19/08/2010

Susan Sontag, l'orgasme et l'écriture

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David Rieff, le fils de Susan Sontag a publié au début de cette année une sélection de ses journaux intimes, pour lesquels l'écrivaine n'avait laissé aucune consigne. Voici un extrait dans lequel Susan Sontag évoque sa découverte de l'orgasme et le lien qui lie selon elle orgasme et écriture.

"19/11/1959

La venue de l'orgasme a changé ma vie. Je suis libérée, mais ce n'est pas la bonne façon de le dire. Plus important : cela a rendu ma vie plus étroite, m'a fermé des possibilités, a rendu des alternatives nettes et claires. Je ne suis plus illimitée, c.-à-d. rien.

La sexualité est le paradigme. Avant, ma sexualité était horizontale, une ligne infinie qui pouvait être infiniment sous-divisée. Maintenant elle est verticale ; c'est le grand saut, ou rien.

L'orgasme aiguise. Je désire physiquement écrire. La venue de l'orgasme n'est pas le salut, plutôt, la naissance de mon ego. Je ne peux écrire tant que je n'ai pas trouvé mon ego. Le seul type d'écrivain que (je) pourrais être est celui qui se montre... Ecrire, c'est se dépenser, se jouer. Mais jusqu'à maintenant, je n'aimais même pas le son de mon propre nom. Pour écrire, je dois aimer mon nom. L'écrivain est amoureux de lui-même... et crée ses livres à partir de cette rencontre et de cette violence."

("Renaître", p. 270-271.)

Renaître - Journaux et carnets (1947-1963)
Susan Sontag
David Rieff (Préfacier), Anne Wicke (Traducteur)

Paru le : 14/01/2010
Editeur : Christian Bourgois

Renaître

'Renaître' est le premier tome d'une sélection en trois volumes de journaux de Susan Sontag, tous inédits à ce jour. Dès son adolescence, et ce jusqu'aux dernières années de sa vie, Susan Sontag se livra dans ces carnets avec une grande régularité, d'autant plus librement qu'elle n'envisageait pas de les faire publier. 'Renaître' couvre la période 1947-1963 et met en lumière la trajectoire intellectuelle, humaine et créatrice de l'un des plus grands écrivains américains de sa génération. 'Renaître' met en scène une adolescente précoce, qui ne cesse de dresser des listes : les livres lus ou à lire impérativement, les films à voir, les musiques à écouter... Les principales caractéristiques qui définiront son moi intellectuel sont déjà évidentes : féroce acuité, incroyable ambition, légère tendance à la prétention et approche de la vie profondément honnête.

Plus sur Renaître

Lire l'article paru dans le Monde des livres en février, un article reproduit sur le site Fabula.

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30/06/2010

Voltaire obscurantiste sur l'homosexualité: éteignez les Lumières!

voltaire

                                                       Je tombe ce matin sur un bref article paru sur un blog d'initiation à la philosophie intitulé Quand Voltaire condamne l'homosexualité...et se trompe deux fois . L'auteur de l'article, Jefka,  cite le philosophe des Lumières qui voyait dans l'homosexualité « un vice destructeur du genre humain, s'il était général, et un attentat infâme contre la nature ». Voltaire en la matière se montre plus catholique que le pape en prétendant être capable de décrypter la "loi naturelle". Je vous invite à lire cet article qui fait appel aux principes de la philosophie morale pour démonter l'assertion voltairienne. Je rencontre bien l'analyse de Jefka.

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                                                     La citation est connue: Voltaire avait consacré un article de son Dictionnaire philosophique à l'homosexualité sous la rubrique Amour socratique. Voici ce que Voltaire y écrit:

AMOUR SOCRATIQUE

Si l’amour qu’on a nommé socratique et platonique n’était qu’un sentiment honnête, il y faut applaudir: si c' était une débauche, il faut en rougir pour la Grèce. 

