10.09.2008
La mort du chien, une nouvelle de Luclebelge
La première chose qui apparaît, c'est un chien. Pas n'importe quel chien, un chien mort, un chien qui n'est plus là. Puis pour un moment très bref, un autre chien, mort lui aussi, bien avant le premier, et qui l'aimait. Les deux chiens se sont aimés, ils ont même eu des petits. Mais cela c'est une autre histoire, elle nous éloigne du sujet.
Le chien mort apparaît dans un cadre, et l'histoire dérape à nouveau car surgit la pensée de l'achat du cadre dans un supermarché de bricolage, c'est un cadre en bois naturel, bon marché, je suis toujours à la recherche du bon marché. J’ai fait confectionner aux dimensions du pastel. Le pastel est dans un camaïeu de gris et de noirs, avec des touches de brun, et des blancs. Dans le cadre, le pastel du chien, rien que sa tête en gros plan, en agrandi, le pastel doit faire deux fois et demi à trois fois la grandeur réelle de la tête du chien.

C'est un bon pastel. Le chien a posé. Je l'ai fait poser, je l'ai obligé à poser. Je me souviens, je me suis mis en colère et plusieurs fois ai giflé le chien en lui gueulant dessus pour qu'il ne bouge pas, pour qu'il tienne la pose. Il avait la tête posée sur le carrelage et le corps comme s'il dormait, mais les yeux grands ouverts. Il voulait obéir, mais c'est difficile même pour un chien.
Les gens aiment les chiens parce que les chiens obéissent. Les gens passent leur temps à essayer de faire en sorte que les autres leur obéissent, mais cela ne marche pas, alors ils sont déçus et se tournent vers les chiens.
J'ai du remords de l'avoir giflé, mais le remords, cela ne sert à rien, certainement pas au chien. D'ailleurs il est mort. Je m'égare, le cadre, le chien dans le cadre. Le chien a l'oeil noir et vif, il regarde avec intelligence. Il y a des reflets de lumière dans l'oeil. Le poil est abondant et long, un poil gris et noir avec des touches de brun et de blanc, surtout gris . J'ai mis mon amour du chien dans le pastel, et le pastel tient la distance du temps, il pend toujours là, quelque part dans un endroit que j'ai quitté, comme le chien. Le chien est resté fidèle, pas moi.
C'est un pastel crayeux et sec, de bonne marque, pas de ces pastels gras à l'huile. Un pastel qui poudre sur le papier d'emballage brun. Quand il en vient trop, on souffle, et la poudre s'éparpille. Ou alors on peut l'étendre du bout de l'index, ça boit tout de suite l'humidité du doigt. J'ai dû mettre une heure et demie. Pour ce que j'en dis.
J'avais imaginé passer le cadre au pinceau, avec un vernis à l'huile brillant, un gris perle. Une idée, comme çà, qui n'est même pas devenue un projet.
Il y a quelque part un autre pastel de l'autre chien, la femelle, mais il est moins réussi, moins vivant, j'aimais moins l'autre chien. On ne réussit jamais bien que ce qu'on aime, on ferait bien mieux d'ailleurs de passer sa vie à aimer. Vous êtes-vous déjà représenté le temps que vous passez à autre chose? C'est incalculable.
Le second pastel est un pastel grandeur nature d'un vieux chien roux, sur fond vert. J'ai mis du vert par manque d'originalité, comme qui dirait par poncif, parce qu'on dit que le vert va bien avec le roux. C'est un manque d'audace, un manque de recherche, un manque d'attention, un manque d'amour quoi!
L'image du chien mort vivant dans le cadre. Le chien m'a attendu pour mourir. J'étais à huit cents kilomètres, en train d'aimer un homme qui m’avait presque fait oublier le chien. Ma mère avait recueilli le chien en bougonnant avec amour. Maman a une capacité incroyable pour aimer dans le grommellement. L'amour est beaucoup plus fort, il perce le bougonnement comme une épingle un furoncle plein de pus.
Un jour maman, un mercredi, a téléphoné. Elle a dit il ne mange plus, il est là couché sur le carrelage de la buanderie, il cherche le froid, il ne reste pas sur sa couverture, il se traîne pour sortir, tu ne penses pas que je devrais appeler le vétérinaire. J'ai dit non, attends un peu, peut-être cela ira mieux tout seul, je serai là lundi, mais au fond de moi je savais bien que c'était la fin. Le dimanche, elle a dit, il fait en dessous de lui, il respire mal, il ne boit plus, il faut que je lui humecte la truffe. J'ai dit, j'arrive demain, je me lèverai très tôt, je serai là en début d'après-midi. Il me faut dix heures pur faire les huit cent kilomètres.
A la fois c'était un soulagement. Le chien venait d'avoir seize ans. Depuis un an et demi que j'avais tout quitté et m'étais éloigné, là-bas, ici, à huit cents kilomètres, j'avais dû confier le chien à maman. Qui veut prendre soin d'un vieux chien de quatorze ans et demi, malade, cardiaque, avec des médicaments pour le coeur qu'on doit lui donner tous les jours dans la gueule sinon une mère? C'est à cela qu'on reconnaît la mère dans la femme. La mère c'est le côté coeur, c'est le côté amour inconditionnel, on devrait tous prendre soin du monde comme d'un petit sa mère. Mon ex avait dit c'est ton chien, tu l'as voulu, tu n'as qu'à t'en occuper. Le prendre avec moi,… mais ici c'est un quatrième sans ascenseur, les animaux ne sont pas admis et puis il n'y a pas d'arbre, pas d'herbe à renifler, pas d'endroit où laisser sa trace. Alors le chien avait été chez maman, et ils se sont aimés.
