15/03/2010

Les gays, clandestins en Afrique. Cameroun, sortir du Nkuta, un documentaire de Céline Metzger.

Un article de Sandra Fontaine paru sur Infosud-Tribune des Droits humains

12 mars 10 - Cameroun : sortir du Nkuta*, de Céline Metzger, suit le combat d’Alice Nkom, avocate qui défend les homosexuels dans un continent où leurs droits régressent. Une avocate présente à Genève au FIFDH.

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Sandra Fontaine/InfoSud - Clandestinité quasi obligatoire, répression accrue, durcissement des lois… A l’instar du reste du continent africain, être homosexuel au Cameroun constitue un calvaire. De l’ensemble des pays du Maghreb à nombre de ceux au Sud du Sahara, 38 Etats d’Afrique criminalisent les relations entre personnes du même sexe. Mais le Cameroun est le seul pays africain francophone, à majorité non-musulmanne, à pénaliser les relations entre personnes du même sexe. Particularité qui a pousser Cécile Metzger à réaliser le documentaire "Cameroun : sortir du Nkuta" ["sorti du placard, NDLR], projeté ce 12 mars dans le cadre du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (Genève, du 5 au 14 mars).

Après la publication dans la presse camerounaise, en octobre 2006, de listes de personnalités politiques et autres artistes supposées homosexuels, le sentiment homophobe a été exacerbé aussi bien dans la rue que dans les tribunaux. Des rafles ont été organisées dans des lieux prétendument fréquentés par des gays. Des hommes et des femmes ont été emprisonnés des mois avant de pouvoir se présenter, enchaînés, à leur procès.

"Encouragés par les médias qui cherchent les records d’audience, les outings forcés se sont dangereusement banalisés en Afrique, source de toutes les dérives et violations des droits humains", affirme Alice Nkom, avocate camerounaise qui a fait de la défense des droits des lesbiennes, gays bi et transgenres le combat de toute une vie.

Poussée du fondamentalisme religieux

"Je suis né homo, Jésus a dit "Aime ton prochain", la haine n’est pas africaine". Fièrement scandé dans les rues de Cape Town en Afrique du Sud, l’un des slogans de la Gay Pride organisée le 6 mars dernier dans la ville la plus gay friendly d’Afrique résume avec naïveté la nette régression des droits des homosexuels observée sur le continent.

« L’augmentation de la pauvreté a marqué le retour de tous les fondamentalismes, en particulier religieux, analyse Alice Nkom. Les dirigeants africains ont cédé sous le poids électoral de ces groupes d’opinion », entraînant une dégradation inquiétante de la situation des gays.

Certes, l’Afrique du Sud est allée jusqu’à autoriser les mariages entre personnes du même sexe en 2006. Mais, selon une étude publiée récemment par l’association sud-africaine Behind the mask (www.mask.org.za), près de 10 lesbiennes sont toujours violées chaque mois rien qu’au Cap, sous prétexte de "les soigner". Au Burundi, le gouvernement a profité de l’abolition de la peine de mort en 2009, pour introduire dans la Constitution le délit d’homosexualité.

Intervention des Nations-Unies

Les droits fondamentaux des lesbiennes, gays, bi et transgenres sont tellement menacés sur le continent africain, que la communauté internationale a décidé d’intervenir. Début mars, deux rapporteurs spéciaux des Nations-Unies pour les droits de l’homme ont demandé officiellement aux députés ougandais de renoncer à voter une loi clairement anti-gays. Si l’homosexualité est déjà considérée comme une activité criminelle en Ouganda, passible de la prison à perpétuité, le projet de loi déposé en octobre dernier prévoit de durcir encore ces dispositions, avec notamment la peine capitale pour le viol d’un mineur par une personne du même sexe ou par un malade du sida. En outre, toute discussion publique sur l’homosexualité deviendrait un délit, et le propriétaire qui louerait un logement à un homo s’exposerait à des poursuites.

Marginalisés par leurs communautés et leurs familles, mis au banc de la société, les gays souffrent d’un manque d’accès aux campagnes de sensibilisation et de soin contre le virus du sida. Entre les abus sexuels systématiques dans les prisons, les "viols curatifs" des lesbiennes, et les pratiques à risque dus à des carences de prévention, l’épidémie est en train de se propager de façon inquiétante à travers la communauté gay.

Face à tant de difficultés pour vivre leur sexualité dans la paix et la sécurité, beaucoup d’homosexuels africains choisissent le suicide ou l’émigration à tout prix vers le Nord. Mais Alice Nkom en est certaine : "Le combat commence par la réconciliation de l’homosexuel africain avec lui-même".

