28.09.2009

Elections allemandes et droits LGBT, analyse

Le paysage politique allemand s'est sensiblement modifié hier: exit les socialistes du SPD qui enregistrent une défaite historique, maintien au pouvoir  des chrétiens-démocrates CDU/CSU mais avec un affaiblissement important de leurs scores électoraux, victoire des "petits" partis: les libéraux du FDP, les Verts (die Grüne) et la gauche radicale (die Linke).

La future coalition gouvernementale chrétienne-libérale est déjà connue: elle avait été clairement souhaitée avant le scrutin par les partis qui la formeront.

Politique allemande et droits des gays

Sur le plan symbolique, l'homosexualité affichée du chef des libéraux, Guido Westerwelle, est une bonne chose. Il brigue et, vu les résultats électoraux de son parti, obtiendra sans doute une vice-présidence et le poste de Ministre des Affaires étrangères qu'il a toujours déclaré convoiter.

Angela Merkel (2008).jpg

Les chrétiens-démocrates de la Chancelière Merkel, on le sait,  ne sont pas favorables à davantage de droits pour les gays, et sont plutôt défenseurs d'une vue traditionaliste de la famille. Mais, même s'ils gouverneront et représenteront le pôle le plus important du gouvernement,  ils sortent affaiblis du scrutin. A noter cependant que s'ils perdent en pourcentage, ils gagnent en sièges.

Les libéraux du FDP ont un agenda pro gay plus prononcé: mise sur pied d'égalité complète  du contrat d'union civile et du mariage, ouverture du droit à l'adoption homoparentale et à la fécondation artificielle pour les lesbiennes, gel de l'aide allemande aux pays homophobes.

Il est évident que la politique LGBT ne constituera pas un point central lors des négociations pour la formation du gouvernement, qui se focaliseront sur l'économie et les stratégies de sortie de crise,  mais Guido Westerwelle s'est prononcé en faveur du respect des droits civiques pour tous.

Alors à quoi les gays et les lesbiennes allemands peuvent-ils s'attendre sous la prochaine législature? Sans doute à peu d'innovations, l'homoscepticisme des chrétiens-démocrates freinera tant que faire se peut la bonne volonté libérale. Il faudra probablement se contenter d'un aménagement cosmétique du contrat d'union civile et de la fonction symbolique de l'homosexualité avouée du Ministre des Affaires étrangères.

L'idéal serait, mais cela me semble fort peu probable, que la CDU/CSU accepte que les questions éthiques soient laissées à la libre appréciation des parlementaires, sans intervention du gouvernement. Tous les partis politiques, à l'exception des chrétiens-démocrates, sont en effet favorables à davantage de droits civiques pour les gays et les lesbiennes.

Force sera dès lors aux  gays et aux lesbiennes allemands de rester mobilisés et de continuer le combat. La politique du grignotage s'étant avérée relativement gagnante en Allemagne ces dernières années.

Photos: Wikipedia aux articles Westerwelle et Merkel.



22.09.2009

Un candidat aux élections allemandes, Christoph Bergner (CDU), estime que les gays souffrent de troubles du développement de la personnalité

Christoph_Bergner

Le Secrétaire d'Etat  à l'Intérieur Christoph  Bergner, qui est membre du  Parti chrétien-démocrate allemand, la CDU, le parti de la Chancelière Merkel, est candidat aux élections parlementaires de dimanche prochain dans la circonscription de Halle.

Le 16 septembre, à l'occasion d'un forum électoral dans un lycée,  ce candidat a attribué la suicidabilité accrue des jeunes homosexuels à un trouble du développement de la personnalité chez les gays. Pour faire simple, il considère que les homos sont psychiquement dérangés.

Depuis lors, Monsieur Bergner est aux abonnés absents sur cette question. 

Les associations LGBT allemandes exigent que le parti de Bergner, la CDU, prenne officiellement ses distances par rapport aux propos de son candidat. Elles considèrent de plus qu'un homme qui non seulement émet de tels propos et n'est de plus pas capable d'énoncer les mesures qu'il convient de prendre pour rencontrer les besoins d'adolescents effectivement en danger et pour combattre le climat d'homophobie et de violence dans lequel ils se développent n'est pas digne d'être élu comme représentant du peuple. Un homme qui diffuse de tels préjugés ne doit pas non plus s'étonner d'être la cible des critiques.

Le parti écologique Die Grüne s'est depuis lors associé aux critiques des associations gayes et lesbiennes et exigent également que la CDU prenne ses distances par rapport aux déclarations de son candidat.

C'est d'autant plus grave que Monsieur Bergner est actuellement Secrétaire d'Etat avec pour portefeuille l'Intérieur, un département qui est supposé prévenir et combattre toutes formes de violences, dont l'homophobie. Et dire que Bergner est un scientifique: il est en effet Dr en agronomie...