Le lundi, je me suis levé qu'il devait être quatre heures, c'était l'hiver, c'était la nuit. Après six heures de route, j'ai téléphoné, maman a dit c'est la fin, j'appelle le vétérinaire. Je pleurais depuis longtemps au volant de ma voiture. Je savais que je rentrais pour tuer le chien. J'ai dit maman attends fais-le attendre, je serai là pour une heure. Demande au vétérinaire de passer vers deux heures, dis-lui pour quoi c'est. Mon petit chien allait mourir. J'ai pleuré et j'ai prié pendant deux heures et demi, le reste du trajet. J'ai dit des mantras pour le chien et j'ai commencé la pratique du p'owa, une pratique tibétaine pour les morts. Je ne sais si c'est permis pour les chiens, mais c'est des êtres vivants, ça doit marcher aussi.
Je suis arrivé et j'ai à peine embrassé maman. Je suis allé tout de suite chez le chien. Il respirait mal, la tête écrasée sur le carrelage entre les deux pattes trop écartées, un peu comme écartelées. Le corps très pesant sur le sol dur et froid où maman avait posé des journaux pour l'urine et les excréments. C'était jaune, poisseux et liquide, cela collait par endroits aux poils. Je pleurais en hoquetant et j'avais du mal à voir le chien. J'espérais qu'il me reconnaisse, pour pouvoir lui demander pardon. Il avait les yeux fermés, alors je me suis mis à lui parler doucement en passant ma main devant la truffe pour qu'il sente mon odeur. Il a frémi et a essayé de bouger, et j'ai su alors qu'il m'avait reconnu. Je l'ai senti, au fond de moi, dans mon ventre et dans mon coeur. J'ai dit c'est moi le chien, pardon le chien je t'aime le chien. Je le lui ai dit cent fois très doucement entre les larmes. J'ai posé ma tête à côté de la sienne et lui ai soufflé mon haleine et j'ai mis mon amour dans mon haleine. Je lui ai demandé pardon, pardon pour toutes les fois où je l'avais frappé parce qu'il ne m'obéissait pas, pardon de ne m'être pas assez occupé de lui, pardon d'être parti si souvent en vacances, pardon de n'avoir pas choisi les meilleurs morceaux de nourriture, pardon de l'avoir envoyé promener seul, pardon de l'avoir abandonné, pardon d'avoir mal aimé. Je lui tenais la patte, et nos pouls mêlaient leurs battements. Je sentais la douleur du chien qui s'en allait et j'étais proche du chien. Je le remerciais d'être venu dans ma vie et d'y avoir mis sa lumière de chien, cette affection constante, ce refus qu'il avait de mordre quand j'essayais de lui ouvrir la gueule pour y mettre la main entre ses crocs, sa répugnance pour cela, sa joie de bondir et de sauter dans les champs, son agressivité avec les vaches et les moutons, sa rage de voir un autre mâle, même les plus puissants. Pardon et merci, pardon et merci et bon voyage. Je voulais qu'il sache que ma tristesse n'avait pas d'importance, qu'il ne fallait pas qu'il s'y attache, que je lui demandais de partir l'âme en paix, qu'il avait accompli sa tâche de chien, que nous n'avions plus besoin de lui, qu'il pouvait s'occuper de lui à présent, de son âme de chien. Il ne fallait surtout pas qu'il reste attaché à nous. La mort, les gens qu'on aime quand on meurt, c'est un peu comme la laisse autour du cou, on la sent et même si personne ne la prend de l'autre côté, même si personne ne vous tire, vous ne bougez tout de même pas, il y a le sentiment de la laisse, çà suffit pour vous immobiliser. Je lui ai expliqué ce qui allait se passer, son âme qui allait rencontrer la lumière et qu'il ne fallait pas qu'il ait peur, que cette lumière n'était pas dangereuse, pas comme les phares des voitures qu'il faut éviter dans la nuit, qu'au contraire il devait aller vers la lumière, aller dans la lumière, se laisser écraser par la lumière, se dissoudre dans la lumière, être la lumière. Je lui ai tenu la patte et me suis mis à commencer le p'owa, mais on a sonné, et je savais que Jean-Yves était arrivé.
