26.01.2008

Maisons de retraite: halte à l´homophobie!

Pour cet article, je reprends les idées exprimées dans divers articles publiés par l´association francaise L´Autre Cercle. Je pense que les propos émis par les responsables de cette association et qui sont retranscríts ci-dessous, sont tout simplement littéralement applicables à la réalité belge et que nous pourrions nous en inspirer.

Voici leurs articles sur la question:

"Une famille qui leur a souvent tourné le dos, pas d’enfant… Beaucoup d’homosexuels se retrouvent seuls pour leurs vieux jours. Aller en maison de retraite, bien sûr, mais là non plus, la situation n’est pas idyllique. Les résidents sont contraints de cacher leur homosexualité sous peine de rejet et de maltraitance. Il faut agir !


  1. Halte à l’homophobie en maison de retraite

L’homophobie en maison de retraite est une réalité. Les personnes âgées sont obligées de taire leur homosexualité pour ne pas être mises à l’écart. Pire encore, des témoignages montrent que certains ont été victimes de propos discriminatoires et même de maltraitances de la part d’autres résidents et de membres du personnel.

L’association "L’Autre cercle", association de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie dans le monde du travail qui s’est intéressée à la vie post-professionnelle, a recueilli ces témoignages.

Patrick Morali, responsable de la communication de "L’Autre cercle Ile-de-France" confie : "Les personnes âgées en maison de retraite ne veulent pas que leur homosexualité soit connue pour ne pas être mises à l’écart ou maltraitées. Souvent sans enfant, elles sont complètement isolées. Elles sont au placard, comme les homosexuels d’il y a vingt-cinq ans quand l’homosexualité était encore pénalisée. L’homophobie ne commence pas par la discrimination, mais par le fait de se cacher".

Philippe Coupet, coordinateur de la commission retraite au sein de l’association, ajoute : "Le fait que ces personnes taisent leur homosexualité nous empêche de connaître leur nombre exact en maison de retraite. Mais nous savons qu’elles ne sont pas nombreuses. Il y a eu beaucoup de pertes avec le SIDA". Cette maladie a, en effet, tué environ trente mille personnes entre 1985 et 1995.

Mais quelle est la solution pour lutter contre cette homophobie en maison de retraites ? Des résidences ou maisons de retraite réservées aux gais et lesbiennes ? Ce genre d’établissements existe dans de nombreux pays étrangers. Les pionniers en la matière ont été les États-Unis. La première maison de retraite pour gais et lesbiennes a vu le jour en Floride, en 2002. Aujourd’hui, il en existe dans de nombreux pays comme l’Espagne, la Suisse, les Pays-Bas… 

         2. Un sondage éloquent

L’association "L’Autre Cercle" a réalisé un sondage dans le cadre de sa réflexion sur les lesbiennes, gais, bisexuels et transsexuels, la retraite et l’homophobie. Il apparaît que la retraite est une réelle préoccupation pour les personnes interrogées. Plus de 60 % d’entre elles affirment penser parfois ou souvent à la retraite. Pourtant 55 % des cinq cents personnes questionnées étaient âgées de moins de quarante ans… Tous quasi unanimement se déclarent intéressés par le projet d’une maison de retraite "friendly" (amicale), c’est-à-dire qui accueille avec plaisir les homosexuels.

Lorsque cette population envisage le cadre de vie de sa retraite, elle le souhaite majoritairement (plus de 55 %) en centre-ville et sous la forme d’appartements regroupés en immeuble.

Près de 70 % souhaitent que leur future résidence soit médicalisée.

La raison majeure qui les poussent à souhaiter se regrouper dans des lieux de vie gays ou lesbiens est, à une écrasante majorité (75 %), le "sentiment de pouvoir y être enfin soi-même, sans s’exposer à la réprobation sociale".

Ginette Cauchard, soignante en maison de retraite, témoigne elle aussi de son expérience : "En fait, plutôt que de parler de maltraitance, je parlerai d'ignorance et de méconnaissance, d'incompréhension aussi. Vous savez, parfois, la différence devient de l'indifférence, voire pire..."

Les personnes homosexuelles taisent leur sexualité, s'isolent. De leur côté, les soignants, pas formés et encore moins préparés, deviennent maladroits et se réfugient parfois derrière des préjugés ou des plaisanteries pas toujours heureuses...

"En fait, explique encore Ginette, la relation soignant/soigné est modifiée et bien souvent à l'insu de l'un et l'autre..."

Des solutions concrètes

"L’Autre Cercle" a deux projets distincts, pour lutter contre l’homophobie en résidences et maisons de retraite, (...). D’abord, la création d’une Charte Nationale qui serait une charte de bonnes pratiques et la mise en place d’un Label Autre Cercle (destinés aux établissements "friendly") sont prévues pour la fin de l’année. Les établissements adhérents reconnaîtront lutter efficacement contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie entre résidents, mais ils s’engagent aussi à former leur personnel au respect de la diversité.

Catherine Tripon, présidente de "L’Autre Cercle Île-de-France" affirme : "Il est indispensable de faire quelque chose pour les personnes âgées homosexuelles. Si elles se trouvent dans des établissements "friendly", elles oseront avouer leur homosexualité. Les autres résidents et le personnel ne pourront plus les maltraiter sans en être inquiétés. Ce problème ne se posera plus dans quelques années, puisque l’homosexualité est aujourd’hui bien acceptée, preuve en est que 80 % des moins de trente ans sont favorables au mariage homosexuel. Mais, en attendant, il faut agir. Il est très important que les personnes âgées puissent avouer leur homosexualité, notamment dans les cas de démence. Nous savons que, dans le cadre de ces maladies, pour aider les malades, il faut les faire parler (ainsi que leurs proches) de ce qu’ils ont vécu tout au long de leur vie. Mais le problème est que les homosexuels n’osent pas raconter leur vie".

