait condamné? Les mots ont certainement de l'importance, ce n'est pas avec un métier comme le mien [notre chère lectrice est journaliste, NDLR] que je dirai le contraire, mais il ne faut peut-être pas leur en accorder trop. C'est comme dans la parabole des deux frères à qui leur père demande d'aller faire un boulot pour lui, le premier répond "Mais comment donc, mon vieux papa", et il n'y va pas, et l'autre dit "Ah non, tu m'embêtes, j'ai pas que ça à faire", et finalement il y va. Condamner quelqu'un pour un mot, moi, je trouve ça dangereux… A mon avis, un avertissement, assorti d'une bonne semonce, aurait été bien suffisant — et aurait peut-être vraiment fait réfléchir cette dame. Tandis qu'après avoir payé cette somme, elle ne dira sans doute plus jamais "pédale", mais, dans le secret de son coeur, les homos, qu'elle se contentait de regarder d'un peu haut, maintenant, elle va les haïr. Enfin, c'est mon avis, et j'espère ne pas me retrouver devant un tribunal pour l'avoir exprimé!
Marie-Françoise Dispa
Journaliste
dispa.mf( at)telenet.be
06:38 Publié dans Homophobie | Lien permanent | Envoyer cette note
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14.01.2009
Entropa provoque un tintouin artistique au Conseil européen: l'irritation polonaise et bulgare
Mystification sans doute, provocation assurément, coup de génie de la part de l'artiste. Enfin un happening artistique sous le ciel bruxellois, dans l'horrrible bâtiment du Conseil européen. La Présidence tchèque, qui a voulu provoquer l'Europe avec l'installation de l'oeuvre de Cerny, a été prise à son propre piège par l'artiste qui réalise le coup le plus magistral du siècle!
L'exposition artistique organisée au Conseil européen par la Présidence tchèque de l'UE pose question et est source d'irritation, surtout chez les Polonais et les Bulgares.

Il est de tradition qu'à chaque nouvelle présidence, une expo soit organisée. Le projet tchèque, Entropa, est l'oeuvre de l'artiste tchèque David Cerný, qui a coordonné le projet. Le projet initial aurait été de demander à un artiste de chacun des 27 pays de représenter les stéréotypes ou préjugés contre son propre pays."Les stéréotypes sont des barrières qu'il faut faire tomber", expliquent les Tchèques, qui ont choisi comme slogan de leur présidence "L'Europe sans barrières". On pourra lire comment l'artiste évoque son oeuvre en allant visiter son site (cliquer ici page disponible en tchèque ou en anglais). La présentation de l'ensemble du projet est accessible en pdf: cliquer ici.
Par cette oeuvre, la présidence tchèque de l'UE veut exposer à Bruxelles les "préjugés" associés aux 27 pays de l'Union européenne. Cette oeuvre présente donc chaque pays de l'Union avec un regard satirique. Par exemple, la Hollande est présentée recouverte de minarets et de mosquées. La Bulgarie (photo Afp), qui a déjà demandé que la partie de l'oeuvre à elle consacrée soit retirée, est représentée par des ...toilettes à la turque.
Selon Le Soir de ce matin, l'artiste tchèque est connu pour son goût de la provocation (par exemple, en 1991, un char soviétique peint en rose pour symboliser la libération de Prague en 1945). Il aurait joué de la mystification et d'après Le Soir, les 27 artistes n'existeraient pas.* Ce qui semble embarrasser extrêmement la présidence tchèque, qui n'aurait pas été informée de la mystification de l'artiste. Les Tchèques devront prendre attitude avant demain, jour prévu de l'inauguration de l'installation.
La Pologne ne décolère pas: l'homophobie qui y règne de manière patente, et qui est alimentée par la toute-puissante et omniprésente église catholique s'y voit stigmatisée. La caricature de l'artiste polonais qui représente la Pologne montre un groupe de prêtres ou de moines qui soulèvent un drapeau gay à bouts de bras. C'est l'artiste polonais Leszek Hirszenberg qui aurait représenté une imitation de la célèbre photo de soldats plantant un drapeau américain sur une colline lors de la bataille d'Iwo Jima (voir aussi la photo du monument ci-dessous): les soldats sont remplacés par des prêtres en soutane qui lèvent le drapeau arc-en-ciel de la communauté gay. Les Polonais estiment que l'artiste a manqué de respect pour les normes et les valeurs en vigueur dans leur pays. L'artiste supposé évoque par contre son oeuvre comme la vision surréelle de l'interconnection de ce qui ne peut être interconnecté.
On voit à nouveau le peu de cas que font les Polonais de la liberté d'expression, dans ce cas-ci artistique. La liberté d'expression, la capacité de recevoir et de réfléchir aux critiques font pourtant partie des valeurs fondamentales de la Démocratie. Mais voila, le catholicisme polonais est profondément homophobe, et cette église qui n'est pas démocrate étend ses tentacules partout où elle le peut, au sein des institutions européennes y compris...
L'oeuvre rappelera, si elle n'est pas retirée, pendant six mois à la Pologne que le combat contre l'homophobie est possible sur son territoire.

Source des photos américaines: wikipedia
*J'ai cependant retrouvé le nom de l'artiste polonais Leszek Hirszenberg sur internet, et cet artiste produit des oeuvres à thématique gay. Voici par exemple une de ses oeuvres intitulée Spectrum.

10:48 Publié dans Art | Lien permanent | Envoyer cette note
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