18.05.2010

Le Président portugais Cavaco Silva a approuvé lundi la loi autorisant le mariage homosexuel

On craignait son veto, qui aurait retardé l'entrée en vigueur de la loi parce qu'elle aurait dû repasser devant le Parlement qui aurait sans problème passé outre le veto présidentiel, mais le Président, qui a avoué en être bien conscient,  a considéré qu'en raison des temps difficiles que traverse le Portugal, il ne pouvait diviser le pays. La loi devrait entrer en vigueur dans les prochains jours. 

C'est au cours d'une allocution télévisée en direct du palais présidentiel de Bélem que le Président portugais a annoncé sa décision: «J’ai décidé de promulguer aujourd’hui la loi qui autorise le mariage entre personnes de même sexe."

Et cela s'est passé hier, 17 mai, le jour même de la Journée internationale contre l'homophobie! Même si Anibal Cavaco Silva signe la loi à contre-coeur, il honore la fonction présidentielle: comme c'était son droit, il a demandé l'avis de la Cour constitutionnelle qui a estimé la loi conforme à la Constitution. Ce catholique ne s'est donc pas soumis au désir de Benoit XVI qui vient de quitter le Portugal en faisant pression sur le Président par une déclaration perfide: on se souvient que le pape avait une nouvelle fois réaffirmé que le mariage homosexuel constitue un des «défis les plus insidieux et les plus dangereux» de notre époque. Il n'a pas 'découvert la couronne', comme l'avait fait le Roi des Belges Baudoin Ier qui avait fort temporairement trouvé bon de démisssioner au moment où il allait être contraint de signer la loi sur l'avortement. Il a simplement attendu que le pape s'en soit allé pour signer la loi et a une dernière fois publiquement développé ses arguments en défaveur du mariage gay.

Voici la traduction de quelques passages de l'allocution présidentielle, une séquence télévisée déjà rediffusé pare Youtube.

«J’estime ne pas devoir contribuer à prolonger inutilement ce débat, ce qui aurait pour effet d’accentuer les divisions entre les Portugais et détournerait l’attention des responsables politiques des problèmes».

«J’estime qu’il n’aurait pas été difficile de parvenir à un compromis au Parlement si un effort avait été fait dans ce sens" [ le compromis en question, c'est le modèle britannique ou le modèle français, des pays qui n'accordent pas le droit au mariage à leurs concitoyens, un modèle qui selon Cavaco Silva n'aggrave pas la fracture sociale...].

«Dans le monde, on ne trouve que sept pays où l’union entre personnes de même sexe est appelée mariage. Sur les 27 Etats membres de l’Union européenne, on n’en trouve que quatre».

Bienvenue donc au huitième pays! 

14.05.2010

Benoît XVI récite son chapelet homophobe à Fatima

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                                       L'avortement et le mariage homosexuel figurent aujourd'hui parmi "les défis les plus insidieux et les plus dangereux" a déclaré hier le pape à Fatima, alors qu'il s'adressait aux représentants des principales organisations sociales du Portugal. "Les initiatives qui ont pour but de sauvegarder les valeurs essentielles et premières de la vie, dès sa conception, et de la famille, fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, aident à répondre à certains des défis les plus insidieux et les plus dangereux qui, aujourd'hui, s'opposent au bien commun." Ces propos lui ont valu une standing ovation.

Le pape, qui avait revêtu pour l'occasion une chasuble dorée du plus bel effet, ne s'est donc pas repenti plus longtemps des scandales pédophiles qui couvent l'église catholique. "Nous l'avons toujours su, mais nous voyons aujourd'hui de façon beaucoup plus terrifiante que la plus grande persécution de l'Eglise ne vient pas d'ennemis extérieurs mais naît du péché de l'Eglise", avait-il pourtant  affirmé à la presse dans l'avion qui le conduisait au Portugal "Les attaques contre l'Eglise et le pape ne viennent pas seulement de l'extérieur, les souffrances viennent de l'intérieur de l'Eglise, du péché qui existe dans l'Eglise."