Le second objectif de "L’Autre Cercle" est la création d’une Fondation pour gérer la promotion de ce label, contribuer à la formation des personnels spécialisés et permettre l’accès à ces maisons de retraite pour les retraités à faible revenus, dans un esprit de solidarité et d’entraide.

La formation du personnel est un enjeu très important et l’association compte mettre en place des modules de formation. "Environ cent vingt mille séropositifs vont survivre avec des traitements lourds. Le personnel des maisons de retraite doit être préparé à ça. Nous encourageons le Ministère de la santé à mettre les bouchées, non doubles, mais quadruples. Il faut aussi former le personnel soignant pour l’aide à domicile des personnes âgées homosexuelles", confie Catherine Tripon. "






 

21.01.2008

Agisme et homosexualité

A l´heure où une maison de retraite pour gays et lesbiennes s´ouvre à Berlin et où un peu partout dans les pays occidentaux s´ouvre le débat sur les droits des personnes LGBT âgés et sur l´opportunité d´ouvrir des lieux d´accueil spécifiques pour ces personnes, je reproduis ci-dessous un article de sandrine Mazziotta publié en 2004 sur le site Senior planet

Les homosexuels confrontés à l’âgisme

Existe-t-il un racisme anti-vieux chez les homosexuels ? Si le mot racisme est certes un peu fort, les seniors gais ont tout de même le sentiment d’être mis à l’écart par les plus jeunes. Mais attention, les "vieux " sont bien décidés à résister. Détails.

Le culte de la jeunesse

Il faut bien reconnaître que c’est notre société tout entière qui met la jeunesse à l’honneur, tout comme d'ailleurs le dynamisme et la beauté du corps. Mais, s’il est tout de même un milieu où ces valeurs ont une importance toute particulière, c’est le milieu gai. Et, à quarante ans, on y serait déjà considéré comme vieux ! En tout cas concernant les gais, il semblerait que le jeunisme soit beaucoup moins marqué chez les lesbiennes.

Philippe Coupet, coordinateur de la commission retraite au sein de l’association "L’Autre cercle" (association de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie dans le monde du travail), confirme l’excès de jeunisme chez les gais. "L’aspect physique extérieur compte beaucoup et il y a une recherche très présente de l’amusement, de la sexualité. Il est sûrement plus difficile de trouver un partenaire après quarante ans. Mais, finalement, est-ce bien différent du milieu hétérosexuel ? Je ne crois pas."

Comme le dit le philosophe Didier Eribon dans le Dictionnaire des cultures Gays et Lesbiennes, cet "âgisme" est d’autant plus paradoxal que tout jeune gay deviendra inéluctablement un gay âgé. Selon lui, "l’idéalisation dans les magazines gais du jeune homme a pour corollaire le rejet des homosexuels qui ont perdu leur valeur sur le marché sexuel que constituent les lieux de rencontre, les bars, les boîtes, etc."

Ne pas battre en retraite

La résistance s’est donc organisée et l’association "Les gais retraités" a été fondée en 1983 afin que les retraités homosexuels ne s’enferment pas dans la solitude. Sa vocation ? "Être un trait d'union entre les gais du 3e âge, afin de les aider à briser le mur de leur solitude et à mieux assumer leur différence". Et dans ses statuts, il est précisé que l’association a pour but de réunir les retraités homosexuels ou lesbiennes ainsi que toutes les personnes désireuses de briser la solitude due à l'âge.

Au programme : des loisirs, des sorties, mais aussi des réunions, de la prévention, etc. Chaque année, l’association militante participe à la Gay Pride avec pour slogan : "Les gais retraités ne battent pas en retraite".

Abel George-Panaget, président des "Gais retraités", confie : "Nous avons créé cette association pour briser la solitude des homosexuels, pour qu’ils puissent rencontrer des personnes qui ont vécu des choses identiques. C’est beaucoup plus difficile pour les vieux de parler de leur homosexualité car ils ont connu la "chasse aux pédés ", la pénalisation de l’homosexualité. Il faut les aider à sortir de l’isolement. Aujourd’hui, notre association comprend une centaine de membres en Île-de-France et l’ouverture d’antennes est prévue en Province. Nous acceptons dix pour cent de personnes non retraitées. Il y a tout de même des jeunes qui aiment la présence des plus vieux et des amitiés très sincères se sont créées. Notre plus jeune membre a quarante ans et le plus vieux, quatre-vingt-dix ans".

Selon M. George-Panaget, le jeunisme est surtout très parisien. "Je trouve qu’en Province, les gens se serrent plus les coudes. Sur Paris, il y a des ségrégations qui mériteraient des visites d’huissier. Il arrive fréquemment que certains restaurants, face aux seniors, affirment ne plus avoir de place ou alors les servent très mal afin qu’ils ne reviennent plus. On trouve tout de même dans la capitale des bars et quelques restaurants où nous sommes très bien accueillis. Et il existe quelques associations où nous nous retrouvons pour danser, par exemple. Puis, nous nous sommes organisés. Nous faisons des repas entre nous, à la maison. En tant que retraités, nous ressentons de moins en moins l’obligation d’aller dans les bars spécifiques. Nous avons toujours eu l’habitude de faire attention et d’être discrets, alors nous pouvons aller sans problème dans des restaurants classiques", ajoute-t-il.

Sandrine Mazziotta
[20 octobre 2004]