21/04/2010

Prêtres cathos gays: réaction d'un prêtre catho hétéro

Le Père José Davin, un prêtre jésuite travaillant en Belgique, réagit ici aux nombreux messages d'appel que vous avez posté sous le post Un chat pour les prêtres catho gays. J'aime bien sa remarque sur la nécessité d'évangéliser la réflexion catholique sur l'homosexualité.

Luclebelge

Un mot de réaction de la part d'un prêtre hétérosexuel à tous les gays et lesbiennes qui se posent des questions bien pertinentes.

Bien à regret, je n'ai pas le temps de dialoguer. Mais, face à une Église catholique officielle "en retard manifeste" pour rejoindre les lesbiennes et les gays (prêtres ou  non), je propose de la lecture de deux de mes derniers ouvrages rédigés avec un prêtre suisse.

- "A quand ce concile, Manifeste pour un renouveau de l'Église ? Éd St-Augustin et Fidélité, 2008" où nous disons à propos des actes  homosexuels et de la continence demandée par le Catéchisme : "Est-ce possible, raisonnable, évangélique ? (sous-entendu non), car tout dépend de l'amour et de la vérité dont ils sont l'expression", p.170.

- "Gays et lesbiennes, , Humanité, amour et spiritualité, Éd St-Augustin, 2009" où nous exprimons notre souhait que des évêques et des prêtres déclarent leur homosexualité, en l'expliquant, de façon à éclairer les fidèles, page 86.

Même s'il les réflexions des autorités catholiques sur l'homosexualité doivent encore être évangélisées, avançons et ouvrons des espaces de parole et de liberté.

Bon courage dans ce cheminement qui est dans les mains de beaucoup

José Davin, sj
                               

15/03/2010

Gestion de la sexualité dans l'église catholique: l'autre regard d'un prêtre

J'ai à plusieurs reprises déjà mentionné le travail du Père José DAVIN, un père jésuite belge, qui réagit volontiers à mes articles. Suite à mes remarques critiques sur la gestion de la crise pédophile par l'église catholique, voici ce qu'il m'écrit et que je publie avec son assentiment.

Merci, Luc, de me faire la confiance de tes réflexions. J'y réagis brièvement.

- L'essentiel est de déplorer, comme tu le fais, les "autodéfenses" cléricales. Il suffirait de demander pardon et de réparer, en acceptant humblement que soit dénoncées ces situations lamentables.
- Par mes amis magistrats, je sais que la majorité des cas d'abus sexuels  (environ 200 par semaine en Belgique présentés à la justice) proviennent surtout des familles recomposées. Et donc peu du clergé, chez nous. Si les médias les épinglent, c'est sans doute parce qu'ils attendent encore des prêtres un comportement exemplaire, et ils ont raison, même si la perfection n'est pas de ce monde.
- Si rares qu'ils soient, les abus du clergé sont tous très regrettables
- L'ordination d'hommes et de femmes (mariés ou non), je la demande avec insistance (vg dans mon livre "À quand ce concile ?") ; cette solution donnerait, entre autres, aux responsables de l'Église (dont certains seraient dès lors mariés) une approche plus humaine de la sexualité (et aux fidèles plus de prêtres dont les mariés seraient naturellement proches des gens)
- Quant à l'homosexualité, le retard dans la compréhension et l'accueil par l'Église catholique nécessite un toilettage radical, ce que j'explicite aussi dans un autre ouvrage que tu connais.

José Davin

A lire ce courriel, on se rend compte qu'il y a vraiment plusieurs demeures dans la demeure du Père.

davin

Rappelons que le Père Davin a coécrit  avec Michel Salamolard l'ouvrage Gays Et Lesbiennes ; Humanite, Amour Et Spiritualite chez l'éditeur Saint Augustin

Lire aussi mon article précédent qui comporte un autre témoignage de José Davin.

Post-scriptum

Il reste à espérer que Benoît XVI  a déjà fait du Père Davin un Cardinal in pectore, et qu'il sera élu pape lors du prochain conclave, dès qu'il aura plu au Seigneur de rappeler son Serviteur actuel.Cool

Le commentaire de Francine

Bon, il est certainement gentil mais les arguments du genre "par mes  amis magistrats, je sais que ...", ça nous laisse loin des chiffres!
Et de toute manière, la première chose à lui signaler puisqu'il parle de familles recomposées, c'est qu'il est malheureusement d'usage, pour "débattre" de la garde  alternée, d'invoquer des faits de pédophilie chez l'autre.
J'en veux pour preuve qu'il parle de plaintes, et non de poursuites ou condamnations.
Donc à mon avis, un enfumage de plus, et je tousse autant!  