Oubliés les repentirs?  Soutenu par un demi million de fidèles, Benoît XVI a réattaqué de plus belle la modernité du Portugal qui a voté la loi sur l'avortement il y a trois ans et une nouvelle loi sur le divorce l'année d'après. On sait que le très conservateur et catholique président portugais Anibal Cavaco Silva a encore trois jours pour signer ou opposer son veto à la nouvelle loi autorisant le mariage homosexuel. Le pape l'invite en quelque sorte au veto.Mais sa marge de manoeuvre est étroite, et s'il exerce  une dernière fois son pouvoir de nuisance, le Parlement portugais pourra par un simple vote outrepasser le veto présidentiel et promulguer une loi à laquelle la Cour constitutionnelle, sollicitée par le Président, n'a rien trouvé à redire. 

D'ailleurs l'archevêque de Lisbonne, le cardinal José Policarpo, n'a-t-il pas déjà affirmé que la loi sur le mariage des personnes du même sexe est un "détail dans la vie de la nation" ? (tiens, on dirait du Le Pen...)

La Vierge de Fatima est restée de plâtre face à de tels propos et n'a pas daigné réapparaître, ni pour approuver ni pour infirmer les prises de position pontificales.

Des propos qui coûtent cher au Portugal

Les Portugais ont-ils perdu le sens commun? Pour entendre ces propos anti-féministes et homophobes, ils se sont octroyé un jour férié supplémentaire et ont dû financer la sécurité du pape. C'est ce que confirme un article de Golias, qui cite des chiffres accablants: l’université autonome de Lisbonne a chiffré à 37 millions d’euros  par jour la visite du pape au Portugal, soit pour 4 jours(du 11 au 14 mai) une somme évaluée à 148 millions d’euros ! Alors que ce pays est pris dans la tourmente financière et annonce des mesures d'austérité draconiennes à la population. Cela me semble chérot pour se faire tancer par le Pontifex Maximus. Ainsi les Portugais ont-ils voulu payé les dorures de la crosse qui s'abat aujourd'hui sur eux...

09.04.2010

La loi portugaise ouvrant le mariage aux personnes du même sexe est conforme à la Constitution

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Le Tribunal constitutionnel portugais avait été saisi par le Président de la République portugaise Anibal Cavaco Silva pour qu'il examine la conformité constitutionnelle de la loi autorisant le mariage des couples du même sexe. Depuis le début de son mandat, c'est la huitième fois que Cavaco Silva fait appel à l'avis du Tribunal constitutionel, le Tribunal lui ayant donné raison à six occasions.

Mais pas cette fois. Le Tribunal constitutionnel vient d'estimer que rien dans la Constitution ne s'oppose au mariage des personnes du même sexe et que le mariage gay et lesbien n’est pas contraire à la reconnaissance et à la protection de la famille comme élément fondamental de la société. Les juges ont décidé à une très large  majorité (par 11 voix contre 2) que le mariage est un concept ouvert  susceptible de diverses options politiques, sociales ou éthiques, et que leur rôle  consiste à faire respecter les conceptions dominantes  du moment. Le droit des familles est sauvegardé dès lors que le loi ne restreint pas le droit fondamental de chacun de se marier ou de ne pas se marier, c'est selon.

Les juges se sont interrogés sur le fait de savoir si la Constitution voulait  protéger les mariages entre personnes de sexes différents et sont arrivés à la conclusion qu' « On peut tout aussi sûrement affirmer qu’elle ne choisit nullement d’interdire à l’institution d’évoluer. »

La loi n’est donc pas anticonstitutionnelle, ce qui dépite les conservateurs de la Plateforme Citoyenneté et Mariage.  Ils estiment que les conditions sont réunies pour soumettre le texte au référendum populaire, 92.000 personnes ayant signé leur appel à organiser une consultation populaire. Cet appel ne devrait pas être suivi par le Parlement qui a voté la loi et avait déjà rejeté l'idée d'un referendum.

L'imprimatur accordé par le Tribunal constitutionnel ouvre la voie à la signature du texte par le Président Anibal Cavaco Silva qui a 20 jours pour s’exécuter. On sait que ce conservateur est opposé à la loi et qu'en faisant appel au tribunal il avait exercé son pouvoir de nuisance. S'il s'avise de continuer à jouer les trublions en refusant de signer la loi, elle repassera devant le Parlement qui a le pouvoir de passer outre au refus de signature. On imagine qu'il s'épagnera ce camouflet.