Comment s’est-il pu faire qu’un vice destructeur du genre humain s’il était général, qu’un attentat infâme contre la nature, soit pourtant si naturel? Il paraît être le dernier degré de la corruption réfléchie; et cependant il est le partage ordinaire de ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’être corrompus. Il est entré dans des coeurs tout neufs, qui n’ont connu encore ni l’ambition, ni la fraude, ni la soif des richesses. C’est la jeunesse aveugle qui, par un instinct mal démêlé, se précipite dans ce désordre au sortir de l’enfance, ainsi que dans l’onanisme(1).

Le penchant des deux sexes l’un pour l’autre se déclare de bonne heure; mais quoi qu’on ait dit des Africaines et des femmes de l’Asie méridionale, ce penchant est généralement beaucoup plus fort dans l’homme que dans la femme; c’est une loi que la nature a établie pour tous les animaux; c’est toujours le mâle qui attaque la femelle. 

Les jeunes mâles de notre espèce, élevés ensemble, sentant cette force que la nature commence à déployer en eux, et ne trouvant point l’objet naturel de leur instinct, se rejettent sur ce qui lui ressemble. Souvent un jeune garçon, par la fraîcheur de son teint, par l’éclat de ses couleurs, et par la douceur de ses yeux, ressemble pendant deux ou trois ans à une belle fille; si on l’aime, c’est parce que la nature se méprend; on rend hommage au sexe, en s’attachant à ce qui en a les beautés; et quand l’âge a fait évanouir cette ressemblance, la méprise cesse. 
 

. . . . . . . . . . . . . . . . . Citraque juventam 
Aetatis breve ver et primos carpere flores. 

Ovide., Met., X, 84-85.

On n’ignore pas que cette méprise de la nature est beaucoup plus commune dans les climats doux que dans les glaces du Septentrion, parce que le sang y est plus allumé, et l’occasion plus fréquente: aussi ce qui ne paraît qu’une faiblesse dans le jeune Alcibiade, est une abomination dégoûtante dans un matelot hollandais et dans un vivandier moscovite. 

Je ne puis souffrir qu’on prétende que les Grecs ont autorisé cette licence. On cite le législateur Selon, parce qu’il a dit en deux mauvais vers: 
 

Tu chériras un beau garçon, 
Tant qu’il n’aura barbe au menton
(2).

Mais en bonne foi, Solon était-il législateur quand il fit ces deux vers ridicules? Il était jeune alors, et quand le débauché fut devenu sage, il ne mit point une telle infamie parmi les lois de sa république. Accusera-t-on Théodore de Bèze d’avoir prêché la pédérastie dans son Église, parce que dans sa jeunesse il fit des vers pour le jeune Candide, et qu’il dit: 
 

« Amplector hunc et illam. » 
Je suis pour lui, je suis pour elle.

 Il faudra dire qu’ayant chanté des amours honteux dans son jeune âge, il eut dans l’âge mûr l’ambition d’être chef de parti, de prêcher la réforme, de se faire un nom. Hic vir, et ille puer.

On abuse du texte de Plutarque, qui dans ses bavarderies, au Dialogue de l’amour, fait dire à un interlocuteur que les femmes ne sont pas dignes du véritable amour(3);mais un autre interlocuteur soutient le parti des femmes comme il le doit. On a pris l’objection pour la décision. 

Il est certain, autant que la science de l’antiquité peut l’être, que l’amour socratique n’est point un amour infâme: c’est ce nom d’amour qui a trompé. Ce qu’on appelait les amants d’un jeune homme étaient précisément ce que sont parmi nous les menins de nos princes, ce qu’étaient les enfants d’honneur, des jeunes gens attachés à l’éducation d’un enfant distingué, partageant les mêmes études, les mêmes travaux militaires; institution guerrière et sainte dont on abusa comme des fêtes nocturnes et des orgies. 

La troupe des amants instituée par Laïus était une troupe invincible de jeunes guerriers engagés par serment à donner leur vie les uns pour les autres; et c’est ce que la discipline antique a jamais eu de plus beau. 