Lire aussi les articles d'Afrik.com et de Cameroun.link. On peut également lire quelques réactions africaines sur bonaberi.com...

On peut VOIR 8 minutes du documentaire  (sur 52 minutes, un bel  extrait donc!) sur le site des Films du Balibari: balibari.com

*Quelques mots d'explication

Au Cameroun, le "nkuta" est un sac en toile de jute. L'expression "sortir du nkuta" fait référence à l'expression française des années 80 "sortir du placard" ou plus communément aujourd'hui au "coming out".
Au Cameroun, l'homosexualité est pénalisée depuis 1972 lorsque le Président Ahidjo signe l'ordonnance de l'article 347bis. Début 2006 paraît dans plusieurs journaux camerounais une liste dénonçant la prétendue homosexualité de 50 personnes influentes. Cette révélation fait l'effet d'un coup de tonnerre dans la société camerounaise : jusqu'alors, dans l'opinion publique, il était évident qu'il n'y a pas d'homosexuels au Cameroun ! Depuis la publication de cette liste, la société camerounaise se trouve confrontée à une crise à double tranchant : d'une part, il est enfin possible de prononcer le mot "homosexualité" ouvertement, prémices houleuses d'une reconnaissance à venir, mais d'autre part, la répression à l'égard des personnes désignées comme homosexuelles s‘avère particulièrement violente : amendes, emprisonnements, mises à l'index. Personne n'est à l'abri sauf si on a les moyens d'acheter le silence. Dès 2005, l'avocate Alice N'Kom décide de défendre gracieusement onze hommes arrêtés et emprisonnés en préventive parce que soupçonnés d'homosexualité.
Pour elle, l'article 347bis s'oppose à la constitution de 1996 qui reconnaît les libertés individuelles. Si cette liste accuse la haute société camerounaise, ce sont bien "les petites gens" comme Muriel et Elvis qui pâtissent de la rumeur.
Ils vivent au quotidien entre sacrifices et mensonges afin de conserver une liberté toute relative.

Source de l'explication: africultures.com

03/03/2010

Le Ministre belge des Affaires étrangères réaffirme l'universalité des droits de l'Homme - des LGBT et des femmes

ONU GENEVE 01/03 (BELGA, extraits) 

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Le Ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, a réaffirmé lundi à Genève l'universalité des droits de l'Homme, assurant qu'ils étaient "indivisibles et communs à toutes les régions et cultures au monde", quelles que soient aussi les religions.

 

"La Déclaration universelle des droits de l'Homme est le texte le plus traduit au monde. C'est notre responsabilité commune de mettre ces droits en oeuvre, tant sur le plan multilatéral, régional que national", a-t-il déclaré à l'ouverture de la 13ème session plénière du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, un organe qui examine notamment périodiquement la situation des droits de l'homme dans chacun des 192 États membres des Nations Unies.

 

La Haut Commissaire aux Droits de l'Homme, la Sud-Africaine Navathem Pillay, a pour sa part précisé ses objectifs pour les deux  prochaines années, plaçant en tête la lutte contre la  discrimination, particulièrement raciale, sur la base des sexes ou de la religion et contre "ceux qui sont marginalisés".

 

M. Vanackere assuré le Conseil de l'engagement de la Belgique "à  lutter contre toutes les discriminations, sous quelque forme que ce soit (…) Le chef de la diplomatie belge a toutefois mis en garde contre  des "reculs" en matière de droits de l'Homme, qualifiant de  préoccupante" la tendance dans certains pays à criminaliser  l'orientation sexuelle.

Plusieurs Etats africains - le Burundi, l'Ouganda, le Malawi, le Rwanda ou le Sénégal -, mais aussi asiatiques ont récemment durci leur législation relative à l'homosexualité. Le Malawi compte ainsi arrêter plusieurs personnalités homosexuelles, dont des députés de  ce petit pays conservateur d'Afrique australe, et les inculper pour"relation charnelle contre nature".

 

M. Vanackere a également insisté sur une autre priorité de la politique étrangère belge: le genre et les droits des femmes, alors que la communauté internationale va fêter en 2010 le dixième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité. (...)

Plus d'infos et divers articles de presse sur le site du Ministre.

02/10/2009

Vaticanerie: les prêtres pédophiles sont en fait des homosexuels éphébophiles

Réagissant à des critiques sur les nombreux scandales de pédophilie qui secouent l'église catholique, l'archevêque Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, a  accumulé les énormités au sortir d'une réunion qui  avait lieu à Genève ce 22 septembre.

