29.05.2010

Littérature canadienne: Colette Bazinet publie Trabouler

Trabouler

                                                                Voici comment l'auteure présente sa démarche d'écriture. C'est ce qu'elle écrit ici qui m'a donné l'envie de la lire et d'en apprendre davantage. Colette Bazinet écrit pour saisir des moments d'éternité. Son livre sera présenté le 6 juin à Montréal. A découvrir!

colette bazinet

Été 2005. Seule, amarrée au quai de Cap-à-l’Aigle, j’écrivais quelques réflexions, dans l’attente d’une fenêtre météo pour poursuivre ma route vers Québec. Je venais de comprendre que j’avais ma maison: j’y étais. Ce n’était pas cela qu’il me fallait trouver. Alors, que devais-je faire?

Des idées, des projets, des actes inachevés, il y en avait dans ma vie. Dans une sorte de flash, j’ai compris qu’il y en avait un qui pouvait prendre forme. La fiction me permettrait de reprendre librement des réflexions sur les propos souvent utilisés contre les gais, les lesbiennes et autres marginalisés sexuels - et de malmener un peu les dits propos. Sodome serait revisité. Un premier roman est né: Trabouler  (passer au travers). Amnésie et Bible s’y croisent.

L’écriture s’est mise à devenir envahissante. Un petit récit par ci, un autre par là. Pur plaisir. Puis d’autres projets de roman ont pris forme. Et le goût de partager des souvenirs, particulièrement l’expérience malgache, vécue alors que j’avais quatorze et quinze ans. Pour partager, il faut un lieu. Le voici.

Via le blog de Colette Bazinet ou le site de Colette Bazinet, auteure

10:27 Publié dans Littérature | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : canada, quebec, trabouler, colette bazinet, litterature, roman | | |  Facebook |

13.03.2010

Homosexualité, aimer en Grèce et à Rome, S. Boehringer et L.-G. Tin

tin

                                                 Sandra Boehringer et Louis-Georges Tin - Homosexualité, Aimer en Grèce et à Rome

Précédé d'un entretien avec Jean Allouch

Paris : Les Belles Lettres, coll. "Signets Belles Lettres", 2010. Parution : 17 mars 2010.

Présentation de l'éditeur :

Les figures antiques peuplent notre imaginaire érotique et, il y a peu, l'« amour grec » désignait pudiquement l'homosexualité. L'enlèvement par Zeus du jeune Ganymède est légendaire, tout comme les vers de Sappho célébrant le désir et la beauté des femmes de Lesbos. Célèbres également sont les discussions philosophiques entre Socrate et les beaux éphèbes athéniens, à la sortie du gymnase, ou l'attachement d'Alexandre le Grand pour son amant Héphaïstion.
Pourtant, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, il n'y a pas d'homosexualité antique, pas plus qu'il n'y a d'hétérosexualité : il s'agit d'un monde où le sexe de la personne aimée ne définit pas une catégorie, un monde où les individus ne sont pas classés en fonction d'une orientation sexuelle.
En circulant entre ces textes variés, drôles, émouvants, violents ou perturbants, des textes familiers mais aussi moins connus, en parcourant cette première anthologie française consacrée à l'homosexualité dans l'Antiquité, le lecteur comprend qu'en matière d'amour et d'érotisme, tout peut s'inventer.

Url de référence :
http://www.lesbelleslettres.com

05.01.2010

Une maxime de Charles Régismanset

«Il n'est pas impossible qu'un homme n'aime qu'une femme dans sa vie : il suffit pour cela qu'il n'aime point les femmes

[ Charles Regismanset, 1877-1945 ] - Nouvelles contradictions

regismanset

C'est certes un aphorisme, mais est-ce un bon mot pour autant? Cela me semble en tout cas révélateur d'une époque sans doute révolue, ou en voie de l'être...Cynisme et humour grinçant au rendez-vous chez cet auteur de moi inconnu et qui m'a été révélé au détour d'une page sur internet.