Ce jugement est intéressant dans le sens où il tend à prouver que l'existence du  mariage des personnes du même sexe ne porte pas atteinte au sacro-saint concept de "famille" tel que les conservateurs le présentent: en introduisant le mariage gay on va mettre en péril l'existence de la famille, clament-ils du haut de leurs clochers (ou de leurs minarets) en poussant des cris d'orfraie. Les activistes d'autres pays pourront s'y référer, à titre comparatif, dans leur combat pour une société réellement égalitaire. Visiblement, la famille est un concept en évolution à de multiples égards. IL s'élargit dans des pays chaque jour plus nombreux pour inclure aussi les couples de même sexe.

Au Portugal, il s'agit de ne pas baisser les armes et de militer à présent pour le droit à l'adoption homoparentale.

Plus d'infos en portugais sur par exemple le Diario do Noticias

29.09.2009

Portugal: le mariage gay pour bientôt? Socrates a été réélu!

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La réélection de Josè Socrates, le premier ministre socialiste portugais sortant, est une bonne nouvelle pour les gays et les lesbiennes portugais. La campagne avait notamment tourné autour de la légalisation du mariage gay, que les socialistes ont inscrit à leur agenda.

Pendant la campagne électorale, l'église catholique portugaise a mené des attaques virulentes contre ce projet de légalisation, comme elle l'avait fait précédemment lors de la légalisation de l'avortement. La conservatrice Manuela Ferreira Leite du Psd, le parti conservateur d'opposition, lui avait emboîté le pas pour défendre le mariage et la famille traditionnels. Sans succès.

Les urnes ont parlé, et Josè Socrates est réélu Premier Minsitre, avec un parti socialiste qui arrive en tête du scrutin avec 36,5 pour cent des voix, contre 29,3 pour cent aux conservateurs de Ferreira Leite. La défaite des conservateurs est ainsi claire, ce qui doit ravir les gays portugais.

Le parti de Socrates perd cependant la majorité absolue dont il disposait sous la législature précédente, où il avait obtenu 45 pour cent des voix. Socrates pourrait décider de former un gouvernement minoritaire et obtenir l'appui d'autres partis de gauche au moment des votes de propositions de lois progressistes sur le plan social, comme la loi sur les unions des personnes du même sexe.

Il faut s'attendre à ce que le président portugais Cavaco Silva, proche des sociaux-démocrates de l'opposition Psd et très attaché aux valeurs traditionalistes , exercera son droit de veto* au moment du vote de la loi sur l'union des personnes du même sexe. Ce droit de veto n'est heureusement que suspensif, il oblige l'assemblée à revoter la loi suspendue.

Les gays et les lesbiennes portugais.e.s disposent déjà de la possibilité de contracter une union civile. Ils espèrent pouvoir bientôt bénéficier du droit au mariage, à l'instar de leurs voisins espagnols.

Si la loi est votée, toute la façade atlantique de l'Europe offrira le droit au mariage aux personnes LGBT (ou tout au moins le droit à contracter des unions civiles avec des effets rigoureusement similaires à ceux du mariage), à l'exception de la France, à qui reviendra la triste palme du pays le plus traditionaliste de l'ouest européen.

*Le veto consiste dans le refus de promulgation, par le Président de la République, des décrets de l'Assemblée de la République ou des décrets du Gouvernement.

Le veto peut être motivé par des raisons politiques — veto politique — ou peut avoir pour base la décision du Tribunal Constitutionnel se prononçant sur l'inconstitutionnalité du décret ou de certaines de ses normes — veto par inconstitutionnalité.

En cas de veto, le décret est renvoyé à l'Assemblée de la République par le Président de la République qui demandera un nouvel examen du texte par un message motivé. Si l'Assemblée de la République confirme le vote à la majorité absolue des Députés effectivement en fonctions ou à la majorité des deux tiers des Députés (la Constitution prévoit plusieurs situations) le Président devra promulguer le Décret.