De toute manière, les statistiques, si elles existent, seront toujours difficiles à interpréter... Voir par ex. les débats de criminologues à propos de l'insécurité!
C'est la raison pour laquelle la réaction du vatican me choque: on va s'étriper scientifiquement à propos d'interprétation de chiffres, et oublier l'essentiel: les gosses.
Et pour être aussi complète et claire que possible, mais en rester aux "familles recomposées" ici mises en exergue, c'est la situation, peut-être l'unique -à côté de l'agression d'un étranger au" groupe" qui se protège-, où la solidarité avec le coupable ne joue plus.
D'où les nombreuses plaintes en justice -recevables ou non- qui complètent l'habituel simple "règlement interne" (ce n'est que lorsqu'il n'a pas lieu que l'on commence à constater, par ex via l'école, qu'un enfant "va mal".)
Il s'agit de solidarité familiale ou ici de groupe religieux (j'ai connu la même situation dans une synaguogue: on a exclu la mère plaignante -uniquement auprès du rabbin-, et pas l'animateur du groupe d'enfants ...).
Bref, la fameuse peur du "qu'en dira t-on", qui l'emporte sur l'intérêt de l'enfant.
Mais, s'agissant de l'église et non d'une famille, le coupable a plus de victimes potentielles: c'est là que se situe la plus lourde responsabilité de l'église.
Donc en fait, il faudrait que la comparaison statistique, si elle était nécessaire pour juger de la solution à apporter, se fasse avec les personnes en contact pro avec des enfants? Et non des familles?

17:12 Publié dans Religions, haines et tolérances | Lien permanent | Tags : jose davin, prettre catholique, pedophilie, eglise catholique | | |  Facebook |

02/03/2010

Jésus aurait donné la communion aux gays. Réflexions théologiques.

L’église catholique qui, en Hollande comme ailleurs, exclut de la communion les homosexuels qui vivent leur sexualité, ne propose curieusement aucune réflexion théologique approfondie sur ces refus de communion. Sans appartenir à cette institution et vu de l’extérieur, on perçoit surtout le durcissement de l’attitude et une volonté de pouvoir, et il est légitime de se poser la question de savoir ce qui se trouve au cœur de cette affaire.

Simon_ushakov_last_supper_1685

 

La dernière Cène: l'origine de la communion

 

L’institution du sacrement de communion remonte à la dernière cène : Jésus réunit ses disciples pour un repas, pressentant le supplice qui l’attend. Il partage du pain et du vin en les bénissant et en sert ses amis en leur disant d’en manger et d’en boire car, leur dit-il,  il s’agit de sa chair et de son sang. Et il les enjoint de répéter ce partage lorsqu’il ne sera plus là pour présider au repas. Vous ferez ceci en mémoire de moi. C’est ce que les catholiques appellent le partage eucharistique. C’est là qu’ils voient l’institution du sacrement de communion. Lors d'une messe catholique, l'officiant répète les gestes de Jésus: il consacre pain et vin et les distribue aux fidèles ( en général uniquement le pain qui, selon les catholiques, contient miraculeusement le corps réel de Jésus).

 

Jésus a, d’après tous les textes fondateurs de cette religion, les évangiles, exécuté ce partage eucharistique avec tous ses apôtres, indistinctement de ce qu’il savait de la personnalité  et des actes de chacun d’entre eux. Judas est présent et communie avec les autres apôtres. Jésus sait sa trahison puisqu'il la prédit, mais ne renvoie pas Judas et le laisse partager le repas alors même que le crime capital est déjà prémédité: la trahison de Jésus qui conduira au  meurtre de Dieu. Il en va de même de Pierre, dont il connaît aussi la trahison prochaine, communément dénommée le reniement de Saint Pierre. Pendant le partage eucharistique, Jésus prédit la trahison de ces deux hommes, et leur distribue cependant ce qu’il désigne comme son « corps » et son « sang », le pain et le vin consacrés.

 

Jésus n’exclut de la communion ni celui dont il sait qu’il va le livrer à un ennemi qui le mettra à mort, ni celui qui pour sauver sa peau niera être de ses amis (Pierre). Il leur donne le pain et le vin comme aux autres alors qu’il connaît leur trahison, dont il leur parle clairement d’ailleurs. La tradition chrétienne désignera par la site Judas comme le criminel suprême.