En consultant le site électoral du candidat, je n'ai, sauf erreur de ma part,  rien trouvé sur l'affaire en question à l'heure de poster cette fiche.

A noter que le propos de Monsieur Bergner n'est en soi pas dénué d'intérêt: oui il y a un risque de suicide considérablement accru chez les jeunes gays et lesbiennes, et oui, il se peut qu'ils présentent des troubles du développement. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont gays ou lesbiennes, c'est parce qu'ils sont obligés de croître dans un environnement souvent hostile et enclin aux préjugés, dans lequel ils se sentent souvent obligés de se cacher et ne peuvent se développer harmonieusement comme notamment homosexuels. Ce qui est scandaleux, c'est que cet homme politique ne propose pas aussitôt des remèdes à la problématique qu'il dit constater.

Sources: la presse allemande, dont p.ex. Queer.de ou Halleforum.de

07.09.2009

Elections allemandes et droits des gays: des promesses, encore des promesses...

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A trois semaines des élections parlementaires en Allemagne, tous les partis, à l'exception du parti le plus important, promettent monts et merveilles aux gays et aux lesbiennes: égalisation des droits entre les contrats d'union civile et le mariage, ouverture du mariage aux personnes du même sexe, ouverture du droit à l'adoption. Les socialistes du SPD, les libéraux du FDP, les rouges de Die Linke  (anciens communistes de la RDA) et les verts de Bündnis 90/Die Grüne font tous belle figure électorale face au public gay et lesbien. Seuls les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU de l'actuelle chancelière Angela Merkel boudent et  tournent le dos aux électeurs lesbigays, rappelant que dans CDU/CSU il y a le C de chrétien, qu'ils sont favorables à la famille traditionnelle et ne souhaitent pas ouvrir le droit à l'adoption. Bien entendu, il faut relativiser les choses: on est en Commnauté européenne, et la CDU n'ira pas à l'encontre des droits acquis, elle veut marquer sa différence par un certain traditionalisme bon teint. Et la Cour Suprême allemande vient d'ouvrir le concept de famille: la famille sociale a autant d'importance que la famille biologique, a-t-elle de décrété dans un jugement récent qui a accordé le droit de maternité conjointe à un couple de lesbiennes.

Les partis qui se disent favorables aux droits des personnes LGBT représentent, à la louche, les deux tiers du Bundesrat. Alors, le droit au mariage et à l'adoption vont-ils enfin être accordés aux gays allemands et aux lesbiennes sous la prochaine législature?

Cela se clarifiera seulement au moment des négociations de formation de la prochaine coalition. Il est assuré qu'aucun parti n'emportera la majorité absolue. Tout dépendra de la force de la CDU/CSU qui vient de prendre une claque électorale dans deux des trois Länder qui organisaient récemment des élections régionales. La CDU/CSU aimerait former un gouvernement de centre droit avec les libéraux du FDP dont le parti est en train de gagner des points. Encore faudra-t-il que ces deux partis soient suffisamment forts pour former à eux seuls une majorité et que le FDP négocie pour les partis coalisés la liberté de vote au parlement des lois qui concernent les gays et les lesbiennes, avec une majorité de remplacement. Rappelons que le Président du FDP, Guido Westerwelle, est ouvertement gay et s'affiche volontiers en public avec son compagnon.

Les autres coalitions possibles, au cas où ces deux partis n'atteindraient pas une majoité suffisante, sont une jamaïcaine (libéraux, chrétiens-démocrates et verts) ou la reconduction de la coalition actuelle, CDU/CSU et SPD, un modèle qi n'a pas la préférence d'Angela Merkel. Une coalition rouge-rouge-verte semble improbable, car Die Linke est encore entachée du parfum sulfureux de la ex-RDA, même si elle a récemment marqué de jolis scores électoraux.

Et puis, dans le cas d'un vote parlementaire ouvert, les socialistes  tiendront-ils leurs engagements? On peut l'espérer, tout en se rappelant cependant que  du temps où ils avaient formé un gouvernement majoritaire avec les verts et où les verts mettaient des propositions de loi favorables aux gays et au lesbiennes sur la table, les socialistes n'avaient pas suivi (1998-2005).

Il y a de l'espoir, oui, mais teinté de scepticisme. Il y a eu des avancées indéniables en matière de droits lesbigays ces dernières années en Allemagne, souvent par grignotage; la tendance globale semble favorable tout en restant trop lente aux yeux des gays et des lesbiennes qui envahissent les rues allemandes par millions lors des Gay prides annuelles.