10:00 Publié dans Humour | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : maxime, regismanset, aphorisme, litterature | | |  Facebook |

27.12.2009

Littérature: A l'ombre des hanches, le nouveau livre de Francis Lamberg

a l ombre

                                                                                 Amour, sentimentalité, sentimentalisme, érotisme, pornographie crade ou chic...?: quels mots pour (mé)dire les élans du corps et les constructions de l’esprit??
En poésie et en prose, cet opus-cul alter-romantique et crypto-nihiliste caresse ce sujet.

Né à Bruxelles en 1966, d’origine belgo-marocaine, Francis Lamberg a grandi au cœur du bourgeois et prospère Brabant Wallon avant d’être adopté par l’ardente et populaire Liège. Curieux de tout et de tous, Francis est chercheur dans la sidérurgie, syndicaliste, militant de la cause homosexuelle,…
Edité dans les revues L’Indispensable, L’Arbre à plumes, RegARt, Ecrits Vains,… Francis Lamberg a publié Dans ma tête, je fais pousser les fleurs et naitre les chevaux aux éditions Tirtonplan (1996), il a également participé au recueil de nouvelles Passions Voyages Fantasmes des éditions Thé Glacé (2000).

08:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : litterature, poesie, gay, francis lamberg | | |  Facebook |

31.10.2009

Comment je n'ai pas eu le Goncourt

Un communiqué d'Olivier Delorme

Il ne sera décerné que lundi, certes ! Et il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas dans la liste... Allez savoir pourquoi !

Mais mon héros, lui, est dans les favoris ; il est vrai que s'il habite sur une île-volcan grecque fort semblable à celle que j'ai quittée(à regret) au début de ce mois, cet alter ego, lui, a trahi H&O... pour Braisaillon - ceci expliquant peut-être cela.

Bref, vous l'aurez compris, mon dernier roman, Comment je n'ai pas eu le Goncourt (la couverture et la quatrième de couv en pdf ci-joint) est désormais dans toutes les bonnes librairies.

Et comme mon alter ego, j'entame donc ma tournée des salons... en espérant qu'elle sera moins meurtrière que la sienne !

Le ouiquende dernier, j'étais à la Fête du livre de Saint-Etienne (Fabienne Cholat, de l'excellent quotidien régional Le Progrès, a consacré à mon non-Goncourt l'article que vous trouverez en pj) ; en principe, je serai au salon de Toulon (20-22 novembre) et peut-être aussi à celui de Roquebrune Cap-Martin (5-6 décembre).

Pour les Parisiens, la librairie hellénique Desmos (14, rue Vandamme 75014 Paris ; Tél. : 01 43 20 84 04 ; Métro : Gaité, Edgar Quinet, Montparnasse) m'accueillera le vendredi 27 novembre prochain à partir de 18h00, dans le cadre de "La Fureur des Mots", organisée par la mairie du 14e arrondissement, afin que je puisse vous le dédicacer et, je vous le garantis, ce Comment je n'ai pas eu le Goncourt sera un cadeau de Noël bien plus gai et jouissif que le Goncourt... quel qu'il soit !

Et puis encore : Emmanuel Khérad m'a fait le plaisir de m'inviter à présenter ce livre dans la Librairie francophone (diffusée demain, samedi 31 octobre à 17h00 sur France Inter et La Première de la Radio suisse romande ;  le dimanche 1er novembre sur La Première de la RTBF à 12h00, et sur la Première Chaîne de Radio-Canada à 19h00).

Le dernier tiers de l'émission est consacré à Comment je n'ai pas eu le Goncourt... qui a bien faire rire les critiques québecoise et belge mais qui se fait aligner par le libraire parisien et l'animatrice suisse. Comme je n'écris pas pour plaire à tout le monde et que j'essaye de dire, avec humour, quelques vérités sur le monde de l'édition, cela n'est pas vraiment étonnant. C'est même plutôt rassurant !!!

Tout de même, me dire que ce livre est "plaintif" : j'avoue que les bras m'en sont tombés, parce que si je balance, si je m'en prends à la Nomenklatura, si je raconte une partie des blocages, notamment médiatiques, auxquels se heurtent un auteur et un petit éditeur, pédés de surcroît, c'est franchement plus avec le rire aux lèvres qu'avec la larme à l'oeil ! A vous de juger !