Jean-Yves, c'est le vétérinaire, il est plus jeune que moi, il a été autrefois mon élève quand j‘étais professeur. Je l'aimais bien, il était brillant et très critique, mais avec un côté bon enfant, pas de méchanceté. Son jeune cerveau aimait à s'aiguiser sur celui de ses professeurs, ces meules. Je l'avais rencontré des années plus tard bêtement dans un supermarché, le crâne dégarni, avec une femme et deux enfants à la traîne. Il m'avait raconté, les études, le service militaire, la pratique vétérinaire, et j'avais su que j'avais vieilli. Puis naturellement, comme nous étions d'un quartier voisin, je l'avais pris comme vétérinaire. C'est un bon vétérinaire. Je le recommande volontiers. Avant de partir, avant de laisser le chien à maman, je l'avais consulté pour le coeur. Il avait dit qu'il y avait peu de chances que le chien vive longtemps, mais maman sait comment s'y prendre pour soigner les vieux, elle a soigné son propre père, puis le mien, son mari, elle bougonne mais elle est attentive, et le chien a encore vécu deux ans. Beaucoup de céréales, peu de viande et des promenades régulières, pas de sucreries, d'ailleurs il n'aimait pas les sucreries. Les vieux chiens n'ont plus de grands besoins en viandes. Il recevait le même médicament que papa avant qu'il ne meure, pour le coeur, mais à une dose de chien. Maman en avait conservé, ils étaient périmés, mais on avait pensé que c'était toujours assez bon pour le chien. On les envoyait bien en Afrique, pas les chiens morts, les médicaments périmés
Je n'avais plus vu Jean-Yves depuis deux ans, mais on n'a pas parlé, il a parlé, il a pris les choses en main, très professionnel. Cela devait être rassurant. Il a vu le chien, il a dit, bon il souffre, on ne peut plus rien faire que le soulager. Il a expliqué: le chien ne boit et ne mange plus parce que les poumons du chien sont pleins d'eau, c'est le coeur; le coeur ne pompe plus, il a un très gros coeur, le double ou le triple de la normale, le coeur n'en peut plus, alors les poumons se remplissent d'eau et le chien doit conserver toute son énergie pour respirer. S'il s'arrête pour manger ou pour boire, il étouffe, alors il n'arrête pas. Si on ne le pique pas, il peut encore durer huit jours, et il va mourir dans des souffrances atroces. Jean-Yves a dit: vous ne devez pas rester, ce n'est pas beau à voir. Mais j'ai dit non en pleurant, je veux lui tenir la patte, c'est atroce de partir tout seul, je veux lui tenir la patte et lui faire le p'owa. Cela, je ne l'ai pas dit, c'est inutile de se mettre à expliquer, et puis cela ne sert à rien. Alors Jean-Yves a dit: il y a deux méthodes, une rapide, qui est élégante pour le maître, c'est le curare. On pique le chien au curare et c'est une belle mort dans l'apparence, les maîtres sont satisfaits, ils disent il a eu une belle mort, d'ailleurs j'aimerais autant mourir comme ça, c'est idiot les lois qu'on a. Maman dit ça aussi: quand je commencerai à me dégrader, tu me donneras une pilule, comme si je me promenais avec des capsules de cyanure dans les poches. J'ai dit non maman. Couper les appareils, ça oui, mais pas la pilule, d'ailleurs je n'en ai pas, laisse des papiers. Mais a dit Jean-Yves, le curare, c'est salaud pour le chien, on voit toujours de la terreur dans les yeux du chien, il sait qu'il meurt, que c'est fini. L'autre méthode, c'est moins beau, mais c'est mieux pour le chien. Je l'endors d'abord, je le pique au coeur ensuite, il meurt plus doucement, plus lentement et il ne souffre pas. J'ai dit la seconde, et d'ailleurs Jean-Yves ne m'aurait pas laissé le choix, j'ai déjà dit, c'est un bon vétérinaire. J'avais la patte du chien dans la main, et je crois que je l'ai embrassé avant que Jean-Yves ne commence. Avec la morphine, le chien s'est assoupi, mais pas tout à fait. Jean-Yves a dit il ne se laisse pas aller tout à fait, s'il se laissait aller, il étoufferait à cause des poumons. Moi je pleurais toujours et je disais en moi-même au chien adieu ne reste pas il est temps de t'en aller, je t'aime et je veux que tu t'en ailles, ne regarde pas en arrière, ne t'attarde pas, tu as été un très bon chien, peut-être que tu auras une bonne réincarnation, peut-être que tu recevras la précieuse existence humaine, je prie pour ça. Après quelques minutes, Jean-Yves a fait bon il ne sent plus rien, vous ne devez pas rester si vous ne voulez pas, quand on n'a pas l'habitude. Mais je ne veux pas avoir l'habitude, je veux regarder la mort venir, avec les yeux grands ouverts, même s'ils sont pleins de larmes. Je m'en foutais de ce que Jean-Yves pouvait bien penser de mes larmes, et d'ailleurs je crois bien qu'il en pensait du bien, c'est un type humain Jean-Yves, il aime les animaux. Alors Jean-Yves a rempli une grande seringue avec un liquide, et a enfoncé la grande aiguille dans le coeur du chien, et le chien a tout doucement commencé à se raidir et à se recroqueviller, cela a duré de longues minutes, à la fin il avait les yeux ouverts, vitreux, comme couverts d'une taie, et les babines violettes retroussées sur les crocs apparents, la mâchoire comme très serrée. C'était le chien, il est mort. Jean-Yves a dit bon je dois le mettre dans un sac poubelle en plastique