Sextus Empiricus et d’autres ont beau dire que ce vice était recommandé par les lois de la Perse. Qu’ils citent le texte de la loi; qu’ils montrent le code des Persans et si cette abomination s’y trouvait, je ne la croirais pas; je dirais que la chose n’est pas vraie, par la raison qu’elle est impossible. Non, il n’est pas dans la nature humaine de faire une loi qui contredit et qui outrage la nature, une loi qui anéantirait le genre humain si elle était observée à la lettre. Mais moi je vous montrerai l’ancienne loi des Persans, rédigée dans le Sadder. Il est dit, à l’article ou porte 9, qu’il n’y a point de plus grand péché. C’est en vain qu’un écrivain moderne a voulu justifier Sextus Empiricus et la pédérastie; les lois de Zoroastre, qu’il ne connaissait pas, sont un témoignage irréprochable que ce vice ne fut jamais recommandé par les Perses. C’est comme si on disait qu’il est recommandé par les Turcs. Ils le commettent hardiment; mais les lois le punissent. 

Que de gens ont pris des usages honteux et tolérés dans un pays pour les lois du pays! Sextus Empiricus, qui doutait de tout, devait bien douter de cette jurisprudence. S’il eût vécu de nos jours, et qu’il eût vu deux ou trois jeunes jésuites abuser de quelques écoliers, aurait-il eu droit de dire que ce jeu leur est permis par les constitutions d’Ignace de Loyola?

Il me sera permis de parler ici de l’amour socratique du révérend père Polycarpe, carme chaussé de la petite ville de Gex, lequel en 1771 enseignait la religion et le latin à une douzaine de petits écoliers. Il était à la fois leur confesseur et leur régent, et il se donna auprès d’eux tous un nouvel emploi. On ne pouvait guère avoir plus d’occupations spirituelles et temporelles. Tout fut découvert: il se retira en Suisse, pays fort éloigné de la Grèce. 

Ces amusements ont été assez communs entre les précepteurs et les écoliers(4). Les moines chargés d’élever la jeunesse ont été toujours un peu adonnés à la pédérastie. C’est la suite nécessaire du célibat auquel ces pauvres gens sont condamnés. 

Les seigneurs turcs et persans font, à ce qu’on nous dit, élever leurs enfants par des eunuques; étrange alternative pour un pédagogue d’être châtré ou sodomite. 

L’amour des garçons était si commun à Rome, qu’on ne s’avisait pas de punir cette turpitude, dans laquelle presque tout le monde donnait tête baissée. Octave-Auguste ce meurtrier débauché et poltron, qui osa exiler Ovide, trouva très bon que Virgile chantât Alexis; Horace, son autre favori, faisait de petites odes pour Ligurinus. Horace, qui louait Auguste d’avoir réformé les moeurs, proposait également dans ses satires un garçon et une fille(5); mais l’ancienne loi Scantinia, qui défend la pédérastie, subsista toujours: l’empereur Philippe la remit en vigueur, et chassa de Rome les petits garçons qui faisaient le métier. S’il y eut des écoliers spirituels et licencieux comme Pétrone, Rome eut des professeurs tels que Quintilien. Voyez quelles précautions il apporte dans le chapitre du Précepteur pour conserver la pureté de la première jeunesse: « Cavendum non solum crimine turpitudinis, sed etiam suspicione. » Enfin je ne crois pas qu’il y ait jamais eu aucune nation policée qui ait fait des lois(6) contre les moeurs(7).

fred II

                                                                      Voltaire, on le sait, avait côtoyé un royal homosexuel, Frédéric II de Prusse, et avait fréquenté sa cour. L'épisode  ne s'était pas bien terminé. Voltaire a fait plusieurs allusions à l'homosexualité de Frédéric II: 

  • « Le Roi, [...], qui aimait les beaux hommes,et non les grands hommes, avait mis ceux-ci chez la reine sa femme en qualité d’Euduque. » 