 

Le refus de communion : un acte politique, l’exercice d’un pouvoir

 

Ma question: comment peut-on empêcher, au sein de l'Eglise qui se dit de Jésus,  un homme quelconque, quoi que ce soit qu'il fasse, ait fait ou projette de faire, de communier alors qu'il en manifeste le désir, alors que Dieu même s'est partagé avec celui qui préméditait de le trahir, une trahison dont Judas devait savoir qu’elle conduirait à l’exécution de son ami?

 

L’Eglise catholique refuse aujourd’hui la participation au partage eucharistique à des gens dont le seul crime est de s’aimer : des divorcés remariés, des gays, des lesbiennes. On conviendra que le crime d’amour, si tant est que crime il y a, est moindre que le crime de haute trahison.

 

Bien sûr, sur un plan purement légaliste, l’Eglise catholique peut en matière éthique faire quasiment ce qu’elle veut au sein de son institution : l’Etat ne viendra pas se mêler de la manière dont elle organise son fonctionnement, comment elle organise ses sacrements età qui elle les distribue. Mais, sur le plan de la réflexion théologique,  utiliser le pain et le vin comme une arme politique semble cependant contraire au symbolisme de la Communion.

 

Et c’est pourtant ce qui semble se produire. On voit souvent la hiérarchie de cette église utiliser le refus de communion comme une arme politique : ainsi des évêques menacent-ils de refus de communion des hommes politiques qui se préparent à voter des lois contraires à son enseignement : lois sur la contraception, sur l’avortement, sur la recherche scientifique (cellules souches), sur le partenariat civil, sur le mariage des personnes du même sexe. Un exemple récent est l’interdiction de s’approcher de la sainte table qu’a notifiée l’évêque de Rhode Island (USA), Thomas Tobin, au parlementaire Patrick Kennedy pour avoir voté des lois autorisant l’avortement.

Elle s'en sert aussi pour essayer de contrôler et de canaliser la sexualité des hommes et des femmes qui se soumettent  à son magistère. On le voit dans l'exemple hollandais qui se trouve aujourd'hui sous les feux de l'actualité.

 

L’Eglise n’est pas monolithique : les prêtres de l’accueil

 

La pratique pastorale peut être tout autre et certains prêtres catholiques ont un sens de l’accueil et du dialogue fort différent des ukases promulgués par leur hiérarchie. Ainsi, en Belgique, le prêtre Germain Dufour a-t-il récemment béni dans une église liégeoise un couple gay qui venait de se marier au civil. 

  

D’autres prêtres, comme le jésuite José Davin, proposent l’accompagnement des personnes homosexuelles catholiques et de leurs familles. On peut approcher sa réflexion sur l’accompagnement chrétien des personnes homosexuelles dans un texte en ligne : voir par exemple son texte Tenir sa place sous le regard bienveillant de Dieu dans lequel il présente l'homosexualité comme un don de Dieu parmi d'autres. Le Père Davin organise ce dimanche 7 mars, une journée destinée aux personnes homosexuelles au Centre jésuite de la Pairelle (Belgique). Plus d'infos: cliquer ici.

 

Réflexions d'un jésuite

 

José Davin, à qui j’ai fait part de mes réflexions,  a bien voulu formuler son avis sur la question du refus de communion. Voici ce qu’il m’en écrit hier. A noter que le texte du Père Davin est au départ la réponse à un courriel, des textes écrits d'une traite et dont il dit qu'ils "mériteraient réflexion, mais disent l'essentiel de ce qu'il pense et vit." Je prends la précaution intellectuelle de signaler ce contexte afin qu'on ne prenne pas ces textes spontanés pour une communication théologique définitive.

 

1.    Pour la communion au gays/lesbiennes 

 

Depuis 7 ans, ils peuvent communier à la messe que je célèbre à la fin des Journées pour eux, leurs familles/amis, au  Centre jésuite La Pairelle. C'est le cas ce dimanche 7 mars (Tél. 081 468111)

Le critère est simple : que chacun, en conscience, se détermine si, chrétien, il souhaite vivre en communion avec le Christ qui vient vers nous, hétéros ou homos, non pour nous récompenser, pais par amitié, pour nous soutenir.

Quant à qualifier les actes homosexuels de "péchés", personne dans l'Église ne peut effectuer ce jugement à la place d'un autre. Sur la continence sexuelle des couples homosexuels, je renvoie à mon livre "Gays et lesbiennes" (St-Augustin), qui indique simplement ce choix comme possible pour certains, mais sans aucun jugement, après avoir évoqué le bienfait de la vie de leur couple que je bénis volontiers (le livre en parle aussi).