L'archevêque exerçait en fait son droit de réponse après l’intervention de Keith Porteous Wood, représentant de l’Union internationale humaniste et éthique, qui l'aurait pris à partie sur le manque d’efforts de l’église catholique dans le recensement des cas d’abus commis par des prêtres pédophiles.

Il aurait  commencé par déclarer que l'église catholique était en train de faire le grand nettoyage de sa propre maison , et que, si le problème est important au sein de cette église, il est identique sinon plus grand encore dans les autres églises. 

Non content de s'en prendre aux autres églises et aux autres confessions, le représentant du Saint-Siège a encore ouvert un nouveau chapitre de l'histoire de la psychologie en déclarant que la plupart des prêtres incriminés dans des affaires de pédophilie ne sont pas des pédophiles, mais des homosexuels attirés par des jeunes gens adolescents.

"La plus grande partie du clergé catholique qui a commis ces actes n'est pas représentée par des pédophiles, mais plutôt par des homosexuels attirés par des adolescents de sexe masculin. De tous les prêtres impliqués dans ces abus, 80 à 90 pour cent appartenaient à cette orientation sexuelle minoritaire. Ces prêtres s'étaient engagés sexuellement avec des garçons adolescents âgés de 11 à 17 ans." Il aurait également ajouté que le nombre de prêtres "homosexuels éphébophiles" (selon la nouvelle AOC vaticanesque) ne dépasse pas les cinq pour cent de la totalité du clergé.

Tomasi se serait ensuite attaqué aux églises protestantes américaines dans les termes suivants: "La plus grande partie des églises américaines impliquées  dans des affaires d'abus sexuels était protestante. En outre, ces abus sexuels sont habituels dans les communautés hébraïques. Les abus de ce types impliquent plus fréquemment des membres d'une même famille, des baby sitters, des amis, des parents, des voisins."

Sources: nombreux articles sur la toile en italien, en anglais  et en espagnol, dont l'origine me paraît être un article du Guardian: Sex abuse rife in other religions, says Vatican. On trouvera un article payant en français sur le site de l'APIC (agence de presse internationale catholique). 

Commentaire

Si ce type de prise de position n'émanait pas d'une des plus hautes autorités catholiques, elle ne serait que pénible et risible. Mais elle provient d'un homme qui a une éminente fonction de représentation du Vatican. La hiérarchie catholique empêtrée dans des scandales pédophiles extrêmement coûteux semble ici chercher des boucs émissaires d'abord en accusant les autres religions selon le principe que la meilleure défense c'est l'attaque; ensuite en pointant du doigt les homosexuels par un travestissement qui découle d'une casuistique extrêmement retorse: les prêtres pédophiles ne sont pas des pédophiles, mais des homosexuels éphébophiles. Une manière de détourner le problème en stigmatisant l'homosexualité masculine.

Ce n'est certes pas la première fois, loin s'en faut, que l'église catholique entretient la confusion entre homosexualité et pédophilie. On sait par ailleurs que le Vatican interdit aujourd'hui la prêtrise aux personnes homosexuelles, qui sont scannées dès l'entrée du séminaire.

Comme le disait François Villon en contemplant les cadavres des suppliciés dans l'épitaphe Villon: "Hommes ici n'a point de moquerie".

En effet. Face à de tels propos, ne restent que la consternation et la protestation, et  la plus grande commisération pour les victimes des abus des prêtres pédophiles à qui il faut que justice soit rendue.

Et sans doute même aussi pour la misère morale et affective des prêtres abuseurs, dont la culpabilité, si elle est entière, n'est sans doute pas uniquement personnelle, mais aussi systémique. Ce que l'église catholique ne veut pas jusqu'ici reconnaître.

Mise à jour

Coïncidence malheureuse pour la casuistique abracadabresque de Mgr Silvano: au moment où celui-ci vient de sortir des homosexuels éphébophiles de son chapeau archépiscopal à houppes multiples , la police canadienne a découvert des photos à caractère pédophile infantile sur l'ordinateur portable d'un ancien évêque catholique canadien (Nouvelle-Ecosse)  , Raymond Lahey, qui a présenté sa démission en catastrophe au pape et allait se  constituer prisonnier. Lire l'article que le  Monde en ligne y consacre.

Un évêque qui appartient aux dix à vingt pour cent restants? Le Vatican, soyons en sûr, ne commentera pas.

