11/11/2009

Sur la visibilité gay de guido Westerwelle et des hommes politiques en général

J'ai récemment publié plusieurs posts sur la visibilité homosexuelle de Guido Westerwelle, le nouveau Ministre des Affaires étrangères allemands,  qui ont suscité des commentaires réprobateurs de certains de mes lectrices et lecteurs. Ces commentaires dénoncent l'ultra-libéralisme du Ministre et de son parti.

On peut ainsi lire:

euh, et ils n'ont pas remarqué que par ailleurs, c'est un programme bien à droite, avec baisse d'impôts et restrictions diverses ? Il n'y a pas de chômeurs, de pauvres, parmi les gays et lesbiennes ? Cette façon de regarder la politique par son petit bout de la lorgnette m'a toujours paru déplorable...

ou encore

j’en ai un peu marre de lire des infos jubilatoires sur Westerwelle, qui reste un ultra-libéraliste de la pire espèce, qu’il soit pédé ou pas. Et qui n’a, à ma connaissance, jamais bougé ne serait-ce qu’un doigt pour les droits LGBTI.

Je comprends fort bien ces réactions. Souligner la visibilité homosexuelle d'un homme politique n'entraîne pas dans mon chef l'approbation des politiques que cette personnalité désire mettre en oeuvre. Ce que je soutiens, c'est que des hommes ou des femmes élus démocratiquement affirment publiquement leur orientation sexuelle: cela me paraît contribuer à la normalisation du fait homosexuel et ouvrir des perspectives en matière d'une plus grand égalité des droits des personnes LGBT. C'est un fait nouveau de la politique dans de nombreux états démocrates que l'on peut aujourd'hui accéder à des fonctions de premier plan sans que l'homosexualité ne constitue plus un obstacle. Je pense aussi que ces visibilités peuvent soutenir le moral des jeunes qui se découvrent homosexuels et les aider à accepter plus sereinement la réalité de leur orientation. Les options politiques de ces hommes et de ces femmes relèvent à mon sens d'un autre ordre, on peut les approuver ou les désapprouver, c'est notamment à cela que sert le jeu électoral.

Quant à l'engagement du parti libéral allemand (FDP) en matière de droits LGBT, je pense qu'il convient de nuancer pour le moins la réaction du second lecteur. S'il est vrai que ce parti veut avant tout promouvoir sa vision de l'économie libérale, sa présence dans les gouvernements de certains Länder a déjà permis quelques avancées, certes modestes, en matière de droits LGBT. Ainsi, depuis qu'il partage le pouvoir avec les chrétiens-démocrates de la CSU en Bavière, a-t-il insisté et obtenu que les Pacs allemands (partenariats enregistrés) puissent être conclus en mairie alors qu'ils devaient auparavant être signés chez le notaire. De même la même manière, la Bavière vient-elle d'annoncer que les fonctionnaires pacsés jouiraient-ils dorénavant des mêmes droits que les fonctionnaires mariés. Ce sont de petites avancées certes, mais à force d'engranger de petites avancées on finira par aboutir à une égalité satisfaisante des droits.

Je serais également satisfait de voir des personnalités de la gauche ultra réaliser leur coming out et apporter ainsi de l'eau au moulin de l'égalité des droits. Je me réjouirais de même d'un mariage gay ou lesbien princier. Cela ne ferait de moi ni un gauchiste ni un royaliste pour autant.

Luclebelge

10:15 Publié dans Coming out | Lien permanent | Tags : baviere, homosexualite, coming out, guido westerwelle, fdp | | |  Facebook |

30/09/2009

Trois états allemands veulent modifier la constitution pour protéger les gays de toute discrimination

Drapeau de l'Allemagne

Les Etats (Länder) de Berlin, Hambourg et Brême exigent une modification de la Constitution allemande: il s'agit d'y introduire clairement l'interdiction de discriminer les personnes sur base de l'ortientation sexuelle. Ils ont donc déposé une proposition d'amendement auprès du Bundesrat (l'assemblée parlementaire fédérale allemande). A noter que les gouvernements de ces trois états appartiennent à des coalitions différentes qui incluent les Verts, les Socialistes, la Gauche (die Linke), et les démocrates-chrétiens.