Dans un autre livre "A quand ce concile ?", nous disons à propos de cette continence "Est-ce possible, réalité, évangélique ?" avant d'écrire que le Christ parle plutôt de chemins d'amour que de défenses et de tabous.

 

2.    Sur la communion de Judas

 

Depuis longtemps, je pense que notre liberté est grande et telle que Dieu n'en connaît pas le déroulement. Il ignore donc notre futur. Et Jésus, devenu vraiment un des nôtres, ignorait ce futur, tout en devinant que Judas, habitué à voler dans la bourse commune, complotait. Les évangélistes, 30 ans après, ont écrit que Jésus avait tout deviné de son manège !

Quoi qu'il en fut, Jésus  n'a pas  condamné cet homme et a continué à se donner à lui (par la communion), comme il l'a fait pendant près de 3 ans.

Je suis persuadé que tu ne compares en rien les gays et les lesbiennes chrétiens à des Judas, mais que tu fais un rapprochement avec la situation déplorable d'une Église qui leur refuse la communion. S'il y a scandale public permanent de la part d'un chrétien (assassin, pédophile, drogué grave, etc ), on comprend que le prêtre en délibère avec ses fidèles pour leur dire surtout ceci "Abstenez-vous de juger les autres. Ils ont leur conscience pour se situer eux-mêmes face à la bonté de Dieu".

Quant à l'homosexualité, tout curé devrait en parler positivement afin que chaque  couple homo ne soit gêné à la messe et communie en paix.

Aucun des centaines d'homos que je fréquente n'est en situation, à mes yeux, de scandale public, suite à son homosexualité, qu'il vive en couple ou non. Je n'ai d'ailleurs à juger la conscience de personne, même si je peux juger des actes indépendamment des personnes. De plus, les actes sexuels des couples homos me semblent la conséquence logique et naturelle des sentiments amoureux qu'ils éprouvent et dont j'admire la qualité chez beaucoup. Il y a lieu de mieux situer les paroles bibliques à ce sujet (cf le même livre).

 

Les témoins choisis pour la Journée de ce dimanche 7 mars sont des hommes et femmes vivant en couple.

 

Informations sur la journée du 7 mars : cliquer ici

 

José Davin est coauteur d'un ouvrage intitulé A quand ce concile?

 

 

 

27/01/2010

Journée catho pour les proches des personnes homosexuelles

gldav

                                        Note préliminaire: à la lecture de mon blog, vous aurez déjà eu l'occasion de constater que j'estime en général que les prises de position et les condamnations de la hiérarchie catholique au regard de l'homosexualité sont malsaines et dangereuses, et, partant, qu'il convient de les dénoncer parce qu'elles relèvent de l'homophobie. Il n'en reste pas moins vrai que des gays et des lesbiennes ont décidé de rester au sein de cette église, ou que certains de leurs proches ou leurs familles s'y sentent affiliés. Monsieur  José Davin, prêtre catholique, me semble être une personnalité d'ouverture et de dialogue. C'est en ce sens que je diffuse l'information à propos de la journée qu'il organise.

Le pdf est téléchargeable en cliquant ici.

davin1davin2

21/06/2009

Un livre pour homos cathos, par José Davin et Michel Salamolard

Une excellente amie me signale la parution d'un petit essai par un jésuite belge, José Davin,  un prêtre qui me semble appartenir  une frange progressiste de l'église catholique. J'ai longtemps hésité avant de vous le présenter, parce que la hiérarchie de cette église mène une guerre acharnée contre toutes les avancées sociales, juridiques et légales que le mouvement gay et lesbien s'efforce d'obtenir depuis une quarantaine d'années (contrats d'union civile, mariage des personnes du même sexe, fécondation médicale des lesbiennes, homoparentalité, droit à l'adoption, information sur l'homosexualité et l'homophobie dans les écoles, prévention du sida par l'emploi de préservatifs, droit de manifester, etc.).

Cependant, la parole de mon amie et la réputation d'ouverture bien établie de Monsieur Davin m'ont fait opter pour l'information . Pourquoi ne pas créer des ponts avec des femmes et des hommes de bonne volonté, qui certes prennent des risques par rapport à une hiérarchie hostile? Voyez la discussion après la présentation du livre.

José DAVIN présente son ouvrage de la manière suivante: Cet ouvrage récent se veut un regard d'amitié envers  les personnes homosexuelles et leurs familles. Il vise aussi à susciter plus de respect et de tolérance dans la société et dans l'Église à ce sujet.

Le livre


davin

Résumé

Un jésuite belge et un prêtre suisse s'interrogent sur la place des gays et des lesbiennes dans la société et dans l'Eglise. A partir de rencontres avec des groupes homosexuels, les auteurs proposent des chemins d'action et de compréhension.

