03/06/2010

Belgique: 1000 euros pour le meilleur travail de fin d'études!

françois delor

Arc-en-Ciel Wallonie et la Coordination Holebi Bruxelles, les fédérations wallonne et bruxelloise francophone des associations lesbiennes, gayes, bi, trans et intersexué-e-s (LGBTI) ont lancé pour l’année académique 2009-2010 un prix du travail de fin d’études. On peut déjà imaginer que le prix sera reconduit pour l'année 2010-2011.

Le prix « François Delor » – d’un montant de 1000 € – vise à récompenser un travail de fin d’études contribuant de manière originale à l’enrichissement des connaissances sur les questions et les cultures LGBTI (lesbiennes, gayes, bi, trans et intersexué-e-s).  

L’objectif du prix est d’encourager les travaux réalisés autour de cette thématique et d’accroître leur visibilité et leur légitimité.

Les travaux de fin d’études visés doivent avoir été défendus dans toute discipline des sciences humaines et sociales (histoire, lettres, sociologie, anthropologie, psychologie, philosophie, droit, sciences politiques, sciences de l’éducation, criminologie, sciences de la communication, sciences économiques, géographie humaine, histoire de l’art, traduction…). 

Le prix concerne tant les travaux de masters universitaires que les travaux de bacheliers.

Pour le règlement, cliquez ici.
Pour le bulletin de participation, cliquez ici. 

Biographie et bibliographie de François Delor

François Delor est né le 15 mai 1959 à Jemappes. Sociologue chercheur au Centre d’études sociologiques des Facultés universitaires Saint-Louis et psychanalyste, il est décédé à Bruxelles (Etterbeek) le 3 septembre 2002. Après un rapide parcours professionnel assez éclectique (séminariste, clerc de notaire, assistant social,...), il est devenu très actif dans le champ de la prévention du sida dès 1990. En 1994, il fonde l’association Ex æquo, qui met en œuvre des actions de prévention du VIH/Sida à l’intention des hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes. En 2001, il créé l’Observatoire du Sida et des sexualités aux Facultés universitaires Saint-Louis. Ses recherches ont notamment porté sur les vulnérabilités face au risque VIH, sur les trajectoires des personnes séropositives (il est, entre autres, l’auteur de l’ouvrage « Séropositifs. Trajectoires identitaires et rencontres du risque » paru aux éditions L'Harmattan en 1997), sur les discriminations à l’égard des gays et des lesbiennes ainsi que sur la reconnaissance et l’injure. Mais laissons place aux paroles de François Delor, qui se raconte: "En 1991, l'épidémie du sida est incontournable. Engagé comme permanent dans la prévention et l'aide aux malades, l'occasion m'est ainsi donnée d'une rencontre avec le sérieux et le pire. Occasion aussi d'une rencontre avec le politique et début d'un énervement qui ira croissant face à des "discours" et des pratiques qui blessent les personnes les plus vulnérables. (...) C'est ainsi que peu à peu, le traitement social des personnes atteintes, sans aucun doute, mais aussi, et plus progressivement, le discours au sujet des sexualités minoritaires ou stigmatisées se sont inscrits en moi comme véritable souci politique. (...) A partir de ces interrogations au sujet du risque du sida, (...) il était important à mes yeux de resituer ces questions dans le contexte d'aujourd'hui et de développer davantage les liens entre le contexte contemporain et le maintien, voire l'émergence, de fragilités identitaires, de blessures personnelles et de dominations."

Via Arc-en-ciel Wallonie

30/05/2010

Biologie de l'homosexualité: neurobiologie versus anthropologie sur Parlez-moi d'amour

Balthazart_biologie_homosexualite

                                                                   Comme on était tous scotchés devant l'Eurovision de la Chanson, peu d'entre nous auront choisi l'option d'écouter hier soir la discussion entre Jacques Balthazart et Chris Paulis animée par Gabrielle Stefanski sur la RTBF. Neurobiologie versus anthropologie. Voici la présentation qu'en fait la RTBF:

Vices et ... vers ça : 

Les deux théories sur l'homosexualité ne sont pas nouvelles, et chacune a montré ses avantages mais aussi ses écueils.

Paru aux éditions Mardaga en début de cette année 2010 l’ouvrage de Jacques Balthazart " Biologie de l’homosexualité"  relance une fois encore le débat.

Pour le professeur Jacques Balthazart directeur du Groupe de recherches en Neuroendocrinologie du Comportement  à l'Université de Liège, les études scientifiques sont suffisamment nombreuses pour affirmer que " on naît homosexuel, on ne choisit pas de le devenir" .

L'origine de l'homosexualité est davantage à chercher dans la biologie des individus que dans l'attitude de leurs parents ou dans les décisions conscientes des sujets concernés affirme-t-il.

Chris Paulis , anthropologue spécialiste de la sexualité ,chef de travaux à la même Université de Liège  oppose à cette thèse plutôt figée celle de l’évolution et du choix de chacun de son  orientation sexuelle.

 Regards croisés entre science et sciences humaines  

Biologie de l'homosexualité - Jacques Balthazart , éditions Mardaga

Heureusement les avancées de la science nous donnent accès au différé et au podcast de l'émission: cliquer ici  pour écouter le débat.

Au même propos, rappelons la soirée de discussion de lundi soir à l'ULB avec Michel Dorais et Jacques Balthazart sur leurs derniers ouvrages autour du thème:"On ne devient pas homo, on l'inné? L'actualité d'un vieux débat".

 

21/05/2010

'Biologie de l'homosexualité' en débat (2): Tjenbé Rèd & Co/ Professeur Balthazart

L'étude du Professeur Jacques Balthazart (Université de Liège) Biologie de l'homosexualité, a fait débat dans les milieux homosexuels dès avant sa sortie, parfois même sur son seul intitulé. Cette étude a suscité de nombreuses réactions, dont certaines sont extrêmement âpres. Une tribune collective a été publiée par l'assocation Tjenbé Rèd  sous la forme d'un communiqué de presse. Voici ce communiqué, suivi de la réponse du Professeur Balthazart.

La tribune internationale: «Naître ou ne pas naître homosexuel, est-ce la question ?»

À l’occasion de la sixième Journée mondiale de lutte contre les homophobies (lesbophobie, gaiphobie, biphobie, transphobie), Tjenbé Rèd annonce la publication d’une tribune internationale, «Naître ou ne pas naître homosexuel, est-ce la question ?», par vingt-sept actrices et acteurs de la société civile en Afrique, en Amérique latine ou en Europe, dont : Tjenbé Rèd, Africades, le CHÉ (Cercle homosexuel étudiant de l’université libre de Bruxelles), Contact Aquitaine, Couleurs gaies, la FAU (Fédération des associations ultramarines de Midi-Pyrénées), SMUG Ouganda, SASOD Guyana, le Strass, Swissgay.chou Trans Aide, ainsi que Lounès CHIKHI, Martine GROSS, Louis-Georges TIN ou Élisabeth ZUCKER-ROUVILLOIS.
 
Cette tribune collective internationale constitue un «premier retour sur une publication de l’universitaire liégeois Jacques BALTHAZART, laquelle vise à démontrer, dans une démarche parfois parallèle à certaines thèses homophobes voire eugénistes, l’origine prénatale de l’homosexualité».
 
Naître ou ne pas naître homosexuel, est-ce la question?

L’homosexualité est-elle innée ou acquise ? Le 4 février, l’AFP et le journal Le Monde revenaient sur cette vieille lune en se faisant l’écho d’une publication scientifique aux partis pris parfois contestables, intitulée : «Biologie de l’homosexualité - On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être» [1]. L’étude de Jacques Balthazart, professeur à l’université de Liège en Belgique, partirait d’un bon sentiment : démontrer que l’homosexualité ne peut en aucun cas «relever d’un choix ou d’une déviance psychologique». Ce postulat évident depuis longtemps déjà devait encore lui paraître infondé puisqu’il entend le démontrer à nouveau - omettant au passage de nombreux apports des sciences humaines.

L’homosexualité est-elle innée ou acquise ? Le 4 février, l’AFP et le journal Le Monde revenaient sur cette vieille lune en se faisant l’écho d’une publication scientifique aux partis pris parfois contestables, intitulée : «Biologie de l’homosexualité - On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être» [1]. L’étude de Jacques Balthazart, professeur à l’université de Liège en Belgique, partirait d’un bon sentiment : démontrer que l’homosexualité ne peut en aucun cas «relever d’un choix ou d’une déviance psychologique». Ce postulat évident depuis longtemps déjà devait encore lui paraître infondé puisqu’il entend le démontrer à nouveau - omettant au passage de nombreux apports des sciences humaines.

Le chercheur estime d’abord qu’«une partie des facteurs de l’homosexualité est génétique» - bien qu’on puisse lui opposer que la gémellité homozygote (celles des jumeaux au patrimoine génétique identique) ne produit pas systématiquement deux personnes homosexuelles. Sur sa lancée, il avance que «l’autre partie» des facteurs supposés de l’homosexualité (celle qui ferait de sa démonstration un apport majeur au débat scientifique francophone) serait liée à «une réaction immunitaire développée par la mère contre l’embryon de sexe mâle» (les lesbiennes naîtraient-elles d’«embryons de sexe mâle» ?) ainsi qu’à des facteurs hormonaux. 