Klaus Wowereit, le célèbre maire gay de Berlin, a rappelé que la Constitution allemande de 1949 interdit toute discrimination basée sur le sexe, la race, la langue, les convictions religieuses ou politiques,  ou l'origine.  Cependant, deux catégories de personnes, qui étaient persécutées par les nazis, les handicapés et les homosexuels ne sont pas nommément protégés par l'article 3 de la Constitution de 1949. Depuis 1994, cette lacune a été comblée pour les personnes handicapées, mais ce n'est toujours pas le cas des personnes homosexuelles. 

Il n'est cependant pas sûr que la nouvelle coalition chrétienne-démocrate/libérale en train de se former en Allemagne emboîte le pas à l' initiative des trois états. Jusqu'ici, la CDU (chrétiens-démocrates) s'y opposait, et les libéraux du FDP s'étaient abstenus lors d'un vote précédent. Rappelons que les modifications constitutionnelles nécessitent une majorité des deux tiers, difficilement accessible sans un large consensus.

Sources: presse allemande dont le Berliner Morgenpost, ou, pour une analyse plus détaillée Queer.de

28/09/2009

Elections allemandes et droits LGBT, analyse

Le paysage politique allemand s'est sensiblement modifié hier: exit les socialistes du SPD qui enregistrent une défaite historique, maintien au pouvoir  des chrétiens-démocrates CDU/CSU mais avec un affaiblissement important de leurs scores électoraux, victoire des "petits" partis: les libéraux du FDP, les Verts (die Grüne) et la gauche radicale (die Linke).

La future coalition gouvernementale chrétienne-libérale est déjà connue: elle avait été clairement souhaitée avant le scrutin par les partis qui la formeront.

Politique allemande et droits des gays

Sur le plan symbolique, l'homosexualité affichée du chef des libéraux, Guido Westerwelle, est une bonne chose. Il brigue et, vu les résultats électoraux de son parti, obtiendra sans doute une vice-présidence et le poste de Ministre des Affaires étrangères qu'il a toujours déclaré convoiter.

Angela Merkel (2008).jpg

Les chrétiens-démocrates de la Chancelière Merkel, on le sait,  ne sont pas favorables à davantage de droits pour les gays, et sont plutôt défenseurs d'une vue traditionaliste de la famille. Mais, même s'ils gouverneront et représenteront le pôle le plus important du gouvernement,  ils sortent affaiblis du scrutin. A noter cependant que s'ils perdent en pourcentage, ils gagnent en sièges.

Les libéraux du FDP ont un agenda pro gay plus prononcé: mise sur pied d'égalité complète  du contrat d'union civile et du mariage, ouverture du droit à l'adoption homoparentale et à la fécondation artificielle pour les lesbiennes, gel de l'aide allemande aux pays homophobes.

Il est évident que la politique LGBT ne constituera pas un point central lors des négociations pour la formation du gouvernement, qui se focaliseront sur l'économie et les stratégies de sortie de crise,  mais Guido Westerwelle s'est prononcé en faveur du respect des droits civiques pour tous.

Alors à quoi les gays et les lesbiennes allemands peuvent-ils s'attendre sous la prochaine législature? Sans doute à peu d'innovations, l'homoscepticisme des chrétiens-démocrates freinera tant que faire se peut la bonne volonté libérale. Il faudra probablement se contenter d'un aménagement cosmétique du contrat d'union civile et de la fonction symbolique de l'homosexualité avouée du Ministre des Affaires étrangères.

L'idéal serait, mais cela me semble fort peu probable, que la CDU/CSU accepte que les questions éthiques soient laissées à la libre appréciation des parlementaires, sans intervention du gouvernement. Tous les partis politiques, à l'exception des chrétiens-démocrates, sont en effet favorables à davantage de droits civiques pour les gays et les lesbiennes.

Force sera dès lors aux  gays et aux lesbiennes allemands de rester mobilisés et de continuer le combat. La politique du grignotage s'étant avérée relativement gagnante en Allemagne ces dernières années.

Photos: Wikipedia aux articles Westerwelle et Merkel.