  • " Ce Prince avoit une espèce de maîtresse, fille d’un maître d’école de la ville de Brandebourg, établie à Potzdam… il crut être amoureux d’elle, mais il se trompait : sa vocation n’était pas pour le sexe. » (Au XVIIIème siècle, sexe s'emploie pour désigner la gent féminine)

  •  « On lui donna un soldat pour le servir, ce soldat jeune bien fait, et qui jouait de la flûte, servait en plus d’une manière à amuser le prisonnier. Tant de belles qualités ont fait depuis sa fortune. Je l’ai vu à la fois Valet-de-chambre, et premier Ministre, avec toute l’insolence que ces deux postes peuvent inspirer. » 

  •  « Quand Sa Majesté était habillée et botée, le stoïque donnait quelque momens à sa secte d’Epicure ; il faisait venir deux ou trois Favoris, soit Lieutenant de son Régiment, soit Page, soit Euduque ou jeune cadet ; on prenait le Café, celui à qui on jettait le mouchoir restait demi-quart-d’heure tête à tête ; les choses n’allaient pas jusqu’aux dernières extrémités, attendu que le Prince du vivant de son pere, avait été fort mal traité dans fes amours de passade, et non moins mal guéri. Il ne pouvait jouer le premier rôle, il fallait se contenter des feconds. Ces amusements d’écoliers étant finis, les affaires d’Etat prenaient la place. »

  • « Il était accoutumé à des démonstrations de tendresse singulière avec des favoris plus jeunes que moi ; et oubliant un moment que je n’étais pas de leur âge, et que je n’avais pas la main belle, il me la prit pour la baiser, je lui baisai la sienne, et je me fis son esclave. » 

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                                             Le plus célèbre des contres philosophiques de Voltaire, Candide, contiendrait des allusions à peine dissimulées très critiques pour le roi de Prusse. Un baron, au nom germanique imprononçable, entiché de ses quartiers de noblesse, va exclure Candide du « jardin d’Eden ». Voltaire serait Candide, un jeune homme naïf exploité par son puissant protecteur. Le baron de Tunder-ten-tronck symboliserait la noblesse allemande tandis que le « roi des Bulgares » serait Frédéric II qui, en novembre 1757, s’était couvert de gloire dans la victoire de Rossbach. Voltaire, qui croyait à la défaite de son ancien protecteur, avait alors pris conscience de sa naïveté. Le conte serait donc une revanche sur l’humiliation infligée par Frédéric II, suite à la brouille qui a fâché le philosophe avec le roi de Prusse en 1753. Traiter Frédéric II de « roi des Bulgares » est une façon indirecte de rappeler son orientation sexuelle, le terme de « bougre » (lui-même dérivé de « bulgare ») signifiant « homosexuel » au XVIIIe siècle. Frédéric Deloffre dans la postface de Candide ou l'Optimisme, édition Collection Folio classique n° 3889 ou encore Roland Barthes dans la postface de Candide et autres contes édition Collection Folio classique n° 2358, pp 410, 411, appuyent cette interprétation. (Source: Wikipedia)

Lire aussi: Voltaire en demi teinte sur le site Moodyguy.net 

 

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29/05/2010

Littérature canadienne: Colette Bazinet publie Trabouler

Trabouler

                                                                Voici comment l'auteure présente sa démarche d'écriture. C'est ce qu'elle écrit ici qui m'a donné l'envie de la lire et d'en apprendre davantage. Colette Bazinet écrit pour saisir des moments d'éternité. Son livre sera présenté le 6 juin à Montréal. A découvrir!

colette bazinet

Été 2005. Seule, amarrée au quai de Cap-à-l’Aigle, j’écrivais quelques réflexions, dans l’attente d’une fenêtre météo pour poursuivre ma route vers Québec. Je venais de comprendre que j’avais ma maison: j’y étais. Ce n’était pas cela qu’il me fallait trouver. Alors, que devais-je faire?