Pour écouter ensuite sur le Net
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/lalibrairi...

Le lundi 2 novembre, je serai également l'invité du "Livre du jour" de Philippe Vallet, sur France Info, diffusé (à plusieurs reprises) durant la matinée précédant la remise du Goncourt.

Les archives de l'émission pour écouter ensuite:
http://www.france-info.com/spip.php?page=archive_sous...

07:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : litterature, roman, olivier delorme, comment je n ai pas eu le goncourt | | |  Facebook |

19.10.2009

Un conte ordinaire de la lesbophobie scolaire

leazar

Cette nouvelle, écrite par Luc Roger,  a été publiée dans Homosexualité(s) et Littérature (Ralm, Cahier n°10, 2009)


Léa Zar

-Zar, au tableau

La petite fille ne réagit pas, elle est restée assise, impériale. Sous les cheveux coupés en brosse et le front plissé, les sourcils rapprochés soulignent le regard fixe et les  muscles se sont ramassés en boules à la jonction des mâchoires.L´institutrice répète l’ordre, avec plus de fermeté, et la petite fille serre davantage  les poings et enfonce ses ongles coupés ras dans le gras de ses pouces. La classe observe, on rigole un peu de ci de là. On teste la prof intérimaire qui manque d’expérience. Madame, elle, ne s’y serait pas laissé prendre, mais voilà, elle a eu son bébé et se repose. Une gamine lève le doigt et dit :

-On dit Tzar, Madame, c’est Léa Tzar, elle répondra pas si vous l’appelez pas par son vrai nom.

C’est Lara, une petite noiraude qui a parlé. Léa n’aime pas son nom, ni son prénom. Cela fait étranger , d’ailleurs, c’est étranger, et on ne manque jamais de le lui rappeler. Elle préférerait qu’on l’appelle Léo, Léo Zor, avec des o bien ronds, comme le ballon de foot qu’elle a reçu pour son anniversaire. Et pourquoi pas Léo Zorro ? Souvent, elle part seule dans le bois communal, là où il y a les grandes ravines. D’un vieux bas nylon roulé elle a fait un bandeau avec deux trous pour les yeux. Elle devient Léo Zorro le Rédempteur. Alors elle se lance à l’assaut des pentes terreuses de la ravine en s’agrippant aux grosses racines qui ont en crevé les parois abruptes et part délivrer la belle prisonnière aux longs cheveux noirs et au regard de braise enfermée là-haut,  dans la cabane des forestiers transformée pour l’occasion en prison du sergent Garcia.  Ses ongles, qu’elle taille au coupe-ongle, au carré, sont souillés de terre, des plaques de  glaise lui collent aux genoux, mais elle s’en fout, juste un petit moment elle s’en fout, elle se lâche, il n’y a qu’ici qu’elle se sente bien, elle est Leo Zorro le Rédempteur et la belle captive aux longs cheveux noirs luisants va lui mettre un baiser sur les lèvres lorsqu’elle l’aura délivrée.

-Tzar, au tableau, l’intérimaire a presque crié. 

Léa a l’air de s’animer mais garde son air buté, la lèvre inférieure un peu tendue vers l’avant, boudeuse. Elle se lève et va se camper face à la classe, avec un air de défi.

-La table de division par neuf, dit la professeure, d’un ton déjà radouci. Dans le fond elle aime bien la petite fille qui a l’air d’un garçon, mais elle ne veut qu’on résiste à son autorité.

- Quatre-vingt-un divisé par neuf, neuf, soixante-trois divisé par neuf, sept, quarante-cinq divisé par neuf, cinq, vingt-sept divisé par neuf, trois, neuf divisé par neuf, un.

Toute la classe pouffe, des rires fusent, et puis c’est la déferlante du chahut.

-Silence, SILENCE

Léa est toute blanche, elle n’est plus qu’une corde tendue, et ses cils s’humectent de larmes, mais elle ne pleurera pas, elle crâne. Pour défier la nouvelle maîtresse,  Léa Zar, qui fait bien les choses, a inventé la table de division par les nombres impairs.