À suivre le professeur Balthazart (qui évoque des tests réalisés sur l’animal) : «Il est possible de modifier expérimentalement les taux d’hormones auxquels sont exposés les embryons... Et à l’âge adulte on retrouvera des caractéristiques comportementales du sexe opposé bien que les structures morphologiques et génitales de l’animal n’aient pas été modifiées.» Un tel raisonnement ne fonde-t-il pas la distribution des rôles sexués sur des mécanismes biologiques, en écartant les travaux menés en sciences sociales sur la question du genre (des rapports sociaux de sexe) ? Si un garçon préfère jouer avec des Barbie et une fille avec des Action Men, c’est certain, c’est les hormones... N’est-ce pas pourtant une certaine société qui, dès l’enfance, différencie les femmes et les hommes pour leur attribuer des rôles différents à la maturité ? La dînette des filles et la Game Boy des garçons préparent les unes aux travaux domestiques, les autres à l’insertion professionnelle dans un secteur économique porteur (par exemple, l’informatique). 

Comme le rappellent certaines personnes LGBTQI (lesbiennes, gaies, bi, trans, queer & intersexuées), des arguments similaires se retrouvent dans le discours tenu par certainEs endocrinologues ou psychiatres afin de stigmatiser les personnes transsexuelles et transgenres : un mauvais taux d’hormones, un produit donné à la mère (le distilbène est très populaire à cet égard), un mauvais flash hormonal, un trop faible taux de testostérone et «bulli bulla !».  Cette théorie ne véhicule-t-elle pas le préjugé courant selon lequel l’homosexualité serait due à un «excès» de caractéristiques de l’autre sexe ? Bref, ne s’agirait-il pas encore d’un «fumeux amalgame» entre sexe et sexualité ? [2] 

Il est étonnant qu’une presse réputée pour sa rigueur relaie, sans recherche d’arguments contradictoires autres que ceux du Vatican, ce qui ressemble ainsi à une résurgence de l’anthropologie criminelle adaptée à l’orientation sexuelle. 

On peut en effet souligner le lien profond entre l’étude pseudo-scientifique de l’homosexualité et l’anthropologie criminelle. Le XIXème siècle savant et le XXème à sa suite se sont littéralement obsédés à mesurer la longueur des doigts ou le poids des cerveaux pour déterminer le critère-étalon de l’homosexualité, à peu près en même temps qu’ils s’intéressaient à la forme du crâne des criminels (le lien entre les deux étant plus perçu sous l’angle de la continuité voire de la variation que de la différence : le criminel était presque un homosexuel, l’homosexuel déjà un criminel). 

Le même esprit favorisa l’épanouissement d’une médecine coloniale s’affairant pareillement à mesurer la forme des crânes et des nez négroïdes, donnant finalement au terme de«race» un sens biologique qui, tout aussi mal fondé, allait cependant faire fureur [3]. Les scientifiques désœuvrés ont fini par laisser tomber les crânes des justiciables et on leur a retiré celui des indigènes, mais ils n’ont pas renoncé à manipuler les organes et maintenant les glandes des «invertiEs» [4], deux tendances devant alors être relevées : d’une part, le manque de rigueur de certaines théories qui se veulent scientifiques, comme jadis l’astrologie, finit tôt ou tard par les priver de légitimité, sauf en ce qui concerne l’homosexualité sur laquelle il semble perpétuellement légitime d’enquêter (jusqu’à lui faire rendre gorge, peut-être) ; d’autre part, les théories de cette eau s’accumulent sans fin sur les raisons de l’homosexualité mais ne se penchent jamais sur celles de l’hétérosexualité. 

Celle-ci serait intangible, normale, normative et celle-là fugitive, anormale, définitivement pathologique. Une sorte de tradition de présomption irréfragable de légitimité s’inscrirait ainsi dans l’histoire des sciences qui bénéficierait aux recherches portant sur les origines de l’homosexualité mais non à celles traitant des causes de l’hétérosexualité [3]. Ces dernières seraient ontologiquement suspectes de partialité, de manque de rigueur ou - horreur - de militantisme. Questionner l’homosexualité serait éternellement le devoir austère de l’universitaire établi ; interroger ce questionnement relèverait à jamais de la frivolité voire de la pornographie. 

Les bonnes intentions affichées par le professeur Balthazart ne relèvent-elle pas, malgré qu’il en ait, de l’apparence ? Ne continue-t-il pas d’évoquer l’homosexualité comme une marginalité qu’il conviendrait d’interroger, sans se rendre compte que son propos sur le devenir des glandes, s’il était susceptible d’interroger cette orientation sexuelle, serait tout aussi susceptible d’interroger l’hétérosexualité ? (Si l’homosexualité est le fruit du hasard génétique, hormonal ou immunologique, alors l’hétérosexualité n’est-elle pas nécessairement, elle aussi, le fruit du même hasard ?) Écartant ce questionnement, l’universitaire liégeois s’inscrit sans peut-être en avoir conscience dans la tradition précédemment décrite. 

Sa démarche évoque par ailleurs un autre angle mort de la pensée homophobe qui, toute à son entreprise de catégorisation de la personne homosexuelle (absolument autre, absolument différente, hors la culture, littéralement «erreur de la nature»), écarte toute contextualisation de la notion même d’homosexualité, laquelle est pourtant loin d’être universelle mais au contraire variable selon les cultures. Souvent, la bisexualité et la transidentité sont ainsi ignorées ou implicitement réduites à une sorte d’homosexualité inachevée. 

Au-delà de ce débat sur la réversibilité des arguments avancés, leur potentialité eugéniste doit maintenant être soulignée. En Inde ou en Chine par exemple, de nombreux parents en arrivèrent à tuer des fœtus féminins dès qu’il était possible de les identifier, au nom de préjugés sexistes ou de réalités sociales et économiques qui s’y trouvaient attachées. Si demain des tests permettaient de déceler les hypothétiques gênes des différentes formes d’homosexualité, de bisexualité ou de transidentité, quelles seraient les conséquences ? 

La question se pose alors de l’utilité de tels travaux. De nombreux problèmes médicaux, économiques ou sociaux se posent, en Belgique comme ailleurs : les fonds publics investis dans ces recherches le sont-ils de manière pertinente ? Pourquoi aller charcuter des animaux cobayes dans un tel cadre alors que les recherches sur l’animal, discutables d’un point de vue éthique ou médical, devraient être limitées ? La prochaine étape n’est-elle pas, en toute logique et rigueur scientifique, de tester de nouveau ces théories sur l’homme et sur la femme, comme les médecins anglais ont déjà eu loisir de le faire sur Alan Turing ? [5] Finalement, tout cela n’est-il pas basé sur des idéologies homophobes et sexistes vantant un prétendu «ordre symbolique des sexes et des générations» ? [6] 

Pour dire les choses simplement, qu’enfin on nous «lâche les glandes» et que la presse y regarde à deux fois avant de relayer, sans recul critique, des initiatives relevant parfois de la propagande en blouse blanche et participant d’un raisonnement différentialiste [7], où une «marge» est identifiée avant d’être interrogée (jamais le «centre», évidemment) puis séparée voire agressée. Les médecins occidentaux du XIXème siècle diagnostiquaient l’hystérique chez la suffragette, les savants afrikaners testaient l’animal chez le nègre, les médecins français mesurent toujours le corps des personnes transgenres ou transsexuelles. Une partie du discours repris par Monsieur Balthazart interroge l’humanité de la personne homosexuelle. Pour notre part, nous regretterions la persistance de préjugés contraires aux valeurs proclamées notamment dans la Déclaration universelle des droits humains du 10 décembre 1948 [8]. 

(Premier retour sur une publication de l’universitaire liégeois Jacques Balthazart, laquelle vise à démontrer, dans une démarche parfois parallèle à certaines thèses homophobes voire eugénistes, l’origine prénatale de l’homosexualité) 

Par vingt-sept actrices et acteurs de la société civile en Afrique, en Amérique latine ou en Europe dont Tjenbé Rèd, Africades, Contact Aquitaine, Couleurs gaies, la FAU (Fédération des associations ultramarines de Midi-Pyrénées), SMUG Ouganda, SASOD Guyana, le Strass, Swissgay.ch, Trans Aide, Lounès Chikhi, Martine Gross, Louis-Georges Tin ou Élisabeth Zucher-Rouvillois. 