Quatrième de couverture

Gays et lesbiennes

Parmi nous, des hommes et des femmes sont attirés par des personnes du même sexe. Comment, dans cette situation, construire sa vie et sa personnalité ? Comment trouver sa place dans la société ? Et dans l'Église, si on est chrétien ? Parent, ami, collègue de travail, voisin d'un gay ou d'une lesbienne, comment les accueillir ? Autant de questions que ce livre aborde avec délicatesse et sans tabou. Les auteurs appellent chacune et chacun, quelle que soit son orientation affective et sexuelle, à grandir dans l'amour.

Discussion

L'information de la parution du livre du Père Davin m'est parvenue hier soir par un courriel que m'adressait une amie journaliste belge. Ma première réaction était plutôt échaudée. Je faisais remarquer à mon amie que si j'imaginais bien que le Père Davin est un homme d'ouverture, sa hiérarchie ne l'est pas, elle est hostile au mouvement gay et lesbien. Le Père Davin n'est-il pas une brebis parmi des loups? Les chrétiens catholiques sont mal pris au sein de leur église, et même si le Père Davin parle de tolérance, de respect et d'accueil pour les personnes, le magistère de l'église, qui distingue les personnes des actes, considère l'acte homosexuel comme "intrinsèquement désordonné" (cfr le cathéchisme de cette église). Je me demandais si les catholiques gays et lesbiens faisaient bien de rester au sein d'un groupe qui ne fait que les "tolérer comme personnes" et les "accueille", mais condamne leurs actes et combat ouvertement toute avancée du droit. Je rappelais à mon amie les événements symptomatiques des derniers jours, et notamment la virulente opposition de l'évêque de Bayonne à la Gay Pride de Biarritz et à la présence à cette fête des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence. (Cliquer ici pour lire le post à ce sujet

A cela, mon amie me répondait: Tu sais, la hiérarchie de l'Eglise est farouchement antifemmes aussi, mais moi, je préfère attaquer de l'intérieur. Et j'ai rencontré des homos chrétiens qui sont comme moi: ils n'ont pas envie de s'en aller, parce qu'ils sont sincèrement croyants, mais ils sont décidés à  faire évoluer la situation. Et c'est possible, car ce qui se passe dans les paroisses ou les unités pastorales n'a pas grand-chose à voir avec ce que veut la hiérarchie. Chez nous, par exemple, ce sont presque toujours des femmes qui distribuent la communion, alors que la hiérarchie a répété récemment qu'elles n'avaient même pas le droit d'approcher de l'autel; la chef de chorale est une divorcée remariée, et donc en principe excommuniée, mais qui communie tous les dimanches au vu et au su de tous; on a ouvert notre église à une occupation de sans-papiers bien avant que la hiérarchie ait réussi à se mettre d'accord à ce sujet; Davin est venu avec plusieurs homos chrétiens, hommes et femmes, pour témoigner à la messe du dimanche; et ainsi de suite. C'est par le bas que l'Eglise change — pas assez vite, pas assez bien, pas assez humainement, même, mais elle change. Seulement, tout en haut, ils ne s'en rendent même pas compte!  Un jour ou l'autre, ils auront une mauvaise surprise!

La discussion est ouverte. Le mieux sans doute est dire lire l'ouvrage du Père Davin et de continuer le dialogue, tout en combattant les attaques répétées de l'église catholique et en continuant la lutte politique pour les droits civils. Si la tolérance et l'accueil sont les bienvenus aux plans humain et relationnel, nous sommes à mon sens bien au-delà: il ne s'agit plus d'être simplement tolérés et accueillis, mais de revendiquer et d'exercer nos droits citoyens.

José Davin nous écrit

Merci, cher Monsieur,pour votre réaction franche sur le blog. Je la comprends et, comme énoncé dans ce livre, nous regrettons un certain nombre de paroles et prises de positon de l'Église catholique, tout en essayant, avec tact, de les mettre en cause. 

Le livre sur l'homosexualité a reçu l'aval de ma famille religieuse (Nihil obstat), signe déjà d'un progrès ecclésial. Mais il y a encore du chemin...

Dès l'avant-propos de de ce livre, nous indiquons notre adresse électronique afin d'offrir le service du dialogue. Donc n'hésitez pas à communiquer mes coordonnées ou à m'adresser des messages qui vous parviendraient. Bien volontiers, j'y prêterai attention.

Votre réaction est un geste positif d'humanité pour aller plus loin. Merci encore et cordiales salutations.

José Davin