-Reprends, Léa, toute la table, dit  calmement. L’institutrice a compris que quelque chose de bizarre se passe. Elle essaye de ne pas brusquer davantage l’ enfant tout en s’efforçant de garder la main sur sa classe.

-Quatre-vingt-dix divisé par neuf, dix, quatre-vingt-un divisé par neuf, neuf, soixante-douze divisé par neuf, huit,…

Le rire secoue à nouveau la classe. Mais la professeure choisit de féliciter Léa, qui a fini par réciter correctement la table. Elle en profite pour expliquer que , selon les pays, il y a plusieurs manières de dire les nombres : octante et quatre-vingt, septante et soixante-dix, nonante et quatre-vingt-dix. - Elle vient de France, c’est des immigrés, c’est pour ça.

- Zar elle est bizarre, s’esclaffe un autre.

-Elle fait son intéressante, a lancé Gros Léon, elle sait pas quoi inventer pour se faire remarquer.

-Ouais c’est vrai, d’ailleurs elle veut jouer au foot avec nous.

C’est Ptilouis,  le voisin de Gros Léon. Il vit dans son ombre de Gros Léon et est de tous les coups.

-Remarque, elle joue super bien, elle a mis des goals.

-Même que Gros Léon il était pas content.

Tous les garçons se sont mis de la partie, chacun veut avoir son mot à dire

-Cela suffit ou je mets toute la classe en retenue mercredi après-midi !

La prof s’est fâchée tout rouge et la classe, surprise, se calme. Mais Gros Léon ne lâche pas le morceau, il en veut à Léa, elle lui a mis des goals, une fille !, lui, le gardien de but invaincu.

- C’est une gouine, M’dame, râle encore Gros Léon, dans une tentative de trop pour s’imposer.

-Léon, retenue mercredi après-midi.

La prof a détaché les syllabes sur un ton froid en regardant Gros Léon droit dans les yeux, elle est retournée s’asseoir à son bureau, a pris le cahier de retenue et s’est mise à écrire alors que la classe retenait son souffle et observait Léon, qui n’a plus osé répliquer.Le directeur a averti l’intérimaire : tolérance zéro pour les insultes. L’école a reçu cette année le prix Ecole sans racisme, on ne rigole pas avec ces choses-là ici. Léon a franchi une barrière interdite. Il devra venir en retenue.  A midi, il est rentré à la maison et a tout raconté à ses parents. Le père, cela lui a tourné les sangs, il a raccompagné Léon à l’école et exigé de voir le directeur, sur-le-champ.

-Qu’est-ce qui sait cet enfant à son âge, à onze ans on sait rien de la vie et de ces choses, d’ailleurs cette gamine, elle a pas l’air normale, remarquez, à votre place je la laisserais pas traîner avec les autres filles, et jouer au foot, vous trouvez cela normal vous, d’ailleurs ces gens n’ont qu’à retourner dans leur pays, on a déjà assez d’emmerdes avec les nôtres, on n’a pas besoin d’eux ici, , vous verrez ce que vous verrez aux prochaines élections…

Très calme, le directeur maintient la retenue.  La soupe au lait retombe et le père de Léon se retire, les épaules rentrées.

-Ces gens ne font qu’apporter des ennuis, faites ce que vous voulez, mais vous verrez que cela finira par tourner mal… 

A la sortie des classes, Léa s’est approchée de Lara, soudain un peu timide.

-Je peux te raccompagner un peu ?...Tu sais, je voulais te dire merci pour ce que tu as fait. Ya personne qui avait fait cela pour moi avant.

-On va être amies alors, a dit Lara d’une voix douce et émue, comme si elle aussi n’avait attendu qu’une occasion pour se rapprocher de la nouvelle. 

-Juré promis pour la vie. Léa a levé la main gauche, la paume tendue, elle a regardée Lara au plus profond des yeux puis elle a craché par terre.

-A la vie à la mort, on est amies pour toujours. 