Lundi 26 avril 2010 

Signataires :

Personnes morales :

1°) Tjenbé Rèd (Fédération de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida, France) ;

2°) Africades (Amitié franco-centrafricaine pour le développement économique et social) ;

3°) An Nou Allé (France) ;

4°) Contact Aquitaine (France) ;

5°) Couleurs gaies (Centre LGBT Metz Lorraine-Nord, France) ;

6) Fédération des associations ultramarines de Midi-Pyrénées (FAU, France) ;

7°) SMUG (Sexual minorities Uganda, Ouganda) ;

8°) SASOD (Society against sexual orientation discrimination, Guyana, Amérique latine) ;

9°) Strass (Syndicat du travail sexuel, France) ;

10°) Swissgay.ch (Guide-portail d’info gay, bi et lesbien suisse) ;

11°) Trans Aide (Association nationale transgenre, France) ;

Personnes physiques :

13°) David Auerbach Chiffrin, président de Tjenbé Rèd, porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone, rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009, rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone, membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida), membre du conseil d’administration de la Fédération française LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans) ;

14°) Stéphane Aurousseau, administrateur et ancien président de Couleurs gaies, membre fondateur et ancien administrateur dela Fédération française LGBT ;

15°) Pierre Chevalier, membre de la Pink Cross (Suisse, Genève) ;

16°) Lounès Chighi, chercheur en génétique des populations ;

17°) Martine Gross, ingénieure de recherche en sciences sociales au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), présidente d’honneur de l’APGL (Association des parents gais & lesbiens) ;

18°) Sophie Guichard, assistante polyvalente d’Africades ;

19°) Yves-Olivier Magerl, représentant de Swissgay.ch ;

20°) Frank Mugisha, président de SMUG (Sexual minorities Uganda) ;

21°) Pierrette Parantau, présidente de Contact Aquitaine ;

22°) Delphine Ravise-Giard, secrétaire nationale de Trans Aide ;

23°) Joel Simpson, coprésident de SASOD, Guyana, Amérique latine ;

24°) Thierry Schaffauser, représentant syndical élu du Strass ;

25°) Marie-Ange Thébaud, vice-présidente de la Fédération des associations ultramarines de Midi-Pyrénées (FAU) ;

26°) Louis-Georges Tin, maître de conférence à l’université d’Orléans, enseignant à l’ÉHÉSS (École des hautes études en sciences sociales), président du Comité Idaho (Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie) et d’An Nou Allé ;

27°) Élisabeth Zucker-Rouvillois, membre de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen (LDH) et du Réseau Éducation sans frontières (RÉSF) 

Pièces jointes, notes & annexes

[1] 4 février 2010 - Jacques Balthazart, «Biologie de l’homosexualité - On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être», Wavre (Belgique), éd. Mardaga, 2010, coll. Psy-théories, débats, synthèses - 209 p., 15 x 22 cm, 29 euros http://www.mardaga.be/index.php?page=shop.product_details... [fr]  http://www.tjenbered.fr/2010/20100204-79.pdf [fr]  http://www.tjenbered.fr/2010/20100204-79.jpg [fr]

[1A] 4 février 2010 - Le Monde - Homosexualité innée ou acquise ? Un chercheur relance le débat

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/02/04/l-homose... [fr] http://www.tjenbered.fr/2010/20100204-89.pdf [fr]

[1B] 27 février 2010 - 104 réactions à l’article du Monde paru le 4 février : «Homosexualité innée ou acquise ? Un chercheur relance le débat»

http://www.lemonde.fr/planete/reactions/2010/02/04/l-homo...

[1C] 16 mars 2010 - Université de Liège - Réflexions - «Naît-on homosexuel ?»

http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_25612/nait-on-homosexue...

http://www.tjenbered.fr/2010/20100316-89.pdf

[1D] 5 septembre 2007 - Centre de neurobiologie cellulaire et moléculaire de la faculté de médecine de l’université de Liège - «Publication dans "The Journal of Neuroscience" (Le rôle des œstrogènes dans le cerveau)»

http://www.cncm.ulg.ac.be/fr/news/view/5

http://www.tjenbered.fr/2007/20070905-99.pdf

[1E] 13 juin 2007 - The Journal of Neuroscience - Sexual Behavior Activity Tracks Rapid Changes in Brain Estrogen Concentrations - Mélanie Taziaux, Matthieu Keller, Julie Bakker, and Jacques Balthazart

http://www.jneurosci.org/cgi/content/abstract/27/24/6563?...[en]

http://www.tjenbered.fr/2007/20070613-79.pdf [en]

[1F] 20 janvier 2010 - Gay Kosmopol (Informations et écritures sur les questions gay, lesbiennes et trans, ici et ailleurs) - «Biologie de l’homosexualité, le nouvel ouvrage du Pr Jacques Balthazart, sortira en librairie le 4 février»

http://luclebelge.skynetblogs.be/post/7601800/biologie-de...

[1G] 20 janvier / 10 mars 2010 - Les Toiles roses - «La bibliothèque rose du Père Docu (28) : [Zoom & interview] Jacques Balthazart, Biologie de l’homosexualité : On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être»

http://www.lestoilesroses.net/article-la-bibliotheque-ros...

[2] Divers courriels privés à Tjenbé Rèd du 7 février au 6 avril 2010

[3] Articles «Biologie» (p. 65), «Génétique» (p. 193), «Médecine» (p. 279), «Médecine légale» (p. 280), «Psychiatrie» (p. 350) et «Traitements» (p. 405), par Pierre-Olivier DE BUSSCHER, «Psychanalyse» (p. 344), par Pierre ZAOUI, et «Psychologie» (p. 351), par Roy GILLIS, in «Dictionnaire de l’homophobie», dirigé par Louis-Georges TIN, éd. Presses universitaires de France (première édition, mai 2003)

[4] En France, lors des demandes de changement d’état civil, lors de pseudos «expertises», des médecins se laissent aller à mesurer la pilosité, les attaches de poignets et de chevilles des personnes trans et ce à la demande de procureurEs de la... République ! Cf. article «Transphobie», par Gaëlle KRIKORIAN, in«Dictionnaire de l’homophobie», op. cit. (p. 406)

[5] Articles «Alan Turing», par Pierre-Olivier DE BUSSCHER, in «Dictionnaire de l’homophobie», op. cit. (p. 411), et «Alan Turing» in Wikepédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing [fr]

[6] Articles «Ordre symbolique», par Catherine DESCHAMPS, in «Dictionnaire de l’homophobie», op. cit. (p. 295)

[7] Article «Universalisme/différentialisme», par Dalibor FRIOUX, in «Dictionnaire de l’homophobie», op. cit. (p. 413)

[8] Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948

http://www.un.org/fr/documents/udhr/ [fr]

 

Réponse du Professeur Jacques Balthazart

 

A Monsieur David Auerbach Chiffrin

Président de la Fédération de lutte contre les homophobies, le racisme et le sida

Cher Monsieur,

Je vous remercie de m’avoir transmis votre communiqué de presse à propos de mon livre “Biologie de l’homosexualité: On nait homosexuel, on ne choisit pas de l’être” publié chez Mardaga (Wavre, Belgique) en février 2010 (http://www.mardaga.be/index.php?page=shop.product_details... ). Je suis comme vous pouvez vous y attendre en désaccord avec les positions que vous défendez dans ce communiqué. En particulier, je pense que vous n’avez compris ni le message que je tente de faire passer, ni mes motivations à le faire. J’imagine que votre réaction est largement basée sur d’autres communiqués de presse qui ont été rédigés à propos de mon livre et qui, soit tronquent l’information pour des raisons de concision évidentes, soit la déforment largement. Je vous engage donc vivement à prendre connaissance du document dans son entièreté ce qui je l’espère : 1) vous convaincra du bien fondé de la thèse selon laquelle l’orientation sexuelle (qu’elle soit homo-, bi- ou hétéro-) se détermine de façon principale pendant la période prénatale (avec éventuellement une contribution mineure, mais à ce jour non identifiée, d’influences de l’éducation post-natale) et 2) vous démontrera que ce livre n’a pas été écrit pour alimenter des thèses homophobes ou eugéniques mais, bien au contraire, pour favoriser l’acceptation de l’homosexualité tant par nos sociétés que par les adolescents en recherche qui se découvrent homosexuels et par leurs parents.

J’admets volontiers que l’existence d’un déterminisme prénatal (qu’il soit génétique, hormonal ou immunologique) ouvre éventuellement la porte à des dérives eugéniques. Cependant, d’une part, ce déterminisme prénatal n’est pas une opinion personnelle, c’est la conclusion logique d’un grand nombre d’études scientifiques et les faits restent les faits et doivent prendre le pas sur les opinions, fussent-elles politiquement correctes. D’autre part, il n’est pas nécessaire de comprendre pour persécuter. Les avancées scientifiques sont bien entendu susceptibles de fournir de nouveaux moyens de détection mais l’utilisation qui sera faite des connaissances relève de l’éthique et pas de la recherche (même si les scientifiques doivent à mon avis être impliqués dans les décisions de nature éthique). Toute avancée technique ou scientifique peut conduire à des utilisations néfastes pour l’humanité.  Il suffit de penser à la découverte de la structure de l’atome, fournissant une source énorme d’énergie mais aussi un moyen de construire des bombes destructrices,  ou même de la voiture qui facilite les transports mais est en même temps source de pollution et de morts accidentelles innombrables.

Je ne répondrai pas à toutes les assertions, à mon sens erronées, qui sont reprises dans votre communiqué. Je voudrais cependant rectifier quelques points spécifiques.

…(l’homosexualité ne peut en aucun cas  «relever d’un choix ou d’une déviance psychologique»… Ce postulat évident depuis longtemps déjà devait encore lui paraître infondé puisqu’il entend le démontrer à nouveau. Je suis bien évidement convaincu de ce que  l’homosexualité n’est ni un choix ni une déviance mais cette opinion reste malheureusement très répandue, voire majoritaire dans la population. Elle est de plus défendue par la plupart des religions monothéistes.