et le porter à l'incinérateur, vous ne devez pas rester si vous voulez, mais un cadavre, cela n'est qu'un cadavre, çà n'est plus le chien, et j'ai proposé de l'aider, mais il a dit non ça va aller. Il a fait disparaître le chien dans le sac plastique et il l'a porté dans sa voiture. Puis il est monté parler un peu avec moi et maman, on a parlé du chien, de la maladie et de la mort du chien. J'ai payé Jean-Yves et il est parti, je l'ai remercié, c'est chouette qu'il soit venu dès qu'on l'avait appelé. Maman a dit bon je descends nettoyer, qu'est-ce que tu vas faire avec les affaires du chien, on pourrait donner la laisse et le restant de nourriture à ta cousine. Maman a le sens pratique. Elle a nettoyé les souillures du chien, puis je suis descendu et lui ai demandé de me laisser seul dans la buanderie. Je me suis assis en tailleur, en demi-lotus et j'ai commencé le p'owa. Je connaissais les instructions, on l'avait pratiqué récemment pour une amie et son mari qui s'étaient tués dans un accident de voiture. J'ai pris des respirations profondes pour me calmer un peu, j'ai regardé la respiration qui rentrait et puis qui sortait, et chatouillait le bout de mon nez, puis j'ai pensé au chien et l'image du chien mort m'est apparue. Alors j'ai demandé très très fort à tous les bouddhas, à tout ce qui sur terre ou ailleurs aujourd'hui ou avant a ressemblé tant soit peu à un vrai humain, à un humain réalisé de venir faire un cercle autour du chien. Et ils sont venus, des tas de bouddhas et de boddhisattvas que je ne connais pas, et des inconnus lumineux, de petites gens ignorées du monde et pleins de lumière, et aussi Jésus, Marie et des tas de saints, saint François et mère Thérésa, le père Damien et Padmasambava, même le Bouddha historique Sakyamuni, et peut-être aussi Platon, enfin bien assez de monde et ils ont fait un cercle de lumière autour du chien et ils se sont mis à envoyer leur lumière et moi la mienne, ma faible petite lumière comme une obole dans leur immense générosité et le chien est devenu tout lumineux, tout brillant. J'en ai profité pour mettre papa avec le chien pour faire d'une pierre deux coups et peut-être aussi Carlo,un ami mort du sida, je ne sais plus. Alors j'ai demandé à papa et au chien de se laisser aller, de se laisser dissoudre dans la lumière, de devenir la lumière, de devenir le corps lumineux des bouddhas, et ils se sont laissé aller et ils ont disparu dans la lumière. Bonne chance le chien, bonne chance papa. Je suis resté encore un peu à sangloter, un peu soulagé quand même parce que je pensais que cela lui avait fait du bien au chien. Puis je suis remonté parler avec maman. Elle n'a pas montré beaucoup qu'elle avait de la peine, elle aussi, mais c'est une femme qui a l'habitude de résister, et je savais qu'elle aimait le chien et qu'elle l'avait bien soigné.
08:00 Publié dans Contes et nouvelles, écrits divers | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : nouvelle, conte, chien, mort, animaux, animal |
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08.06.2008
La mort du chien, une nouvelle de Luclebelge
La première chose qui apparaît, c'est un chien. Pas n'importe quel chien, un chien mort, un chien qui n'est plus là. Puis pour un moment très bref, un autre chien, mort lui aussi, bien avant le premier, et qui l'aimait. Les deux chiens se sont aimés, ils ont même eu des petits. Mais cela c'est une autre histoire, elle nous éloigne du sujet.
Le chien mort apparaît dans un cadre, et l'histoire dérape à nouveau car surgit la pensée de l'achat du cadre dans un supermarché de bricolage, c'est un cadre en bois naturel, bon marché, je suis toujours à la recherche du bon marché. J’ai fait confectionner aux dimensions du pastel. Le pastel est dans un camaïeu de gris et de noirs, avec des touches de brun, et des blancs. Dans le cadre, le pastel du chien, rien que sa tête en gros plan, en agrandi, le pastel doit faire deux fois et demi à trois fois la grandeur réelle de la tête du chien.
C'est un bon pastel. Le chien a posé. Je l'ai fait poser, je l'ai obligé à poser. Je me souviens, je me suis mis en colère et plusieurs fois ai giflé le chien en lui gueulant dessus pour qu'il ne bouge pas, pour qu'il tienne la pose. Il avait la tête posée sur le carrelage et le corps comme s'il dormait, mais les yeux grands ouverts. Il voulait obéir, mais c'est difficile même pour un chien.
Les gens aiment les chiens parce que les chiens obéissent. Les gens passent leur temps à essayer de faire en sorte que les autres leur obéissent, mais cela ne marche pas, alors ils sont déçus et se tournent vers les chiens.
J'ai du remords de l'avoir giflé, mais le remords, cela ne sert à rien, certainement pas au chien. D'ailleurs il est mort. Je m'égare, le cadre, le chien dans le cadre. Le chien a l'oeil noir et vif, il regarde avec intelligence. Il y a des reflets de lumière dans l'oeil. Le poil est abondant et long, un poil gris et noir avec des touches de brun et de blanc, surtout gris . J'ai mis mon amour du chien dans le pastel, et le pastel tient la distance du temps, il pend toujours là, quelque part dans un endroit que j'ai quitté, comme le chien. Le chien est resté fidèle, pas moi.