Quarante ans après l'abrogation de l'abominable article 175 du code pénal qui criminalisait l'homosexualité, et malgré des avancées importantes en matière de droits civiques, des droits fondamentaux restent à acquérir:

  • le droit au mariage (avec pour corollaire important une  taxation similaire à celle qui est actuellement plus favorable aux couples hétérosexuels) 

  • le droit à l'adoption

  • l'abrogation du Tendenzschutz, un 'droit de tendance' qui permet à l'église, lorsqu'elle est employeur, de refuser d'employer un travailleur qui ne partage pas ses convictions, par exemple en étant un homosexuel pratiquant. Un véritable droit à la discrimination. Ainsi, une enseignante de religion a-t-elle pu être licenciée sur-le-champ et sans recours possible parce qu'elle avait fait son coming out au travail et voulait contracter un contrat d'union civile avec sa partenaire. Le Tendenzschutz n'est en aucun cas anecdotique: la seule Caritas, qui regroupe une série d'importantes institutions sociales et caritatives catholiques, occupe plus d'un million de travailleurs (500000 salarié et 500000 bénévoles), les écoles catholiques sont nombreuses, etc.

L'Allemagne est-elle prête à entrer dans le vingt-et-unième siècle des droits de la personne humaine? La réponse dans un peu plus de trois semaines.

Un article de Luclebelge

27.08.2009

L'homosexualité des hommes politiques ne dérange plus personne en Allemagne. Et les femmes?

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Klaus Wowereit (maire de Berlin), Ole von Beust (maire de Hamburg)et Guido Westerwelle (Président national du FDP)

Klaus Wowereit (SPD, parti socialiste) règne sur la mairie de Berlin, Carl-Friedrich Arp Ole Freiherr von Beust, plus couramment dénommé Ole von Beust (CDU, chrétiens-démocrates) sur celle de Hamburg, Guido Westerwelle préside aux destinées du parti libéral, le FDP, il pourrait devenir le prochain Ministre des Affaires étrangères allemand, si les sondages électoraux pour les prochaines législatives se voient confirmés.

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Et voici que  Peter Kurth (CDU) se présente aux prochaines élections pour la mairie de Cologne avec de bonnes chances de l'emporter.

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Certains s'affichent publiquement avec leur parternaire: ainsi de Guido Westerwelle qu'on a vu au festival de Bayreuth (photo ci-dessus), en vacances à Majorque ou même en fonction de représentation publique accompagné de son compagnon, Michael Mronz. 

Le coming out (le fait de se déclarer ouvertement gay) ou l'outing (le fait d'avoir été dénoncé comme gay) ne semblent plus freiner l'ascension des hommes politiques gays, y compris au sein d'un parti comme la CDU qui continue de discriminer les gays en limitant leurs droits civiques, notamment dans le domaine de la définition de la famille (refus du mariage, fiscalité différente pour les couples pacsés et pour les couples hétérosexuels mariés) et de l'homoparentalité (refus de la légalisation). Ce qui compte aux yeux des Allemands contemporains, ce n'est pas l'orientation sexuelle, mais le talent et les compétences politiques.

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Anja Hajduk (Grüne, Hamburg) et Karin Wolff (CDU, Hesse)

Mais où sont les femmes politiciennes ouvertement lesbiennes? Si elles le sont, elles préfèrent ne pas l'évoquer, ou le moins possible. On peut bien sûr citer la sénatrice hambourgeoise Anja Hajduk, (développement de la ville et environnement, -Verts, die Grüne) et l'ancienne et éphémère Ministre de l'Enseignement du Land de Hesse, Karin Wolff, mais toutes deux préfèrent ne pas faire cas de leur orientation sexuelle et considérer qu'il s'agit d'une affaire privée.

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Il semble que l'image de la lesbienne reste encore nettement plus stéréotypée que l'image du gay. Une porte-parole du LSVD (Fédération des associations LGBT allemande) a déclaré au Stern: "Dans l'ensemble il semble que les hommes homosexuels sont mieux perçus par les femmes hétérosexuelles que les femmes homosexuelles par les hommes hétérosexuels. " C'est pour cela que le coming out d'une célèbre journaliste et animatrice d'émissions politiques à la télévision, Anne Will (photo ci-dessus), est tellement important: son courage ouvrira peut-être la voie à des femmes lesbiennes candidates aux élections qui pourront reproduire la fameuse phrase du maire de Berlin lors de son accession au mayorat: "Je suis gay, et c'est très bien ainsi"! Ich bin schwul und das ist auch gut so!  On attend la femme qui dira: Ich bin Lesbe und das ist auch gut so! ("Je suis lesbienne et c'est très bien ainsi!")

Source: librement inspiré d'un article du Stern 

Photos: voir les hyperliens, sauf pour la photo de G. Westerwelle et de son compagnon, Wikimedia