…une partie des facteurs de l’homosexualité est génétique… la gémellité homozygote (celles des jumeaux au patrimoine génétique identique) ne produit pas systématiquement deux personnes homosexuelles :  La concordance d’orientation est cependant 5-6 fois plus importante chez les jumeaux homozygotes que chez les hétérozygotes (faux jumeaux). Cette conclusion reproduite de nombreuses fois indique bien une contribution génétique… mais pas un déterminisme absolu, bien entendu.  On parle ici d’un trait phénotypique complexe pas de la couleur des fleurs de petits pois étudiée par Gregor Mendel.

…l’autre partie» des facteurs supposés de l’homosexualité … serait liée à «une réaction immunitaire développée par la mère contre l’embryon de sexe mâle» (les lesbiennes naîtraient-elles d’«embryons de sexe mâle» ?): Ici je ne vois absolument pas le lien logique ?? Il y a mécompréhension totale de l’argumentation qui concerne uniquement l’homosexualité masculine (voir livre pages 240-244).

Un tel raisonnement ne fonde-t-il pas la distribution des rôles sexués sur des mécanismes biologiques, en écartant les travaux menés en sciences sociales sur la question du genre (des rapports sociaux de sexe) ?:  oui bien entendu ! Je soutiens très nettement que la biologie et les hormones en particulier jouent un rôle dans le déterminisme de différentes caractéristiques sexuellement différenciées. Cela ne réfute en rien les travaux des sciences sociales. Tout est interaction entre biologie (génétique, hormones) et éducation. La guerre entre l’inné et l’acquis devrait être terminée depuis plusieurs décades. Elle ne l’est apparemment pas pour certains. Ceci dit, selon le caractère étudié, l’importance relative de l’inné ou de l’acquis est variable. Les données suggèrent très clairement que le rôle sexuel est largement dérivé d’expériences liées à l’éducation mais l’orientation et l’identité sexuelles seraient elles essentiellement déterminées par la biologie prénatale. Vous semblez confondre ces différentes dimensions de la sexualité.

Les commentaires relatifs à « l’étude pseudo-scientifique » de l’homosexualité et ses relations avec l’anthropologie criminelle,  la médecine coloniale, et la phrénologie me semblent tout à fait hors de propos et à la limite injurieux mais je ne m’y attarderai pas.  Par contre la longue tirade consacrée à la curiosité « malsaine » des scientifiques pour l’homosexualité illustre bien la mécompréhension de mon propos. Je m’intéresse  aux déterminismes de l’orientation sexuelle qu’elle soit homo ou hétéro. Je m’interroge tout autant sur les raisons qui font qu’un individu est homosexuel que sur celles qui ont déterminé l’hétérosexualité d’un autre.

Si l’homosexualité est le fruit du hasard génétique, hormonal ou immunologique, alors l’hétérosexualité n’est-elle pas nécessairement, elle aussi, le fruit du même hasard ? A mon sens l’homosexualité est le fruit du déterminisme (pas du hasard) génétique, hormonal et immunologique, mais il en va exactement de même de l’hétérosexualité. La lecture du livre vous le démontrerait très clairement. A nouveau, il n’est donc pas question ici de rechercher l’origine de l’orientation homosexuelle ni de catégoriser la population mais de comprendre le phénomène fondamental qu’est l’orientation sexuelle. D’un point de vue évolutif, il serait très surprenant que le déterminisme de cette caractéristique qui est si cruciale pour la survie d’une espèce (l’orientation hétérosexuelle conditionne dans une large mesure la reproduction) ait été laissé aux aléas de l’éducation post-natale plutôt qu’à un contrôle déterministe par des facteurs biologiques prénataux.

Enfin et de manière à clarifier les choses, l’écriture de ce livre et les résultats scientifiques qui y sont présentés n’ont en rien été subsidiés par des fonds publics belges. Ce livre a été écrit pendant mes temps de loisir (soirées et week-end) sur base de résultats qui sont librement disponibles dans la presse scientifique anglo-saxonne. Les fonds publics investis dans ces recherches sont exclusivement étrangers. Ils ont permis des avancées exceptionnelles dans le domaine de la physiologie de la reproduction, de la biologie des hormones stéroïdes et de leurs implications dans des phénomènes tels que la cancérogenèse, le contrôle de la plasticité neuronale et la compréhension des maladies du système nerveux. Cette recherche biomédicale est amplement justifiée par les progrès enregistrés en clinique dans les années récentes.

Quant à mon livre, il ne propage pas ”la persistance de préjugés contraires aux valeurs proclamées notamment dans la Déclaration universelle des droits humains du 10 décembre 1948” mais il explique aux homosexuels qui veulent l’entendre et à leur entourage que l’orientation sexuelle (quelle qu’elle soit) est le fruit de processus biologiques sur lesquels l’individu a peu de prise consciente. Ce discours est de nature à favoriser l’acceptation des variations dans cette orientation et de nombreux témoignages que j’ai reçus depuis la publication de l’ouvrage me l’ont confirmé.

'Biologie de l'homosexualité' en débat (1) Le regard d'Arc-en-ciel Wallonie/ la réponse du Professeur Balthazart

Balthazart_biologie_homosexualite

                                              Thierry Delaval,  Président d'Arc-en-ciel Wallonie a récemment publié sur le site de cette association un compte-rendu critique de  l'étude du Professeur Jacques Balthazart Biologie de l'homosexualité, un livre qui avait fait débat dans les milieux homosexuels dès avant sa sortie, parfois même sur son seul intitulé.

Biologie de l'homosexualité est publié aux éditions Mardaga, qui vient d'en publier une deuxième édition, le premier tirage ayant en effet été épuisé dès la sortie de l'ouvrage.

L'analyse de Thierry Delaval

postée sur le site Arc-en-ciel Wallonie en date du 25 avril

thierry

En février dernier, Jacques Balthazart, endocrinologue à l'Université de Liège, publiait un livre visant à synthétiser ce que la biologie sait de l'homosexualité (Editions Mardaga 2010).

Une somme très intéressante de recherches essentiellement anglo-saxonnes, peu connues chez nous, mais qui laisse perplexe.

Lorsqu'il étudie l'homosexualité, le biologiste s'attache-t-il d'abord à comprendre de quoi il s'agit ?

Selon Jacques Balthazart, on naît homosexuel, on ne choisit pas de le devenir. L'origine de l'homosexualité est davantage à chercher dans la biologie des individus que dans l'attitude de leurs parents ou dans les décisions conscientes des sujets concernés. L'orientation sexuelle serait sous le contrôle d'un ensemble de facteurs environnmentaux et biologiques, mais ces derniers auraient un rôle déterminant.

Le livre cherche dès lors à présenter la littérature scientifique, très abondante mais presqu'exclusivement anglo-saxonne, qui tend à confirmer l'existence d'une base biologique à l'orientation sexuelle humaine. En synthèse, l'influence serait le fait du milieu hormonal auquel est exposé l'embryon, en association avec des prédispositions génétiques plus ou moins "pénétrantes" (c'est-à-dire la proportion entre le nombre d'individus porteurs d'un caractère génétique et celui chez qui cela se traduira par un comportement correspondant).

Commentaire

Le point de départ du livre est tout-à-fait pertinent. Sa lecture m'a pourtant laissé perplexe sur de nombreux aspects.

Disons tout de suite qu'il contient un grand nombre d'informations extrêmement utiles et intéressantes. C'est d'ailleurs la principale qualité du livre que d'être extrêmement documenté. De plus il donne accès au public francophone à un champ de recherche presqu'exclusivement anglo-saxon. Il y a pourtant des lacunes, notamment concernant le règne animal. La seule homosexualité "spontanée" à ce niveau concerne les moutons ! C'est un peu court.

Par contre la structure du raisonnement est très lacunaire. Deux exemples.

Premièrement, Balthazart fait sien le principe de continuum entre homosexualité et hétérosexualité (échelle de Kinsey notamment), mais il ne s'en sert nulle part pour interpréter les résultats des recherches biologiques qu'il expose. Toutes les expériences qu'il cite sont construites sur l'opposition homo/hétéro. Parallèlement, il a l'honnêteté d'exposer en début d'ouvrage que l'attirance sexuelle est le résultat de diverses dimensions dont toutes ne sont pas observables par la biologie et les neuro-sciences. Mais dans la suite du bouquin, il réfute systématiquement toute autre source d'observation (psychologie et psychanalyse essentiellement). En fait, l'objet même de ce bouquin tend à varier au fil des chapitres. C'est une incohérence majeure de l'ouvrage dont l'auteur ne semble pas être conscient.

Deuxièmement, Si encore une fois il y a un grand intérêt dans les recherches exposées avec rigueur, je trouve que Balthazart surinterprète les résultats en faveur de la démonstration biologique. Il estime en effet que les éléments d'explication, s'ils sont parcellaires et doivent encore être approfondis, plaident tout de même pour une plus grande solidité de cette explication par rapport aux autres, alors même qu'aucune des recherches mentionnées ne peut expliquer plus de 50% des situations.