Le mercredi, au foot, comme Gros Léon faisait sa retenue, les garçons ont demandé à Léa de le remplacer au goal. Elle n’a pas encaissé un seul but de toute la partie. Lara, qui traînait là par hasard, a regardé le match et était toute fière. Et les garçons ont fait la fête à sa nouvelle amie. Le mercredi suivant, Gros Léon n’est pas venu au foot. Louis non plus d’ailleurs. Mais on a joué quand même, à neuf contre onze et on s’est pas mal débrouillé.

-On a trouvé mieux !, a dit Gros Léon, maintenant on joue au 421 et les filles sont pas admises !

C’est vrai qu’on raconte qu’il se passe beaucoup de choses dans la cabane au fond du jardin des parents de Gros Léon, les dés roulent dans le bac, on fume des lianes séchées et même parfois une cigarette, Louis apporte de la bière qu’il chipe dans le garage de son père… Parfois il y a un petit flacon de vodka. A la récré, la bande à Léon se réunit en un petit cercle sous le platane,  personne n’est autorisé à s’approcher. Après l’école, s’ils viennent à croiser Léa et Lara, ils parlent très fort entre eux.

-Regardez la gouine et sa salope. On aime pas les gouines, nous, on est pas des pédés. 

Tous les mercredis après-midi, Léa joue au foot et Léon joue aux dés. Lara apporte souvent une grande bouteille d’orangeade pour les joueurs, Louis apporte la bière. Le monde semble avoir retrouvé son ordre, et en classe, Léon n’embête plus Léa.Les garçons appellent Léa Léo. Léo, le lion, l’empereur du foot, et Lara est fière de son amie à qui on ne met presque aucun but. 

Les mercredis s’enfilent et se ressemblent. On est presque à la fin de l’année. Léo et Lara rentrent du match de foot. Lara porte un sac en plastique avec les vidanges de deux grandes bouteilles d’orangeade qu’elle veut rapporter au supermarché pour récupérer la monnaie.  Léo n’aime pas le supermarché, elle attend à l’extérieur pendant que Lara se rend à la caisse.

-Léo, Léo, ya la bande à Léon…Le grand Marco, Spirou, Ptilouis…

Lara est essoufflée, elle a couru depuis la caisse.

-Ils t’ont embêtée ? Léa est tout de suite en alerte.

-Non, non , c’est le contraire, ils nous ont invitées, ils nous invitent à venir les regarder jouer aux dés dans la cabane de Léon. On y va?

Léo hésite, regarder jouer ! et puis quoi encore ? si on y va, elle veut jouer avec les autres, il n’y a pas de raison,  mais  au fond d’elle-même elle se sent fière de pouvoir entrer dans le clan des garçons, c’est rien que des grands ! Les deux petites filles rejoignent le groupe qui les observe de l’autre côté du parking. Lara, elle, est pour la réconciliation et la paix des ménages, cela crie assez tous les jours entre son père et sa mère, parfois le père cogne, et elle a tellement peur des violents qu’elle ferait n’importe quoi pour que les gens deviennent gentils. 

On ouvre la bouteille de vodka que le grand Marco a achetée au supermarché, il a toujours un peu plus d’argent que les autres dans les poches et son père a une grosse voiture. Gros Louis explique que pour faire partie du groupe, il y a des épreuves à passer. On va leur bander les yeux , elles devront avaler d’un coup un petit verre, puis on leur mettra des vers et des limaces dans la bouche, elles ne devront pas  mordre dessus, mais juste les sucer comme on suce un bonbon. Si elles ne crient pas, si elles ne pleurent pas, elles seront jugées dignes d’entrer dans la bande.

-C’est cool, dit Léa.

-Ca va, dit Lara, qui a l’air moins rassurée, mais n’ose pas contredire son amie.

-On va jouer aux dés pour savoir qui fera le Grand Exécuteur, c’est lui qui vous mettra les limaces et les vers en bouche. Le perdant de la partie aura un gage : il  devra aller chercher les limaces et les vers de terre au jardin. Les autres feront le jury.