C'est un pastel crayeux et sec, de bonne marque, pas de ces pastels gras à l'huile. Un pastel qui poudre sur le papier d'emballage brun. Quand il en vient trop, on souffle, et la poudre s'éparpille. Ou alors on peut l'étendre du bout de l'index, ça boit tout de suite l'humidité du doigt. J'ai dû mettre une heure et demie. Pour ce que j'en dis.
J'avais imaginé passer le cadre au pinceau, avec un vernis à l'huile brillant, un gris perle. Une idée, comme çà, qui n'est même pas devenue un projet.
Il y a quelque part un autre pastel de l'autre chien, la femelle, mais il est moins réussi, moins vivant, j'aimais moins l'autre chien. On ne réussit jamais bien que ce qu'on aime, on ferait bien mieux d'ailleurs de passer sa vie à aimer. Vous êtes-vous déjà représenté le temps que vous passez à autre chose? C'est incalculable.
Le second pastel est un pastel grandeur nature d'un vieux chien roux, sur fond vert. J'ai mis du vert par manque d'originalité, comme qui dirait par poncif, parce qu'on dit que le vert va bien avec le roux. C'est un manque d'audace, un manque de recherche, un manque d'attention, un manque d'amour quoi!
L'image du chien mort vivant dans le cadre. Le chien m'a attendu pour mourir. J'étais à huit cents kilomètres, en train d'aimer un homme qui m’avait presque fait oublier le chien. Ma mère avait recueilli le chien en bougonnant avec amour. Maman a une capacité incroyable pour aimer dans le grommellement. L'amour est beaucoup plus fort, il perce le bougonnement comme une épingle un furoncle plein de pus.
Un jour maman, un mercredi, a téléphoné. Elle a dit il ne mange plus, il est là couché sur le carrelage de la buanderie, il cherche le froid, il ne reste pas sur sa couverture, il se traîne pour sortir, tu ne penses pas que je devrais appeler le vétérinaire. J'ai dit non, attends un peu, peut-être cela ira mieux tout seul, je serai là lundi, mais au fond de moi je savais bien que c'était la fin. Le dimanche, elle a dit, il fait en dessous de lui, il respire mal, il ne boit plus, il faut que je lui humecte la truffe. J'ai dit, j'arrive demain, je me lèverai très tôt, je serai là en début d'après-midi. Il me faut dix heures pur faire les huit cent kilomètres.
A la fois c'était un soulagement. Le chien venait d'avoir seize ans. Depuis un an et demi que j'avais tout quitté et m'étais éloigné, là-bas, ici, à huit cents kilomètres, j'avais dû confier le chien à maman. Qui veut prendre soin d'un vieux chien de quatorze ans et demi, malade, cardiaque, avec des médicaments pour le coeur qu'on doit lui donner tous les jours dans la gueule sinon une mère? C'est à cela qu'on reconnaît la mère dans la femme. La mère c'est le côté coeur, c'est le côté amour inconditionnel, on devrait tous prendre soin du monde comme d'un petit sa mère. Mon ex avait dit c'est ton chien, tu l'as voulu, tu n'as qu'à t'en occuper. Le prendre avec moi,… mais ici c'est un quatrième sans ascenseur, les animaux ne sont pas admis et puis il n'y a pas d'arbre, pas d'herbe à renifler, pas d'endroit où laisser sa trace. Alors le chien avait été chez maman, et ils se sont aimés.
Le lundi, je me suis levé qu'il devait être quatre heures, c'était l'hiver, c'était la nuit. Après six heures de route, j'ai téléphoné, maman a dit c'est la fin, j'appelle le vétérinaire. Je pleurais depuis longtemps au volant de ma voiture. Je savais que je rentrais pour tuer le chien. J'ai dit maman attends fais-le attendre, je serai là pour une heure. Demande au vétérinaire de passer vers deux heures, dis-lui pour quoi c'est. Mon petit chien allait mourir. J'ai pleuré et j'ai prié pendant deux heures et demi, le reste du trajet. J'ai dit des mantras pour le chien et j'ai commencé la pratique du p'owa, une pratique tibétaine pour les morts. Je ne sais si c'est permis pour les chiens, mais c'est des êtres vivants, ça doit marcher aussi.