Ce que cette somme des recherches menées sur plus de 50 ans tend dès lors à mettre en évidence, c'est la pauvreté des résultats probants. La limite de la biologie est notamment qu'elle ne s'intéresse qu'à la fonction reproductive de la sexualité, ce qui revient finalement à se mettre deux fois en porte à faux avec le principe de continuum : homo vs hétéro et efficacité reproductive ou non.

Il y a toutefois des éléments rassurants.

A ceux qui s'inquiéteraient de possibles dérives eugénistes si l'on venait à découvrir le gène de l'homosexualité, ce livre apporte un démenti catégorique. Si une démonstration devait être faite un jour de son déterminisme biologique, elle serait forcément multi-causale : à la fois génétique, chromosomique, hormonale, congénitale... sans complètement exclure les influences environnementales.

Par ailleurs, même si les hypothèses fondamentales des recherches biologiques sont encore trop influencées par une vision fort peu nuancée de l'homosexualité (on souhaiterait que cette science s'intéresse davantage au phénotype qu'elle étudie), elles plaident fortement en faveur d'une objectivation déculpabilisante basée à la fois sur la variabilité naturelle et l'absence de choix.

La réponse du  Professeur Jacques Balthazart

jacques

Liège le 20 mai 2010

      Cher Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de vos commentaires sur mon livre “Biologie de l’homosexualité: On nait homosexuel, on ne choisit pas de l’être” (Mardaga, Wavre, février 2010 ) publiés sur le site  http://www.arcenciel-wallonie.be. Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre appréciation en général positive de cet ouvrage. Par ailleurs pour répondre à vos objections et enrichir le débat, je me permets de vous communiquer quelques informations complémentaires qui pourraient intéresser vos lecteurs.

-Je souscris personnellement à  la notion de continuité entre hétéro- et homo-sexualité  avec différents niveaux intermédiaires comme décrit originellement dans les travaux d'Alfred Kinsey.  Je suis intéressé par la compréhension de l'orientation sexuelle en tant que telle et ne me focalise pas spécifiquement sur l'homosexualité, comme cela m'a été reproché sur différents blogs. Malheureusement, la recherche sur les déterminismes de l'homosexualité s'est, pour des raisons pragmatiques assez évidentes, focalisée sur les extrêmes et n'a fait que comparer, à quelques exceptions près, des individus strictement hétéro- à des individus strictement homo-sexuels. Même en se focalisant sur les extrêmes, il est très difficile d'atteindre des conclusions significatives. Cela explique pourquoi dans le reste de mon livre je ne mentionne que des résultats concernant ces extrêmes. C'est l'état actuel de la recherche qui le veut et je le déplore comme vous. J'aurais peut–être dû ajouter une note explicative à ce sujet.

-Je suis d'accord avec vous sur le fait que mon livre se focalise et fait la part belle aux explications biologiques de l'orientation sexuelle. Mon but était en écrivant cet ouvrage de rétablir une balance donnant un poids raisonnable aux explications biologiques alors que seules des explications dérivées des théories freudiennes, constructivistes ou behavioristes se retrouvent habituellement dans les publications en langue française. Comme je le mentionne à plusieurs reprises dans l'ouvrage, je ne rejette cependant pas en bloc les explications de type psychologique. Je pense simplement qu'elles ont à ce jour apporté moins d'arguments concluants. La recherche devrait continuer en ce sens également.

-Enfin, comme vous le relevez de façon correcte, tous les mécanismes biologiques, qu'ils soient hormonaux, génétiques ou immunologiques ne semblent expliquer au mieux qu'une partie des cas d'orientation homosexuelle (50 % dans les meilleurs cas). J'en suis tout à fait conscient: on est ici face au problème du verre à moitié vide ou à moitié plein. Devons-nous croire que des recherches plus approfondies conduiront à des données plus convaincantes expliquant une plus grande partie des faits d'observation ou au contraire que l'explication biologique a atteint son niveau maximal et que d'autres mécanismes non identifiés devront être découverts? Je pense personnellement que la combinaison des différents types de mécanismes biologiques détermine de façon prénatale des prédispositions très fortes à l'homo- ou hétérosexualité qui se révéleront de façon post-natale à condition qu'un environnement permissif (à identifier) soit présent. Cette conclusion reste cependant provisoire. J'en discute avec pas mal de détails dans la section finale du livre.

Toutes ces considérations mises à part, il n'en reste pas moins que  la partie expliquée de l'orientation homosexuelle l'est à ce jour par des mécanismes de nature biologique agissant de façon prénatale. Seul l'avenir nous dira jusqu'où ce type d'explication pourra nous conduire. Dans l'état actuel des connaissances, cette constatation devrait être de nature à faciliter l'acceptation de l'homosexualité par les personnes concernées et leur entourage. J'espère que ces quelques mots d'explication vous permettront de mieux comprendre le message que je désirais transmettre en écrivant cet ouvrage. Je serais heureux que vous fassiez part de ces quelques remarques à vos lecteurs. 

Cordialement 

Jacques Balthazart

20/05/2010

Conférence-débat Balthazart-Dorais à l'ULB le 31 mai: On ne devient pas homo, on l'inné

Le livre du Professeur  Jacques Balthazart Biologie de l'homosexualité continue de faire débat sinon polémique. L'Atelier Genre(s) et Sexualité(s) de la faculté de sociologie de l'ULB réunit deux personnalités de premier plan pour une conférence-débat: le neuro-biologiste Jacques Balthazart et le professeur Michel Dorais, l'auteur canadien d'une quinzaine d'ouvrages, dont le désormais célèbre Mort ou fif et plus récemment du Petit traité de l'érotisme. A partir de leurs ouvrages récents, Michel Dorais et Jacques Balthazart discuteront avec le public autour des implications (potentialités et écueils) de la mise en politique des arguments biologiques concernant l'homosexualité. Une soirée qui promet un débat passionant.

balthazart

19/05/2010

Ouvriers et homosexuels, un CP du Centre pour l'égalité des chances

COMMUNIQUE DE PRESSE
Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme
17  mai 2010
 
Ouvriers et homosexuels
Etude exploratoire à l'occasion de la journée nationale de lutte contre l’homophobie
 
Près d'un quart des signalements relatifs à l’orientation sexuelle enregistrés au Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme concernent le monde du travail. Pour mieux appréhender ce phénomène, le Centre avait commandité, en 2008, une première étude à l'Université de Gand. L'enquête avait permis de mettre en avant les expériences négatives vécues sur le lieu de travail et les stratégies mises en place par les personnes homosexuelles pour les éviter. Toutefois, le groupe de répondants de cette première recherche était majoritairement composé de personnes ayant des formations de niveau supérieur, alors que l'enquête semblait indiquer que les travailleurs peu qualifiés étaient davantage exposés à une homophobie explicite.
 
Le Centre a dès lors chargé l’Université de Louvain (HIVA) de mener une nouvelle recherche exploratoire spécifiquement centrée sur les gays et les lesbiennes qui occupent des fonctions ouvrières, techniques et manuelles. Il s'agit de la première étude portant sur cette question en Belgique. A l'occasion de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie 2010, le Centre en livre les principaux résultats.
 
Cette étude qui se base sur 23 entretiens approfondis menés avec des personnes répondant au profil « ouvrier » ainsi que sur des entretiens avec des acteurs du monde du travail et d’associations de lesbigays nous apprend notamment que :
 
-si les situations de discrimination liées à l’orientation sexuelle et de harcèlement sur le lieu de travail ne sont pas propres au groupe social au cœur de cette étude, les cas de discriminations et de harcèlements relatés traduisent pour la plupart un caractère explicite et une violence, symbolique et verbale, particulièrement forte. Ce constat est préoccupant parce qu’il peut traduire une homophobie "tolérée" et décomplexée dans certains environnements de travail;
 
-dans une culture professionnelle collective qui valorise la virilité, les hommes mettent en œuvre des stratégies que l’on peut qualifier de surmasculinisation. Ainsi les répondants tendent à adopter un comportement visant à ce que leurs « qualités d’homme » ne puissent pas être remises en question (notamment en faisant « plus qu’il ne faut »);
 
-sur le lieu de travail, les répondants sont très fréquemment confrontés à des allusions, réflexions, blagues en rapport avec leur orientation homosexuelle, reflétant les stéréotypes les plus communs sur les personnes homosexuelles : les hommes efféminés, les femmes masculines, l’hypersexualité, la vie privée dissolue, le SIDA, etc;
 
-les répondants mettent en œuvre des "stratégies de vigilance" pour contrer les situations où, de manière directe ou indirecte, leur orientation sexuelle fait l'objet de réflexions discriminantes. Si ces situations affectent relativement peu la plupart des répondants, elles peuvent entraîner dépressions et phobies chez certains. Par ailleurs, leur répétition et leur caractère parfois mal intentionné, voire agressif, peuvent engendrer un réel mal-être au travail;
 
-les associations de gays et de lesbiennes et les acteurs du monde du travail ne semblent pas particulièrement conscients des problèmes particuliers que les lesbigays ouvriers pourraient rencontrer sur le lieu de travail en raison de parcours et de caractéristiques individuelles et sociales qui leurs sont propres.
 
 
Annexes:
- "Situations au travail des personnes homosexuelles exerçant une fonction manuelle, technique ou ouvrière  - Etude exploratoire"
- Synthèse de l'étude (Cliquer ici et ici pour lire les pièces jointes.)