-La vodka avant, vous verrez, avec ça les limaces ont moins de goût…c’est presque comme des escargots ou des huîtres.

-T’as  jamais mangé d’huîtres, menteur

-Si, y en avait à la communion solennelle de mon grand frère…

Au deuxième lancer de dés, Gros Léon a un 4 et un 2, mais le troisième dé s’ est arrêté sur une de ses arêtes, le 1 sur la face supérieure.

-421, j’ai gagné dit Gros Léon.

-Cela compte pas, tu dois recommencer…

-Ta gueule ! dit Gros Léon d’un ton menaçant.

-Bon, bon, ça va, je dis ça je dis rien.

Gros Léon est Grand Exécuteur,  Ptilouis, qui a fait le moins de points, se colle la chasse aux limaces et aux vers. On place les fillettes à genoux sur la terre battue. Gros Léon, très solennel, leur met des bandeaux sur les yeux puis leur fait boire un petit verre de vodka rempli à ras bord.

-Cul sec , qu’il dit.

Mais Lara n’y parvient pas, elle avale en plusieurs coups, et Léa a les larmes aux yeux tellement c’est fort.

-Elle doit recommencer, dit Marco

-Non, cela compte, elle a tout bu, fait Spirou, magnanime.

Ptilouis n’a trouvé qu’une limace, mais plusieurs vers de terre.

-Ca fait rien, elles n’ont qu’à sucer la même limace, il ricane.

Le Grand Jeu continue : Gros Léon introduit une limace dans la bouche de Léa.

-Suce. Et Léa suce et surmonte son dégoût, elle vaincra, elle fera partie de la bande à Gros Léon !

-Maintenant les vers.

Gros Léon récupère la limace et fourre deux gros vers de terre dans la bouche de Léa, mais la gamine ne supporte plus le jeu et elle finit par les recracher.

-Cela compte, dit Spirou, plutôt impressionné.Elle peut faire partie de la bande. Lara maintenant.

Lara supporte la limace et la suce rien que parce qu’elle sait qu’elle vient de la bouche de son amie.  Ptilouis, qui est ressorti, revient avec d’autres vers, mais Lara se met à gémir et les refuse. Marco insiste, mais Lara refuse toujours.

-Vas-y, c’est presque fini, l’encourage Léa, qui a ôté son bandeau..

-J’peux pas.

-J’ai une idée, dit Marco, et il se met à déboutonner son pantalon, et en sort une longue chose rose et molle qu’il fourre sous le nez de la gamine.

-Tu préfères ce vers là ?

Léa a poussé un rugissement de fureur et s’est mise à frapper les garçons. Lara a arraché son bandeau et  se met à hurler, un long cri qui se répand dans tout le quartier, un cri qui vient des intestins et d’une longue lignée de femmes battues et souillées.

-C’est trop, arrêtez, dit Ptilouis, c’est plus le jeu…

-Vos gueules, si mon père entendait, dit Gros Léon.

- Le premier qui ose encore la toucher aura affaire à moi. 

Léa pousse son amie vers la porte entrouverte de la cabane. Gros Léon essaye de la rattraper, mais il tombe nez à nez avec sa mère qui est accourue au jardin.

-Et ça va, maman, ya rien, on voulait juste jouer…

-Tu es sûr que tout va bien mon chéri ?  Ne traînez quand même pas trop, tu sais que ton père n’aime pas que vous vous enfermiez dans sa cabane. 