Des idées, des projets, des actes inachevés, il y en avait dans ma vie. Dans une sorte de flash, j’ai compris qu’il y en avait un qui pouvait prendre forme. La fiction me permettrait de reprendre librement des réflexions sur les propos souvent utilisés contre les gais, les lesbiennes et autres marginalisés sexuels - et de malmener un peu les dits propos. Sodome serait revisité. Un premier roman est né: Trabouler  (passer au travers). Amnésie et Bible s’y croisent.

L’écriture s’est mise à devenir envahissante. Un petit récit par ci, un autre par là. Pur plaisir. Puis d’autres projets de roman ont pris forme. Et le goût de partager des souvenirs, particulièrement l’expérience malgache, vécue alors que j’avais quatorze et quinze ans. Pour partager, il faut un lieu. Le voici.

Via le blog de Colette Bazinet ou le site de Colette Bazinet, auteure

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04/05/2010

Michel Tremblay recevra le Prix Lutte contre l’homophobie 2010

Journée internationale contre l’homophobie - 17 mai 2010 

Un communiqué de la Fondation Emergence

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Montréal, 13 avril 2010 – La Fondation Émergence décernera le Prix Lutte contre l’homophobie 2010 à monsieur Michel Tremblay, dramaturge et romancier québécois. Le prix lui sera remis par madame Kathleen Weil, ministre de la Justice, Procureure générale du Québec et ministre responsable de la lutte contre l’homophobie, lors d’une cérémonie qui aura lieu le lundi 17 mai. 

Michel Tremblay fut l’une des premières personnalités québécoises à dévoiler publiquement son orientation homosexuelle, ce qui exigeait un courage certain à l’époque. Le choix de Michel Tremblay comme récipiendaire du prix 2010 n’est pas sans rapport avec son œuvre où les personnages homosexuels occupent une place importante. 

« La contribution de Michel Tremblay à la lutte contre l’homophobie est manifeste », d’expliquer monsieur Laurent McCutcheon, président de la Fondation Émergence. « Son œuvre, reconnue mondialement, et son apport personnel ont contribué à sensibiliser et à éduquer la population. Notre société a connu des avancées exceptionnelles au cours des trente dernières années et Michel Tremblay a été un acteur important de cette évolution ». 

Afin de souligner l’ouverture aux réalités homosexuelles et le travail accompli pour leur acceptation par la société, la Fondation Émergence reconnaît, depuis 2003, l’apport important d’une personnalité ou d’un organisme dans la lutte contre l’homophobie, en ayant pris l’initiative de créer le Prix Lutte contre l’homophobie. Ce prix est remis chaque année à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie le 17 mai. Voir www.homophobie.org.

Liste des récipiendaires depuis 2003 : 

2003 - Janette Bertrand

2004 - Raymond Gravel

2005 - Le très honorable Pierre Elliott Trudeau, à titre posthume

2006 - Les parlementaires canadiens qui ont voté en faveur de la Loi sur le mariage civil

2007 - Mark Tewksbury

2008 - Marc-André Bédard

2009 - Dany Turcotte

2010 - Michel Tremblay 

31/03/2010

Oscar Wilde en fustanella

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                                                   En 1877, Oscar Wilde voyage en Grèce. Il est alors âgé de 23 ans. A Oxford, il a comme professeur d'esthétique John Ruskin, l'un des porte-parole du mouvement "esthète", une "école" qui estime que l'art ne doit être que recherche du Beau, sans aucune préoccupation morale ou sociale. Oscar Wilde est très réceptif à ce discours qui correspond parfaitement à ses propres aspirations.

Wilde a découvert la Grèce antique à travers ses lectures et grâce aux cours de John Mahaffy au Trinity College de Dublin.

Citations

 "Pour moi il n'y a que deux langues au monde, le français et le grec", a-t-il déclaré dans une interview au Gaulois.

«Pour être vraiment médiéval, il ne faut pas avoir de corps. Pour être vraiment moderne, il ne faut pas avoir d'âme. Pour être vraiment grec, il faut être nu."