Plus d'infos?
Nadine Brauns, Presse et Communication (FR): 02 212 3015 (gsm: 0475 3333 89)
Eef Peeters, Pers en Communicatie (NL): 02/212 30 05 (gsm: 0498 77 10 46)

 

Homosexualité: mais qu'est-ce qu'ils veulent encore? L'article de GAËL

dispa

Un article écrit par la journaliste Marie-Françoise DISPA paru dans la revue GAËL du mois de mai 2010, et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure. Le choix du mois de mai n'est pas innocent: GAËL a voulu coïncider avec la Journée internationale contre l'homophobie, célébrée le 17 mai. Les lecteurs belges devraient encore pouvoir se procurer un exemplaire du magazine chez leur 'libraire' préféré.

Pour les lecteurs francophones et non belges: GAËL est un mensuel féminin belgo-belge, qui tire à 72000 exemplaires, mais dont l'audience moyenne est estimée par le CIM - (Centre d'Information sur les Médias)  à 365 000 lecteurs.

Profil du lectorat de GAËL:
20,5% d'hommes; 79,5% de femmes. 34,6% dans la tranche de 15 à 34 ans. 38,8% dans les 35-54 ans. 26,6% au-dessus de 55 ans.

Homosexualité

Mais qu’est-ce qu’ils veulent encore? 

Mariage, adoption, loi anti-discrimination… Dans la communauté LGBT* européenne, les homosexuels belges sont généralement considérés comme privilégiés. Pourtant, certaines manifestations de la Semaine Arc-en-Ciel, organisée du 7 au 15 mai, avec la Gay Pride comme point d’orgue, sont plus revendicatives que folkloriques. Mais qu’est-ce qu’ils veulent encore?    

Marie-Françoise Dispa 

Jacques Balthazart n’est pas revenu de sa surprise. Son livre Biologie de l’homosexualité (voir encadré), publié au tirage modeste de 1500 exemplaires, a connu une deuxième édition dans les jours qui ont suivi sa sortie. Un succès aussi rapide qu’inattendu, que cet ouvrage “écrit pour des raisons scientifiques pures” doit à un blog, Gay Kosmopol, qui a fait sa publicité aux quatre coins du monde gay francophone. “Il prouve scientifiquement qu’aucun être humain n’est responsable de son orientation sexuelle, s’enthousiasme le bloggeur, (...). Ce qui signifie qu’en la matière, culpabilité et culpabilisation sont totalement hors de propos, que ni les parents ni les jeunes qui découvrent leur homosexualité ne sont responsables de cet état de fait, et qu’enfin toute stigmatisation de l’homosexualité par la société ou par les instances religieuses relève de l’obscurantisme.” Et d’ajouter “pour ses lecteurs belges”: “Il va de soi que ce livre bat totalement en brêche les propos pseudo-scientifiques du Primat de Belgique, qui appuie sa vision de l’homosexualité, une anormalité dans le développement de la personne, sur la théorie freudienne! 

Débaptême

Croyants ou non, les homosexuels ne cachent pas leur irritation et/ou leur amertume devant la position radicale de l’Eglise catholique à leur égard. Car, contrairement à d’autres Eglises chrétiennes — la Suède, par exemple, compte depuis 2009 une évêque protestante ouvertement homosexuelle, Eva Brunne, 55 ans, qui élève un enfant de trois ans avec sa compagne et qui a choisi comme devise une phrase de Saint Jacques: “Ne faites pas de différence entre les personnes” — l’Eglise catholique est tout sauf homophile. Certains homosexuels catholiques, estimant qu’après les récents scandales pédophiles, l’Eglise ferait mieux de balayer devant sa porte, ont d’ailleurs déjà introduit une demande officielle de débaptême. Les autres s’efforcent de changer l’institution de l’intérieur, avec l’aide de prêtres progressistes comme José Davin, auteur de Gays et lesbiennes: humanité, amour et spiritualité (Editions Saint Augustin, 2009), qui n’hésite pas à bénir des unions homosexuelles, et qui a habilement démonté le bref passage de l’Epître aux Romains de Saint Paul sur lequel l’Eglise base sa condamnation des actes homosexuels. “Paul y parle de femmes et d'hommes qui ont échangé des “rapports naturels” pour des “rapports contre nature”. Mais il s’agit évidemment d'hétérosexuels. Car, pour un homosexuel, homme ou femme, aimer quelqu’un du même sexe, c’est suivre sa nature! Quant à respecter la continence, est-ce possible, est-ce même évangélique? Jésus nous demande d’aimer, de chercher à faire grandir l’amour sur la terre, et je pense qu’il ne s’attarde pas à ce qui se passe dans les chambres à coucher! 

Mauvaise conduite

Paroles d’ouverture qui ne suffisent pas à rassurer la communauté LGBT, comme en témoigne Judith Silberfeld, rédactrice en chef de Yagg (www.yagg.com), site d’information à destination des gays et lesbiennes francophones. “En février dernier, les participants à un kiss-in organisé à Paris, à l’occasion de la Saint-Valentin, sur le parvis de Notre-Dame ont été passés à tabac par des extrémistes catholiques scandant “Habemus papam” (nous avons un pape). Pourtant, il n’y avait aucune provocation dans le choix de la cathédrale. Les organisateurs, qui ne sont pas des activistes homosexuels, mais des étudiants, y voyaient tout bêtement un des endroits les plus touristiques et les plus romantiques de Paris!” Et les autres religions ne sont pas en reste. Récemment, lors d’un débat sur le plateau de Controverse, à RTL-TVI, Albert Guigui, grand rabbin de Bruxelles, a déclaré “Nous condamnons l’homosexualité, mais nous comprenons les homosexuels”, Mohamed Fatha-Allah, imam et professeur de religion islamique, ajoutant que “même la pensée freudienne considère l’homosexualité comme une perversion”. Et, pour ceux qui voudraient chercher refuge dans le bouddhisme, le Dalaï-Lama lui-même affirmait dès 2007, en réponse à un journaliste du Point: “L’homosexualité fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons “une mauvaise conduite sexuelle”. Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l’élément masculin et l’élément féminin, et tout ce qui en dévie n’est pas acceptable d’un point de vue bouddhiste”. 

Le Baiser de la Lune

Cette désapprobation des religions pèse sur l’ensemble de la société, encourageant, même dans la laïcité, des réactions de méfiance irrationnelle à l’égard de l’homosexualité. “Et cela dès les premières années d’école, déplore Judith Silberfeld. En France, le court-métrage d’animation “Le Baiser de la Lune” (www.le-baiser-de-la-lune.fr), destiné à aborder les relations amoureuses entre personnes du même sexe avec les enfants du cours moyen 1ère et 2e années, donc les 9-11 ans, vient de provoquer un véritable scandale, les associations familiales allant jusqu’à saisir le ministère de l’éducation. Tout ça pour un dessin animé qui raconte, avec beaucoup de poésie, l’histoire de deux garçons poissons amoureux l’un de l’autre!” Chez nous, l’excellente brochure Combattre l’homophobie - Pour une école ouverte à la diversité, rédigée en 2008 à l’initiative du Gouvernement de la Communauté française, est aujourd’hui épuisée. Et, bien qu’elle soit encore disponible en ligne (notamment sur le site www.homoedu.com, sous “Guides autres”), “rien n’indique qu’il y ait une volonté politique de la réimprimer, regrette David Paternotte, coresponsable de l’Atelier Genre(s) et Sexualité(s) de l’Institut de Sociologie de l’ULB. De plus, elle n’a pas été évaluée, de sorte qu’on ne sait même pas dans quelle mesure elle a effectivement été utilisée dans les écoles. Pourtant, c’est dès l’enseignement primaire qu’il faut taper sur le clou de l’homophobie. D’autant qu’une enquête flamande, réalisée il y a deux ans, a montré que, dans leur grande majorité, les jeunes considèrent l’homosexualité comme “anormale” et n’acceptent les homosexuels que s’ils ne sont pas visibles… 

Coming-out

Pas étonnant que les adolescents homosexuels aient encore tant de mal à faire leur coming-out! En Belgique, il y a deux fois plus d’idées suicidaires et quatre fois plus de passages à l’acte chez les jeunes attirés par des partenaires de même sexe que chez les jeunes hétéros. C’est pour eux que l’enseignante suisse Elisabeth Thorens-Gaud (www.thorens-gaud.com), interpellée par le désarroi de certains de ses élèves, a écrit Adolescents homosexuels, des préjugés à l’acceptation (Editions Favre, 2009). Directrice de l’association Mosaic-Info (www.mosaic-info.ch), qu’elle a fondée dans la foulée, elle ne condamne pas les parents, — “Il faut les comprendre: le ciel leur tombe sur la tête!”, — mais elle tente de les aider dans leur cheminement vers l’acceptation, “parce que, s’ils ne sont pas soutenus par leur famille, ces jeunes sont vraiment à risque. Ils se sentent seuls, exclus, anormaux, et ils ont l’impression que personne ne leur tend la perche… Et pourtant, la plupart ne sont pas en colère. Au contraire, ils sont pleins de compassion à l’égard de leurs parents!” Quant aux enseignants, ils ne sont pas suffisamment sensibilisés au problème: “Plusieurs de mes collègues m’ont dit qu’ils avaient eu un déclic en lisant mon livre, qu’ils s’efforçaient maintenant de se mettre à la place de leurs élèves homosexuels”. 