Lara ne reviendra pas à l’école, paraît qu’elle a des migraines, qu’elle vomit tout le temps et qu’elle a maigri.  Peut-être que l’école devrait envoyer l’assistant social. Sa mère a interdit l’entrée de la maison à Léa. Mais le temps passe, les grandes vacances sont arrivées et l’école a oublié Lara.A la rentrée, suite aux conseils du directeur, on a changé Léa d’école. On a gardé Gros Léon, il est redevenu keeper de l’équipe de foot et règne sans partage sur la classe. La maîtresse est revenue et son bébé va bien, paraît même qu’elle en veut un deuxième.  On a déjà oublié l’intérimaire. Ptilouis  a tellement grandi qu’on l’appelle Louis à présent. Léa est retournée au bois communal, elle joue à nouveau toute seule, elle est Léo Zorro et elle délivre la belle Lara des griffes du sergent Garcia qu’elle imagine avec les traits de Gros Léon.  Elle s’est acheté un couteau à cran d’arrêt qu’elle porte toujours sur elle à présent, pour se défendre et pour défendre toutes les Lara du monde. On ne la surprendra plus jamais mal armée. Dans le bois communal, Léo Zorro joue à dépecer le sergent Garcia, elle lui coupe le zob, elle lui tranche les couilles, elle l’écorche vif. Garcia meurt dans une lente agonie. Elle se dirige ensuite vers la cabane du forestier où elle a emprisonné les acolytes du sergent Garcia qui sont ligotés et bâillonnés et qui pleurent, ils ont les traits du grand Marco, surtout du grand Marco, -pour Marco, elle fait comme pour Garcia, mais avec plus de raffinement-, puis, s’il lui reste du temps, elle s’occupe de Spirou, et de Ptilouis, aussi. 

Un coup de dé

Jamais

N’abolira

Lea Zar

10.08.2009

Roman: Le Messie juif d'Arnon Grunberg

messie juif

 

                              Un roman iconoclaste parfumé d'homosexualité, traduit du néerlandais, aux éditions Héloïse d'Ormesson (2007)

Présentation du libraire - Le Messie Juif

"La mission de Xavier Radek ? Devenir le Consolateur du peuple juif. Ainsi commencent les tribulations de cet adolescent agnostique, petit-fils de nazi. Alors que les parents attribuent son attirance pour le judaïsme aux troubles de l'adolescence, Xavier se lie à Awromele, le fils d'un rabbin, qui l'incite à se faire circoncire. Malgré cette opération douloureuse, Xavier se voit conforté dans sa vocation. Après diverses mésaventures et malentendus, tout deux finissent par rallier la Terre Promise. Un roman burlesque, grinçant, qui explore les tréfonds de l'humanité. Traduit du néerlandais. Du même auteur : Lundis bleus ; L'oiseau est malade ; Douleur fantôme."

Résumé - Le Messie Juif

Comme son grand-père nazi zélé, son père amateur de massages douteux, sa mère fervente masochiste, Xavier Radek ne supporte pas la souffrance... Fort De ce noble héritage, il s'est fixé pour mission de devenir le consolateur du peuple juif. Dans cette optique, il se lie d'amitié avec un fils de rabbin qui lui conseille d'apprendre le yiddish et de se faire circoncire. Au cours de l'intervention - réalisée par un importateur de fromages kasher à demi aveugle -, Xavier perd un testicule qui trônera dans un bocal de formol. Malgré ces déboires, l'adolescent reste convaincu de ses aspirations messianiques. Leader charismatique ou imposteur ? Quoi qu'il en soit, ses tribulations burlesques et cruelles le mènent jusqu'en Terre promise.

Avec Le Messie juif, farce grotesque d'une effrayante lucidité, Arnon Grunberg offre une vision corrosive de la condition humaine.

Extraits

        Puis il [le rabbin] se rappela qu'il y avait encore un endroit à Bâle où il pouvait aller. A part la synagogue et son domicile, où sa femme le traitait de sale juif, il y avait encore un endroit où il pouvait reposer sa tête fatiguée. [... ]

        On massait déjà. on massait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans une société où tout fonctionnait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on n'avait pas le choix.

        Les transsexuels étaient sur pied tôt ce jour-là. En haut, ils étaient femmes; en bas, ils étaient restés hommes. le rabbin aimaitça. D'une façon ou d'une autre, il se sentait moins coupable dans les bras d'un transsexuel. Comme s'il se faisait câliner par une sirène. (P.325

Assises du roman : Arnon Grunberg selon Alexis Buffet



Assises du roman : Arnon Grunberg selon Alexis Buffet

06:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : messie, messie juif, gay, homosexualite, litterature, roman, juif, grunberg, arnon grunberg | | |  Facebook |