29/05/2009

Suisse: la lutte contre l'homophobie à Genève

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Intro

L'information ci-dessous peut paraître fort locale, elle n'en est pas moins exemplaire. La lecture attentive de la motion en attaché hyperlien pourrait inspirer des politiciens et des associations au-delà de la Suisse. Un pays qui a quelques longueurs d'avance!

 Armoiries de la commune.

Le Grand Conseil genevois adopte une motion contre l'homophobie

En fin de semaine dernière,  le Grand Conseil genevois a voté, à une large majorité, l'adoption de la motion 1823 contre l'homophobie, par 58 oui, 1 non et 7 abstentions.

Une motion analogue avait déjà été votée par le Conseil municipal de la ville de Genève (à l'unanimité moins 1 voix) en janvier 2008. Un vote qui avait permis la préparation des Assises contre l'homophobie qui auront lieu les 4 et 5 septembre prochains à Uni Mail.

La motion du législatif cantonal apporte un soutien plus que bienvenu à ce projet et laisse augurer du meilleur, politiquement et financièrement parlant, pour la tenue des Assises. L'adoption de cette motion, présentée par les représentants de la liste Arc-en-ciel, Pablo Garcio (PS), Andreas Meister (Verts) et Didier Bonny (Parti démocrate-chrétien), témoigne aussi d'un soutien certain au travail effectué par chacune des associations réunies dans la Fédération des associations LGBT genevoises.

Le texte de la motion demande, entre autres, au Conseil d’Etat de s’associer aux Assises contre l’homophobie, qui auront lieu les 4 et 5 septembre prochains, et de mener une politique active contre l’homophobie au même titre que contre toutes les autres formes d’intolérance et de discriminations, a été voté par les députés à l’unanimité moins quelques abstentions et une opposition de l’UDC. Au cours du débat, il a été relevé que si un jeune découvre qu’il est attiré par une personne du même sexe en moyenne à l’âge de 12 ans, il lui faudra, toujours en moyenne, dix ans pour en parler à quelqu’un! Cette longue attente s’explique par la difficulté que rencontrent les homosexuels à s’accepter eux-mêmes et à être acceptés par les autres. C’est la raison pour laquelle un jeune homosexuel sur cinq âgé de 14 à 21 ans fait une tentative de suicide (…). Ce risque élevé n’est pas lié à l’orientation sexuelle divergente, mais à la discrimination pratiquée par les autres adolescents, ainsi qu’aux tabous et à l’ignorance qui règne dans les écoles. (…) C’est pourquoi un Etat de droit comme le nôtre doit se préoccuper de ses minorités et, dans le cas précis, mettre en place des stratégies pour faire en sorte que l’homophobie recule toujours et encore plus. (…)

Sources: Dialogai et la Tribune de Genève (compilation)

07:30 Publié dans Homophobie | Lien permanent | Tags : geneve, grand conseil, homophobie | | |  Facebook |

20/04/2009

Durban II: l'hypocrisie du Vatican sur la question des discriminations

La Conférence de l'ONU sur le racisme, qui se tiendra du 20 au 24 avril à Genève, dénommée Durban II, doit assurer le suivi de celle organisée en 2001 dans la ville sud-africaine de Durban, et qui s’était terminée dans la confusion et sur des accusations d’antisémitisme.

La question des discriminations liées à l’homosexualité, défendue  par les capitales occidentales au grand dam des pays musulmans et africains ainsi que du Vatican, a été supprimée et ne sera évidemment pas mentionnée dans le texte final.

Benoît XVI a quant à lui dit espérer que les délégués à la conférence travaillent "avec un esprit de dialogue et d'acceptation réciproque, pour mettre fin à toutes les formes de racisme, de discrimination et d'intolérance". Il a salué dimanche la tenue de la conférence de l'ONU sur le racisme à Genève, exhortant la planète à s'unir pour éliminer l'intolérance.

Ces propos relèvent tant de la mascarade que de l'hypocrisie: comment peut-on d'une part s'opposer à ce que la question des discriminations liées à l'homosexualité soit prise en compte et d'autre part espérer qu'il soit mis fin à toute  forme de discrimination? L'on sait qu'il y a une alliance objective entre le Vatican et les pays islamistes sur ces questions, et que cette alliance va dans le sens de l'intolérance et de la discrimination.

Sauf erreur, la Belgique participe à la Conférence, et si c'est avéré, je le déplore. Je préfère l'attitude des Etats-Unis, du Canada, de l'Italie, de la Suède, de l'Allemagne ou des Pays-Bas, qui refusent de participer à une conférence manipulée. Le ministre hollandais Verhagen a par exemple expliqué son refus de participation précisément en raison du traitement de la question du droit des homosexuel.le.s.