Je suis arrivé et j'ai à peine embrassé maman. Je suis allé tout de suite chez le chien. Il respirait mal, la tête écrasée sur le carrelage entre les deux pattes trop écartées, un peu comme écartelées. Le corps très pesant sur le sol dur et froid où maman avait posé des journaux pour l'urine et les excréments. C'était jaune, poisseux et liquide, cela collait par endroits aux poils. Je pleurais en hoquetant et j'avais du mal à voir le chien. J'espérais qu'il me reconnaisse, pour pouvoir lui demander pardon. Il avait les yeux fermés, alors je me suis mis à lui parler doucement en passant ma main devant la truffe pour qu'il sente mon odeur. Il a frémi et a essayé de bouger, et j'ai su alors qu'il m'avait reconnu. Je l'ai senti, au fond de moi, dans mon ventre et dans mon coeur. J'ai dit c'est moi le chien, pardon le chien je t'aime le chien. Je le lui ai dit cent fois très doucement entre les larmes. J'ai posé ma tête à côté de la sienne et lui ai soufflé mon haleine et j'ai mis mon amour dans mon haleine. Je lui ai demandé pardon, pardon pour toutes les fois où je l'avais frappé parce qu'il ne m'obéissait pas, pardon de ne m'être pas assez occupé de lui, pardon d'être parti si souvent en vacances, pardon de n'avoir pas choisi les meilleurs morceaux de nourriture, pardon de l'avoir envoyé promener seul, pardon de l'avoir abandonné, pardon d'avoir mal aimé. Je lui tenais la patte, et nos pouls mêlaient leurs battements. Je sentais la douleur du chien qui s'en allait et j'étais proche du chien. Je le remerciais d'être venu dans ma vie et d'y avoir mis sa lumière de chien, cette affection constante, ce refus qu'il avait de mordre quand j'essayais de lui ouvrir la gueule pour y mettre la main entre ses crocs, sa répugnance pour cela, sa joie de bondir et de sauter dans les champs, son agressivité avec les vaches et les moutons, sa rage de voir un autre mâle, même les plus puissants. Pardon et merci, pardon et merci et bon voyage. Je voulais qu'il sache que ma tristesse n'avait pas d'importance, qu'il ne fallait pas qu'il s'y attache, que je lui demandais de partir l'âme en paix, qu'il avait accompli sa tâche de chien, que nous n'avions plus besoin de lui, qu'il pouvait s'occuper de lui à présent, de son âme de chien. Il ne fallait surtout pas qu'il reste attaché à nous. La mort, les gens qu'on aime quand on meurt, c'est un peu comme la laisse autour du cou, on la sent et même si personne ne la prend de l'autre côté, même si personne ne vous tire, vous ne bougez tout de même pas, il y a le sentiment de la laisse, çà suffit pour vous immobiliser. Je lui ai expliqué ce qui allait se passer, son âme qui allait rencontrer la lumière et qu'il ne fallait pas qu'il ait peur, que cette lumière n'était pas dangereuse, pas comme les phares des voitures qu'il faut éviter dans la nuit, qu'au contraire il devait aller vers la lumière, aller dans la lumière, se laisser écraser par la lumière, se dissoudre dans la lumière, être la lumière. Je lui ai tenu la patte et me suis mis à commencer le p'owa, mais on a sonné, et je savais que Jean-Yves était arrivé.
Jean-Yves, c'est le vétérinaire, il est plus jeune que moi, il a été autrefois mon élève quand j‘étais professeur. Je l'aimais bien, il était brillant et très critique, mais avec un côté bon enfant, pas de méchanceté. Son jeune cerveau aimait à s'aiguiser sur celui de ses professeurs, ces meules. Je l'avais rencontré des années plus tard bêtement dans un supermarché, le crâne dégarni, avec une femme et deux enfants à la traîne. Il m'avait raconté, les études, le service militaire, la pratique vétérinaire, et j'avais su que j'avais vieilli. Puis naturellement, comme nous étions d'un quartier voisin, je l'avais pris comme vétérinaire. C'est un bon vétérinaire. Je le recommande volontiers. Avant de partir, avant de laisser le chien à maman, je l'avais consulté pour le coeur. Il avait dit qu'il y avait peu de chances que le chien vive longtemps, mais maman sait comment s'y prendre pour soigner les vieux, elle a soigné son propre père, puis le mien, son mari, elle bougonne mais elle est attentive, et le chien a encore vécu deux ans. Beaucoup de céréales, peu de viande et des promenades régulières, pas de sucreries, d'ailleurs il n'aimait pas les sucreries. Les vieux chiens n'ont plus de grands besoins en viandes. Il recevait le même médicament que papa avant qu'il ne meure, pour le coeur, mais à une dose de chien. Maman en avait conservé, ils étaient périmés, mais on avait pensé que c'était toujours assez bon pour le chien. On les envoyait bien en Afrique, pas les chiens morts, les médicaments périmés
Je n'avais plus vu Jean-Yves depuis deux ans, mais on n'a pas parlé, il a parlé, il a pris les choses en main, très professionnel. Cela devait être rassurant. Il a vu le chien, il a dit, bon il souffre, on ne peut plus rien faire que le soulager. Il a expliqué: le chien ne boit et ne mange plus parce que les poumons du chien sont pleins d'eau, c'est le coeur; le coeur ne pompe plus, il a un très gros coeur, le double ou le triple de la normale, le coeur n'en peut plus, alors les poumons se remplissent d'eau et le chien doit conserver toute son énergie pour respirer. S'il s'arrête pour manger ou pour boire, il étouffe, alors il n'arrête pas. Si on ne le pique pas, il peut encore durer huit jours, et il va mourir dans des souffrances atroces. Jean-Yves a dit: vous ne devez pas rester, ce n'est pas beau à voir. Mais j'ai dit non en pleurant, je veux lui tenir la patte, c'est atroce de partir tout seul, je veux lui tenir la patte et lui