Casse-toi!

Le déclic, Jean-Marie Périer, le célèbre photographe de Salut les Copains, qui a côtoyé tous les artistes des années soixante, l’a eu un beau matin, dans l’Aveyron, “où mes journées commencent par la lecture de la presse au café de la place du village”. “Ce jour-là, je lis dans un quotidien un article consacré à une association de Montpellier, Le Refuge. Il est intitulé “Chassés par leur famille, de jeunes gays se retrouvent à la rue”. Ça m’a effaré! Pour moi, être homosexuel, c’est comme avoir les yeux bleus: on ne vire pas son gosse parce qu’il a les yeux bleus!” Son livre Casse-toi! (Oh Editions, 2010) leur donne la parole. Ponctué de témoignages bouleversants, — “Je suis resté presque trois mois à la rue. Au début, j’étais complètement paumé, je ne mangeais pas, je dormais dehors, sur un banc… J’ai commencé à faire le trottoir parce que j’avais besoin d’argent, une question de survie, quoi. Et après, je l’ai fait parce que j’aimais ça. Quand on touche à l’argent facile, on oublie très vite l’estime de soi…”, — il suscite l’incrédulité. “Pourtant, c’est une réalité chez nous aussi, confirme David Paternotte. L’exclusion, le suicide. L’an dernier, le meilleur ami de ma soeur, qui allait avoir 18 ans, s’est suicidé à cause de son orientation sexuelle et des problèmes qu’il avait avec sa famille… Ce qu’il faudrait, c’est changer la représentation, ne plus accepter seulement des individus homosexuels au cas par cas, mais admettre l’homosexualité elle-même, comme une simple variante de la sexualité. 

Tout ou presque

Bien sûr, “du point de vue de la législation, on est très gâtés en Belgique, reconnaît Jochen van der Worp, coordinateur de la Maison Arc-en-ciel (www.rainbowhouse.be), qui est la fédération des associations LGBT à Bruxelles. La loi du 13 février 2003 nous a ouvert le mariage, et celle du 18 mai 2006 l’adoption. Bref, on a presque tout ce qu’on veut!Presque, car les complexités du droit de la famille sont telles que, dans les couples de lesbiennes, “une seule est reconnue comme la mère de droit, explique David Paternotte. L’autre, sa compagne, même s’il n’y a pas de père en jeu, par exemple dans le cas d’une insémination artificielle, doit passer par un processus d’adoption normal pour que son lien avec l’enfant soit officialisé”. Presque, car, “à ma connaissance, aucun couple d’homosexuels n’a encore réussi à adopter: des enfants belges, il y en a peu, et nombre de pays étrangers refusent que leurs enfants soient confiés à des couples de même sexe!Presque, car, pour des raisons de santé publique, les homosexuels masculins sont toujours exclus du don de sang, alors que “l’important, c’est le nombre de partenaires, le type de pratique, et pas le fait de coucher avec un homme ou avec une femme”. Presque, car l’homophobie est toujours là, même si elle a changé de visage. 

Politiquement correct

Le politiquement correct veut que tout le monde dise: “Pas du tout! Je n’ai rien contre les homosexuels, j’ai des amis homosexuels…” remarque Jochen van der Worp. Mais, en fait, les discriminations n’ont pas disparu. Elles ont simplement pris une tournure plus subtile.” Impression confirmée par la sociologue Inès de Biolley, chargée de recherches à Cap Sciences Humaines à l’UCL, qui a mené, à la demande des autorités, une étude sur l’homophobie dans la fonction publique. “Il y a des pourcentages qui interpellent, souligne-t-elle. A la question: “Pensez-vous qu’au sein de votre milieu professionnel, une personne qui dévoile son homosexualité porte préjudice à sa carrière?”, 69% répondent par l’affirmative. “Entendez-vous des blagues sur les homosexuels?” Oui dans un cas sur deux, une personne sur six déclarant que ces blagues lui ont été adressées. Un répondant sur trois a déjà entendu des mots péjoratifs, et un lesbi-gay sur dix a été victime d’une insulte… Mais je suis surtout frappée par l’omniprésence de ce que j’appellerais l’homophobie moderne, celle qui se résume par de petites phrases comme “les homosexuels en veulent toujours plus”, “ils n’ont plus de problème, mais ils s’en inventent pour qu’on parle d’eux”, etc. Et je constate également que, dans le monde du travail, les lesbiennes sont doublement discriminées: comme femmes et comme homosexuelles. 

Fin de carrière

La lesbophobie, Irène Kaufer (irenekaufer.zeblog.com), militante syndicaliste et féministe, qui enseigne l’autodéfense aux femmes dans le cadre de l’asbl Garance (www.garance.be), connaît bien. “Dans la vie quotidienne, habiter ensemble sans susciter la réprobation est probablement plus facile pour deux femmes que pour deux hommes, reconnaît-elle. Les lesbiennes sont beaucoup moins visibles que les gays. Mais, dans l’entreprise, elles se retrouvent vite en butte au harcèlement moral. Et, quand une lesbienne est confrontée à la violence, cette violence est souvent extrême. Il y a eu et il y a encore pas mal de viols de lesbiennes par des hommes qui prétendent leur montrer ce que c’est qu’un vrai mec!” En politique, les homosexuels masculins commencent à avoir le vent en poupe. “A commencer par Elio di Rupo, à qui la révélation de son homosexualité ne semble pas avoir enlevé de voix. Par contre, une des rares femmes politiques à avoir avoué franchement son homosexualité, la Française Françoise Gaspard, a vu sa carrière politique stoppée net! Solidaires avec les féministes comme avec les gays, les lesbiennes ne sont pas toujours payées de retour. Même dans la Gay Pride, où le côté spectaculaire et provocateur cher aux gays déplaît souverainement à beaucoup de lesbiennes. 

Nous sommes comme vous!

De la Gay Pride, d’ailleurs, on peut se demander si elle sert vraiment la cause des homosexuels? Beaucoup d’hétéros la citent parmi les aspects de l’homosexualité  qu’ils ont le plus de mal à supporter. Et pas mal d’homosexuels sont de leur avis. “Personnellement, note Irène Kaufer, j’ai participé aux premières gay prides, au temps où nous étions une centaine au plus dans des quartiers bruxellois déserts. C’est l’outrance de certains gays qui a attiré l’attention sur nous — et, du coup, sur la problématique de l’homosexualité en général. Leurs extravagances peuvent choquer, mais, contrairement à ce que croient certains hétéros, elles ne visent pas à souligner la différence des homosexuels par rapport au reste de la société. Le message est plutôt: “Nous sommes comme tout le monde, mais vous, hétéros, vous refusez de l’admettre, vous êtes bourrés de préjugés à notre égard. Dans la Gay Pride, nous caricaturons ces préjugés, afin de vous obliger à les regarder en face…” Les organisateurs de la Gay Pride, qui sont la Maison Arc-en-ciel et ses homologues flamande et wallonne, n’en réfléchissent pas moins à la formule de cette manifestation. “Il y a tant de pays où les homosexuels sont encore persécutés, voire exécutés, à cause de leur sexualité, remarque Jochen van der Worp. La Pride ne devrait-elle pas faire le tour de leurs ambassades? La question est posée. Cette année, tout en gardant le côté carnavalesque qui plaît à la Région bruxelloise, nous allons surtout essayer de montrer la diversité de notre communauté.” Même si lui-même avoue ne pas aimer ce terme de “communauté”, “qui donne une impression d’enfermement. Mais, dans l’état actuel des choses, la communauté reste indispensable à l’expression de nos revendications”. 

Regard

Des revendications? Mais qu’est-ce qu’ils veulent encore? “Que les mentalités suivent la loi, résume Jochen van der Worp. Que le regard des autres change. Qu’à terme, nous n’ayons plus besoin de nous accrocher à une communauté, parce que la société dans son ensemble nous acceptera tels que nous sommes. Est-ce réaliste? Peut-être pas. Mais on peut rêver…”   

* Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels. 

[Encadré 1]

Jacques Balthazart: “On naît homosexuel”

L’homosexualité n’est pas un libre choix de vie, mais le résultat d’une interaction entre facteurs génétiques et hormonaux embryonnaires. Autrement dit, à la naissance, tout ou presque est joué. C’est la conclusion du Professeur Jacques Balthazart, qui dirige le Groupe de Recherches en Neuroendocrinologie du Comportement (GIGA-Neurosciences) à l’Université de Liège.  

“Je n’ai rien inventé!” affirme Jacques Balthazart. Dans son livre Biologie de l’homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être (Editions Mardaga, 2010), il s’est contenté de passer en revue les nombreuses études réalisées sur ce thème dans le monde anglo-saxon. Pour lui, aucun doute: “On naît avec la prédisposition à être homosexuel”. 

Vous n’êtes pas homosexuel. Pourquoi écrire un livre sur l’homosexualité?