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03/03/2010

Le prix quinquennal de littérature à William Cliff

william cliff

Le Service de la Promotion des Lettres de la Communauté française a décerné ce lundi soir ses prestigieux prix littéraires. Le plus important, le prix quinquennal de littérature est remis au poète et romancier William Cliff.

Les prestigieuses récompenses littéraires de la Communauté française sont décernées, ce lundi soir, à la maison internationale des littératures Passa Porta à Bruxelles.

Le prix quinquennal de littérature est attribué tous les cinq ans depuis 1929. Il couronne un auteur pour l'ensemble de son oeuvre. Il revient, cette fois, au poète et romancier belge William Cliff, âgé de 70 ans.

Remarqué par Raymond Queneau, ce Gembloutois a publié une vingtaine de recueils de poésie et de textes en prose. Renouant avec le vers régulier et la poésie narrative, l’œuvre de William Cliff trouve son originalité dans ce rapport entre la forme classique et la modernité de son propos.

En lui remettant le prix Quinquennal, le jury affirme "avoir voulu mettre en avant la force et la constance de cette voix unique dans les lettres françaises contemporaines".

Via RTBF en ligne. Voir aussi l'article du Soir en ligne.

Ecouter un extrait sonore de William Cliff en cliquant ici

Extraits:  Écrasez-le (précédé de) Homo sum

écrasez le

"L'alexandrin je le pratique comme on gratte/ dans son nez pour s'occuper; le temps est bien froid/ cet hiver, ma barbe est longue, mes cheveux gras;/où irai-je ce soir balancer mes savates/ pour écraser l'angoisse qui s'obstine en moi?"

"Mes frères étaient cancres et moi tout autant :/ l'école chrétienne nous étouffait,/ nous préférions dans le noir nous tirer/ la queue, nous faire traire comme vache ;/ le sexe prend son chemin comme il peut/ entre des temps de messe et de cravache."

Parfois dans un  "grenier bien mal garni", le narrateur assouvit rapidement ses désirs  avec l'image d'un "ange incroyablement surgi/ du sol bizarre et lourd de la Belgique"

"C'est un garçon en blue-jean qui célèbre la messe (...)/ sait-il/ tous les désirs et tous les désespoirs, les nostalgies/ qu'on accroche sur son corps d'adolescent très pur et chaste?"

Mais l'amour semble impossible.  Aucune vie "ne veut se confondre à la nôtre :/ c'est en vain qu'on se jette dans le pas des autres".

"Je désirais certaines choses de tout mon être et jamais je ne rencontrais une moindre parcelle de satisfaction. Alors j'ai écrit ce texte".

"Tu veux savoir mes coordonnées/ le nombre exact de mes années, (...), il vaudrait mieux/ montrer au fond ce que nous sommes/ la vérité de son poids d'homme//(...) car je veux plonger aux bourrasques/ horribles du partage à deux/ absolument dépouillé d'eux/ nu débarrassé de leurs loques/ de leurs bicoques et leurs défroques/ dont ils se couvrent honteusement/ pour camoufler la crudité de leur néant

Et le tragique des rencontres: "La séance dura ce que durent les roses :/ l'espace d'un crachat; mais au moins on s'était/ oubliés l'un dans l'autre... et la force des choses/ nous avait ramenés à ce qu'on était."

Extraits de Écrasez-le
précédé de Homo sum
William Cliff
Gallimard
235 pages, 19 e

Choix de textes: Richard Blin pour un article paru dans Le Matricule des Anges

 

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08/02/2010

Les chroniques d'Ouranos, prix RDG du roman lesbien 2009

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UN article paru sur le site Media-G.net

C'est dans une ambiance festive que le prix RDG du roman lesbien 2009 a été remis à Véronique Bréger pour ses Chroniques d'Ouranos, l'un des rares romans de SF sur fond de romance lesbienne.