faire le p'owa. Cela, je ne l'ai pas dit, c'est inutile de se mettre à expliquer, et puis cela ne sert à rien. Alors Jean-Yves a dit: il y a deux méthodes, une rapide, qui est élégante pour le maître, c'est le curare. On pique le chien au curare et c'est une belle mort dans l'apparence, les maîtres sont satisfaits, ils disent il a eu une belle mort, d'ailleurs j'aimerais autant mourir comme ça, c'est idiot les lois qu'on a. Maman dit ça aussi: quand je commencerai à me dégrader, tu me donneras une pilule, comme si je me promenais avec des capsules de cyanure dans les poches. J'ai dit non maman. Couper les appareils, ça oui, mais pas la pilule, d'ailleurs je n'en ai pas, laisse des papiers. Mais a dit Jean-Yves, le curare, c'est salaud pour le chien, on voit toujours de la terreur dans les yeux du chien, il sait qu'il meurt, que c'est fini. L'autre méthode, c'est moins beau, mais c'est mieux pour le chien. Je l'endors d'abord, je le pique au coeur ensuite, il meurt plus doucement, plus lentement et il ne souffre pas. J'ai dit la seconde, et d'ailleurs Jean-Yves ne m'aurait pas laissé le choix, j'ai déjà dit, c'est un bon vétérinaire. J'avais la patte du chien dans la main, et je crois que je l'ai embrassé avant que Jean-Yves ne commence. Avec la morphine, le chien s'est assoupi, mais pas tout à fait. Jean-Yves a dit il ne se laisse pas aller tout à fait, s'il se laissait aller, il étoufferait à cause des poumons. Moi je pleurais toujours et je disais en moi-même au chien adieu ne reste pas il est temps de t'en aller, je t'aime et je veux que tu t'en ailles, ne regarde pas en arrière, ne t'attarde pas, tu as été un très bon chien, peut-être que tu auras une bonne réincarnation, peut-être que tu recevras la précieuse existence humaine, je prie pour ça. Après quelques minutes, Jean-Yves a fait bon il ne sent plus rien, vous ne devez pas rester si vous ne voulez pas, quand on n'a pas l'habitude. Mais je ne veux pas avoir l'habitude, je veux regarder la mort venir, avec les yeux grands ouverts, même s'ils sont pleins de larmes. Je m'en foutais de ce que Jean-Yves pouvait bien penser de mes larmes, et d'ailleurs je crois bien qu'il en pensait du bien, c'est un type humain Jean-Yves, il aime les animaux. Alors Jean-Yves a rempli une grande seringue avec un liquide, et a enfoncé la grande aiguille dans le coeur du chien, et le chien a tout doucement commencé à se raidir et à se recroqueviller, cela a duré de longues minutes, à la fin il avait les yeux ouverts, vitreux, comme couverts d'une taie, et les babines violettes retroussées sur les crocs apparents, la mâchoire comme très serrée. C'était le chien, il est mort. Jean-Yves a dit bon je dois le mettre dans un sac poubelle en plastique et le porter à l'incinérateur, vous ne devez pas rester si vous voulez, mais un cadavre, cela n'est qu'un cadavre, çà n'est plus le chien, et j'ai proposé de l'aider, mais il a dit non ça va aller. Il a fait disparaître le chien dans le sac plastique et il l'a porté dans sa voiture. Puis il est monté parler un peu avec moi et maman, on a parlé du chien, de la maladie et de la mort du chien. J'ai payé Jean-Yves et il est parti, je l'ai remercié, c'est chouette qu'il soit venu dès qu'on l'avait appelé. Maman a dit bon je descends nettoyer, qu'est-ce que tu vas faire avec les affaires du chien, on pourrait donner la laisse et le restant de nourriture à ta cousine. Maman a le sens pratique. Elle a nettoyé les souillures du chien, puis je suis descendu et lui ai demandé de me laisser seul dans la buanderie. Je me suis assis en tailleur, en demi-lotus et j'ai commencé le p'owa. Je connaissais les instructions, on l'avait pratiqué récemment pour une amie et son mari qui s'étaient tués dans un accident de voiture. J'ai pris des respirations profondes pour me calmer un peu, j'ai regardé la respiration qui rentrait et puis qui sortait, et chatouillait le bout de mon nez, puis j'ai pensé au chien et l'image du chien mort m'est apparue. Alors j'ai demandé très très fort à tous les bouddhas, à tout ce qui sur terre ou ailleurs aujourd'hui ou avant a ressemblé tant soit peu à un vrai humain, à un humain réalisé de venir faire un cercle autour du chien. Et ils sont venus, des tas de bouddhas et de boddhisattvas que je ne connais pas, et des inconnus lumineux, de petites gens ignorées du monde et pleins de lumière, et aussi Jésus, Marie et des tas de saints, saint François et mère Thérésa, le père Damien et Padmasambava, même le Bouddha historique Sakyamuni, et peut-être aussi Platon, enfin bien assez de monde et ils ont fait un cercle de lumière autour du chien et ils se sont mis à envoyer leur lumière et moi la mienne, ma faible petite lumière comme une obole dans leur immense générosité et le chien est devenu tout lumineux, tout brillant. J'en ai profité pour mettre papa avec le chien pour faire d'une pierre deux coups et peut-être aussi Carlo,un ami mort du sida, je ne sais plus. Alors j'ai demandé à papa et au chien de se laisser aller, de se laisser dissoudre dans la lumière, de devenir la lumière, de devenir le corps lumineux des bouddhas, et ils se sont laissé aller et ils ont disparu dans la lumière. Bonne chance le chien, bonne chance papa. Je suis resté encore un peu à sangloter, un peu soulagé quand même parce que je pensais que cela lui avait fait du bien au chien. Puis je suis remonté parler avec maman. Elle n'a pas montré beaucoup qu'elle avait de la peine, elle aussi, mais c'est une femme qui a l'habitude de résister, et je savais qu'elle aimait le chien et qu'elle l'avait bien soigné.
06:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : litterature, recit, nouvelle, chien, mort |
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02.04.2008
Nos gloires: Mishima et le body building
Mishima,
une figure d' exception d'un Japon peut-être révolu, un être à l'éthique pour nous aujourd'hui incompréhensible, même si d'aucuns le rejoignent dans l'esthétique du corps.
Hana wa sakura-gi,
hito wa bushi
La fleur par excellence est celle du cerisier
L'homme par excellence est le guerrier
Chiru wo itou
yo ni mo hito ni mo
sakigakete
chiru koso hana to
fuku sayoarashi.
Peu importe de tomber.
Avant tout le reste, avant tous les autres.
C'est le propre de la fleur de cerisier
Que de tomber avec noblesse
Par une nuit de tempête.
Yukio Mishima
Une vidéo (en anglais) expose la relation complexe de Yukio Mishima avec le body building.
hito wa bushi
L'homme par excellence est le guerrier
Chiru wo itou
yo ni mo hito ni mo
sakigakete
chiru koso hana to
fuku sayoarashi.
Peu importe de tomber.
Avant tout le reste, avant tous les autres.
C'est le propre de la fleur de cerisier
Que de tomber avec noblesse
Par une nuit de tempête.
Yukio Mishima
17:30 Publié dans Sport | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : sport, gay, body building, mishima, yukio mishima, poesie, samourai, mort, litterature, homosexualite, japon, suicide |
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20.03.2008
Bénédictions nuptiales lesbigaies à "l'Eglise Catholique Traditionnelle" au Mexique

Loin de Rome mais près de Dieu, proclament ses adhérents! Les enseignements de la secte catholique manquent de cet esprit d'amour, de tolérance et de compréhension envers la communauté homosexuelle du pays, ont déclaré les responsables de l' Iglesia Católica Tradicionalista México-Estados Unidos (église catlolique traditionnelle Mexique-Etats-Unis), communément appelée Eglise de la Santa Muerte (de la sainte Mort). L'Eglise a annoncé qu'elle bénirait les unions des personnes du même sexe à partir du dimanche de la Résurrection. Il faudra avoir au préalable conclu un contrat d'union civile tel que prévu par la loi mexicaine (ley de Sociedades de Convivencia) et suivit un cours de cathéchisme de deux semaines.
On estime que cette Eglise réunit plus de deux millions de fidèles.
Adorée par les criminels, les traficants de drogue, les prostituées, les marginaux et les exclus, la Santa Muerte connaît un engouement croissant au Mexique, malgré l’opposition de l’église catholique à ce culte jugé païen.

De toutes les figures religieuses adorées au Mexique, la Santa Muerte est sans conteste la plus morbide et la plus atypique.
Sainte patronne des damnés et des criminels, cette "sainte" est apparue, sous sa forme actuelle, au cours des années 50 et 60. Selon les spécialistes, elle aurait toutefois des origines bien plus anciennes, héritées de la culture préhispanique : elle serait ainsi une figure inspirée des dieu et déesse aztèques Mictecancuhtli (photo ci-dessous)et Mictecacihuatl, héros mythiques de l’inframonde, invoqués par ceux qui désiraient posséder le pouvoir de la mort.
Représentée par un squelette revêtu d’un capuce, portant dans sa main droite une faux et dans sa main gauche une mappemonde, la Santa Muerte possède un certain nombre d'autels à son effigie dans le Distrito Federal.
Le culte de la Santa Muerte, s’il a lieu à ciel ouvert, n’est pas reconnu par le clergé catholique, qui y voit une pratique superstitieuse et païenne. Depuis quelques années, il est également surveillé par le gouvernement, qui assimile ses fidèles (regroupés au sein de l’Iglesia Católica Tradicionalista México-Estados Unidos) à une secte. Et qui s’inquiète, surtout, de l’engouement que la Santa Muerte connaît dans le pays.

Monseigneur David ROMO se considère comme prêtre catholique
Le rejet du Vatican ne nous rend pas plus ou moins catholiques, assure toutefois David Romo, "curé" de la paroisse Misericordia – et archevêque autoproclamé de cette "église" atypique – en rejetant les accusations dont son groupe fait l’objet. Adorer la mort nous invite au renoncement et à la réflexion, à laisser de côté la rancoeur, l’aigreur, le désir de revanche, précise-t-il. Il y a un dicton qui dit : loin de Rome mais près de Dieu ; notre choix c’est d’être aux cotés de Dieu, et ainsi éloignés du Pape.
Sources compilées:
www.lepetitjournal.com
mon mexique.com
frecuencia gay
wikipedia
pour une étude très complète du culte, lire la publication de Kevin Freese (en anglais)
17:15 Publié dans Mariage, pacs, et contrats | Lien permanent | Envoyer cette note
| Tags : mexique, mexico, iglesia de la santa murte, santa muerte, gay, lesbienne, eglise catholique, vie de l eglise, catholique, vatican, homosexualite, pacs, mariage, mariage des personnes du meme sexe, homophobie, discrimination, jesus, dieu, mort |
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