Parce que j’en avais assez d’entendre raconter des âneries à propos des théories freudiennes ou constructivistes, selon lesquelles l’homosexualité résulte d’interactions postnatales avec le milieu familial, socioculturel et éducatif, alors que, selon toute apparence, — et ça fait quand même quarante ans que j’étudie les hormones et les comportements, — ce sont des facteurs biologiques prénataux qui sont déterminants. Dans le monde anglophone, le rôle de la biologie est admis depuis longtemps. Mais les Latins ne supportent pas qu’on attribue, même en partie, l’orientation sexuelle à la biologie. Ils préfèrent incriminer l’attitude des parents, en particulier de la mère, ou le comportement de l’enfant en croissance, ce qui revient à culpabiliser les homosexuels et leurs familles sans aucune raison objective, puisque les seules données dont nous disposons sont biologiques. 

Elles ne constituent cependant pas une preuve absolue?

Pour obtenir cette preuve, il faudrait manipuler des embryons humains, ce qui est évidemment hors de question. Comme toujours en médecine, on se base donc sur l’expérimentation animale, et puis on analyse des cas cliniques, pour voir s’ils s’expliquent par des principes dérivés de l’expérimentation animale. Or, toutes les études prouvent que, chez les animaux, le comportement sexuel est contrôlé par une zone du cerveau appelée “aire préoptique”, qui se situe à l’avant du croisement des deux nerfs optiques. On a notamment découvert, chez une population de moutons américains où il y a 10% de mâles homosexuels stricts, que le noyau de cette aire préoptique, normalement plus volumineux chez le mâle que chez la femelle, a une taille “féminine” chez le mâle homosexuel. Et il en va de même chez l’être humain: l’examen de cerveaux d’homosexuels, légués par leurs propriétaires à des banques de cerveaux, l’a confirmé. 

Et cette différenciation se produit avant la naissance?

Il faut savoir que les structures génitales, le pénis et la vulve, se développent, sous l’action des hormones sexuelles, pendant les deux ou trois premiers mois de la vie embryonnaire. Si les structures génitales d’un homosexuel mâle sont parfaitement formées, c’est que son milieu hormonal était “normal” au troisième mois de grossesse. En principe, les structures cérébrales doivent suivre le mouvement. Mais si, par la suite, — vraisemblablement pendant le troisième trimestre de gestation, — les hormones sexuelles, en l’occurrence la testostérone, ne sont plus sécrétées ou n’agissent plus, pour des raisons qui peuvent être génétiques ou environnementales, le noyau de l’aire préoptique ne grossit pas, et il se produit une discordance entre le sexe génital et le comportement sexuel. 

On pourrait donc écarter tout risque qu’un embryon devienne homosexuel en lui injectant, pendant les derniers mois de grossesse, les hormones correspondant à son sexe anatomique, visible à l’échographie?

En théorie, oui. Chez le rat, d’ailleurs, les chercheurs sont parvenus à inverser les préférences sexuelles en traitant les embryons ou les nouveau-nés avec des hormones. Ainsi, un rat femelle qui a reçu de l’oestradiol avant sa naissance ne s’intéressera sexuellement qu’aux femelles. Mais, à tous ceux qui m’ont écrit, depuis la publication de mon livre, pour m’exprimer leur crainte de l’eugénisme, je tiens à préciser que le but de la science en général et de cet ouvrage en particulier n’est pas d’identifier les mécanismes biologiques qui régissent l’émergence de la sexualité en vue de contrôler cet aspect de la sexualité humaine. L’objectif est de comprendre, tout simplement. Et, pour les homosexuels comme pour leurs parents, cette compréhension peut être déculpabilisante et éviter beaucoup de souffrance. L’homosexualité est comme la taille ou la couleur des cheveux ou des yeux: une différence biologique. Tout ostracisme social ou religieux envers les homosexuels est donc absurde, et ils devraient pouvoir vivre leur vie en accord avec leur nature, sans culpabilité ni discrimination.             

[Encadré 2]

Homoparentalité:  l’enfant d’abord?

Quand on s’aime, quoi de plus naturel que le désir d’enfant? Mais, lorsqu’on est du même sexe, c’est plus facile à dire qu’à faire. 

En Belgique, lorsque le droit à  l’adoption, reconnu aux couples de même sexe par la loi du 18 mai 2006, ne peut pas être appliqué faute d’enfants à adopter, il existe d’autres solutions. Depuis longtemps, les services de procréation médicalement assistée de certains hôpitaux sont ouverts aux couples de lesbiennes. Les gays, pour leur part, peuvent avoir recours à une mère porteuse: la gestation pour autrui n’est pas illégale. Mais, comme elle n’est pas formellement autorisée non plus, si le résultat n’est pas conforme à leurs désirs, — la mère biologique décidant finalement de garder son enfant, par exemple, — ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. 

Tiers exclu

Troisième méthode: un couple gay décide de faire un enfant avec un couple de lesbiennes, explique David Paternotte. A quatre parents: les deux parents biologiques, plus les partenaires. Le problème, c’est que deux seulement sur les quatre — les deux parents biologiques — auront une relation juridique avec l’enfant. Les partenaires, bien qu’impliqués dans le projet parental, n’ont pas d’existence officielle dans sa vie.” Il n’en reste pas moins qu’en matière d’homoparentalité, dans notre pays, qui veut peut. L’enfant y trouve-t-il son compte? Pour le psychanalyste français Jean-Pierre Winter, auteur d’Homoparenté, la réponse est non. “Dans ma clinique, j’ai de plus en plus souvent affaire à des enfants en grande difficultés scolaires, incapables de mémoriser ce qu’on leur enseigne, parce que sans repères leur permettant de se situer dans leur histoire familiale.” A ses yeux, “les femmes qui décident entre elles d’avoir un enfant sans père ou les hommes qui décident entre eux d’avoir un enfant sans parler de mère” l’élèvent “dans la dimension du tiers exclu”. “Cette “évolution” est pourtant censée se faire au nom de l’élargissement de la famille traditionnelle, dont on déplore l’étroitesse, car elle serait réduite à papa, maman et moi (l’enfant); alors que, dans la famille “homoparentale”, l’enfant aurait la possibilité d’avoir plusieurs pères, plusieurs mères, sans compter les “oncles” et les “tantes”… En fait, ce pseudo-élargissement se fait au prix d’une réduction. 

Piliers

La psychologue et thérapeute familiale Martine Gross, ingénieure de recherche en sciences sociales au Centre national (français) de la recherche scientifique et auteure de L’Homoparentalité, n’est pas du même avis. “Dans les représentations sociales, l’idée persiste qu’un enfant s’épanouit mieux dans un couple hétérosexuel, constate-t-elle. Personnellement, j’estime que les couples de même sexe sont tout aussi compétents pour prendre soin des enfants et accueillir un enfant adopté. Ne serait-ce que parce qu’un couple homosexuel qui se porte candidat à l’adoption choisit ce mode de parentalité en première instance, alors que la plupart des couples hétérosexuels essaient d’abord de procréer par leurs propres moyens et ne renoncent qu’à la longue, et douloureusement, à faire des enfants biologiques.” Elle tient cependant à nuancer l’argument favori des couples de même sexe, selon lesquels “Pour élever un enfant, il suffit de l’aimer”. “Ce qui me semble important, souligne-t-elle, c’est l’engagement parental. De même qu’il ne suffit pas d’être géniteur ou génitrice pour être un parent, il ne suffit pas non plus d’aimer: il faut s’engager. Quels que soient l’âge de leur enfant, la violence à laquelle il laisse parfois libre cours à l’adolescence, ses échecs et ses crises, les parents, de même sexe ou non, doivent rester des parents. C’est-à-dire des piliers inébranlables, quels que soient les coups de boutoir de l’enfant!

 

Jean-Pierre Winter, Homoparenté, Albin Michel, 2010.

Martine Gross, L’Homoparentalité, Editions Le Cavalier Bleu, Collection Idées reçues, 2009.   

[Encadré 3]

Pour aller plus loin

• Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme — et “toute forme de distinction, d’exclusion, de restriction ou de préférence fondée sur un des critères protégés fixés par la loi”, dont l’orientation sexuelle. Pour signaler une discrimination: rue Royale 138, 1000 Bruxelles (permanence le jeudi matin de 9h30 à 12h00), 02/212 30 00 ou numéro vert (gratuit) 0800/12800, epost@cntr.be, www.diversite.be.

• La Maison Arc-en-Ciel, qui abrite différentes associations LGBTQI (Lesbiennes - Gays - Bisexuel(le)s, Transgenres, Queer, Intersexes) de la région de Bruxelles, est aussi un café ouvert à tou(te)s, un point d’information et un lieu d’accueil, où chacun peut être aidé, qu’il ait besoin d’une assistance juridique, sociale, psychologique ou médicale. Infos: rue du Marché au Charbon 33, 1000 Bruxelles, 02/503 59 90, info@rainbowhouse.be, www.rainbowhouse.be. Elle a un pendant en Wallonie: Arc-en-Ciel Wallonie, rue Hors Château 7, 4000 Liège, 04/222 17 33, courrier@arcenciel-wallonie.be, www.arcenciel-wallonie.be.

• Tels Quels, Association des Gays et Lesbiennes, www.telsquels.be.