Ce samedi 6 février 2010, un an jour pour jour après la première édition de ce prix littéraire organisé par le site République du Glamour, c'est une trentaine de spectatrices qui ont assisté à la remise du prix du roman lesbien 2009 aux Chroniques d'Ouranos, le sixième roman de Véronique Bréger, « un roman original et recommandé », écrivait Media-G à l'occasion de sa sortie.

Ce prix, sans doute, salue également la qualité et l'originalité de l'ensemble de l'œuvre de Véronique Bréger qui, de
Champ, contrechamp (2004) à La nuit des orpailleurs (2009) en passant par Kilomètre 24 (2005), En souvenir de demain (2006), À titre provisoire (2007), Open Space (2009) et Les chroniques d'Ouranos (2009) a su à chaque roman enrichir de ses belles histoires l'espace de la littérature lesbienne et ainsi devenir une incontournable figure de l'écriture lesbiennes.

Les autres romans sélectionnés pour ce prix étaient Allez au diable Vauvert d'Isabelle Blondie, Tous les soirs de ma vie d'Isabelle Zribi, Les chroniques d'Ouranos de Véronique Bréger, Un Amour Prodigue de Claudine Galéa et Colombe Clier, Le dernier chaos de Caroline Ellen et Le Jardin de Shahrzad. De Vida.
Quant au jury, il était composé de Stéphanie Arc, auteure, Vicky Jaime, République du Glamour, Christelle Lagattu de la Dixieme Muse, Marjorie Marcillac de Têtue, Judith Silberfeld de Yagg et de Veryfriendly, portail lesbien et gay.

Le
site de Véronique Bréger.

Voici ce qu'en pense l'auteure (extrait de son site)

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Une première fois marque une étape, un palier, le franchissement d’un cap.

Le prix République Du Glamour du meilleur roman Lesbien de l’année est mon premier prix littéraire.

 

Cette première me touche d’autant, qu'elle couronne Les Chroniques d’Ouranos, un roman qui a failli ne jamais sortir de ma clé USB. Au passage, je remercie chaleureusement Guillaume Widmann qui est le premier à y avoir cru !

 

Autre point marquant, ce roman a fait l’unanimité du jury.

 

Le pari était simple, la prise de risque réelle.

 

Sortir des sentiers battus et vous offrir un roman de science-fiction capable non seulement de ravir les aficionados du genre mais aussi les réfractaires, c’était mon premier objectif. Le second... ... vous embarquer !

 

Quand on se plonge dans un cycle de neuf mois de travail et d’investissement sur un projet d’écriture, on n’a ni envie de se tromper, ni envie de décevoir.

 

Aussi je l’avoue, je suis heureuse, très heureuse !

 

Merci !

Un extrait des Chroniques d'Ouranos

LeschroniquesdOuranosweb

                                                                                                                  Extrait :

Soann se déplaça vers le premier arbre. Il était planté dans un grand bac disposé en contrebas du niveau où elle se situait. Elle estima que le socle devait faire environ trois mètres de haut sur cinq de diamètre.
Toucher. Elle s’accroupit, posa sa main sur la surface granuleuse de la terre marron clair.
Sentir. Elle ferma les yeux un instant sur la perception de la matière dans sa paume. C’était la première fois qu’elle caressait de la terre sans protection. Une terre saine, vierge de tout immondice.
Humer
. En pénétrant dans le caisson elle avait été saisie par l’odeur qui s’en dégageait. La fraîcheur aux relents inconnus l’envahit. Habituée à toutes les puanteurs possibles et inimaginables elle ne se rappelait pas une telle sensation.

Elle redressa la tête sans se relever. Les feuilles n’avaient pas la même couleur à l’envers qu’à l’endroit. Vu d’en-dessous le flanc était plus clair. De longues stries en forme de veines couraient le long de la surface lisse. Sa main s’attarda un instant sur le tronc rugueux et inégal. Une fine particule de bois se détacha et tomba sur la terre. Tout cela semblait irréel.

Pour commander le roman, cliquer ici