30/06/2010

Voltaire obscurantiste sur l'homosexualité: éteignez les Lumières!

voltaire

                                                       Je tombe ce matin sur un bref article paru sur un blog d'initiation à la philosophie intitulé Quand Voltaire condamne l'homosexualité...et se trompe deux fois . L'auteur de l'article, Jefka,  cite le philosophe des Lumières qui voyait dans l'homosexualité « un vice destructeur du genre humain, s'il était général, et un attentat infâme contre la nature ». Voltaire en la matière se montre plus catholique que le pape en prétendant être capable de décrypter la "loi naturelle". Je vous invite à lire cet article qui fait appel aux principes de la philosophie morale pour démonter l'assertion voltairienne. Je rencontre bien l'analyse de Jefka.

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                                                     La citation est connue: Voltaire avait consacré un article de son Dictionnaire philosophique à l'homosexualité sous la rubrique Amour socratique. Voici ce que Voltaire y écrit:

AMOUR SOCRATIQUE

Si l’amour qu’on a nommé socratique et platonique n’était qu’un sentiment honnête, il y faut applaudir: si c' était une débauche, il faut en rougir pour la Grèce. 

Comment s’est-il pu faire qu’un vice destructeur du genre humain s’il était général, qu’un attentat infâme contre la nature, soit pourtant si naturel? Il paraît être le dernier degré de la corruption réfléchie; et cependant il est le partage ordinaire de ceux qui n’ont pas encore eu le temps d’être corrompus. Il est entré dans des coeurs tout neufs, qui n’ont connu encore ni l’ambition, ni la fraude, ni la soif des richesses. C’est la jeunesse aveugle qui, par un instinct mal démêlé, se précipite dans ce désordre au sortir de l’enfance, ainsi que dans l’onanisme(1).

Le penchant des deux sexes l’un pour l’autre se déclare de bonne heure; mais quoi qu’on ait dit des Africaines et des femmes de l’Asie méridionale, ce penchant est généralement beaucoup plus fort dans l’homme que dans la femme; c’est une loi que la nature a établie pour tous les animaux; c’est toujours le mâle qui attaque la femelle. 

Les jeunes mâles de notre espèce, élevés ensemble, sentant cette force que la nature commence à déployer en eux, et ne trouvant point l’objet naturel de leur instinct, se rejettent sur ce qui lui ressemble. Souvent un jeune garçon, par la fraîcheur de son teint, par l’éclat de ses couleurs, et par la douceur de ses yeux, ressemble pendant deux ou trois ans à une belle fille; si on l’aime, c’est parce que la nature se méprend; on rend hommage au sexe, en s’attachant à ce qui en a les beautés; et quand l’âge a fait évanouir cette ressemblance, la méprise cesse. 
 

. . . . . . . . . . . . . . . . . Citraque juventam 
Aetatis breve ver et primos carpere flores. 

Ovide., Met., X, 84-85.

On n’ignore pas que cette méprise de la nature est beaucoup plus commune dans les climats doux que dans les glaces du Septentrion, parce que le sang y est plus allumé, et l’occasion plus fréquente: aussi ce qui ne paraît qu’une faiblesse dans le jeune Alcibiade, est une abomination dégoûtante dans un matelot hollandais et dans un vivandier moscovite. 

Je ne puis souffrir qu’on prétende que les Grecs ont autorisé cette licence. On cite le législateur Selon, parce qu’il a dit en deux mauvais vers: 
 

Tu chériras un beau garçon, 
Tant qu’il n’aura barbe au menton
(2).

Mais en bonne foi, Solon était-il législateur quand il fit ces deux vers ridicules? Il était jeune alors, et quand le débauché fut devenu sage, il ne mit point une telle infamie parmi les lois de sa république. Accusera-t-on Théodore de Bèze d’avoir prêché la pédérastie dans son Église, parce que dans sa jeunesse il fit des vers pour le jeune Candide, et qu’il dit: 
 

« Amplector hunc et illam. » 
Je suis pour lui, je suis pour elle.

 Il faudra dire qu’ayant chanté des amours honteux dans son jeune âge, il eut dans l’âge mûr l’ambition d’être chef de parti, de prêcher la réforme, de se faire un nom. Hic vir, et ille puer.

On abuse du texte de Plutarque, qui dans ses bavarderies, au Dialogue de l’amour, fait dire à un interlocuteur que les femmes ne sont pas dignes du véritable amour(3);mais un autre interlocuteur soutient le parti des femmes comme il le doit. On a pris l’objection pour la décision. 

Il est certain, autant que la science de l’antiquité peut l’être, que l’amour socratique n’est point un amour infâme: c’est ce nom d’amour qui a trompé. Ce qu’on appelait les amants d’un jeune homme étaient précisément ce que sont parmi nous les menins de nos princes, ce qu’étaient les enfants d’honneur, des jeunes gens attachés à l’éducation d’un enfant distingué, partageant les mêmes études, les mêmes travaux militaires; institution guerrière et sainte dont on abusa comme des fêtes nocturnes et des orgies. 

La troupe des amants instituée par Laïus était une troupe invincible de jeunes guerriers engagés par serment à donner leur vie les uns pour les autres; et c’est ce que la discipline antique a jamais eu de plus beau. 

Sextus Empiricus et d’autres ont beau dire que ce vice était recommandé par les lois de la Perse. Qu’ils citent le texte de la loi; qu’ils montrent le code des Persans et si cette abomination s’y trouvait, je ne la croirais pas; je dirais que la chose n’est pas vraie, par la raison qu’elle est impossible. Non, il n’est pas dans la nature humaine de faire une loi qui contredit et qui outrage la nature, une loi qui anéantirait le genre humain si elle était observée à la lettre. Mais moi je vous montrerai l’ancienne loi des Persans, rédigée dans le Sadder. Il est dit, à l’article ou porte 9, qu’il n’y a point de plus grand péché. C’est en vain qu’un écrivain moderne a voulu justifier Sextus Empiricus et la pédérastie; les lois de Zoroastre, qu’il ne connaissait pas, sont un témoignage irréprochable que ce vice ne fut jamais recommandé par les Perses. C’est comme si on disait qu’il est recommandé par les Turcs. Ils le commettent hardiment; mais les lois le punissent. 

Que de gens ont pris des usages honteux et tolérés dans un pays pour les lois du pays! Sextus Empiricus, qui doutait de tout, devait bien douter de cette jurisprudence. S’il eût vécu de nos jours, et qu’il eût vu deux ou trois jeunes jésuites abuser de quelques écoliers, aurait-il eu droit de dire que ce jeu leur est permis par les constitutions d’Ignace de Loyola?

Il me sera permis de parler ici de l’amour socratique du révérend père Polycarpe, carme chaussé de la petite ville de Gex, lequel en 1771 enseignait la religion et le latin à une douzaine de petits écoliers. Il était à la fois leur confesseur et leur régent, et il se donna auprès d’eux tous un nouvel emploi. On ne pouvait guère avoir plus d’occupations spirituelles et temporelles. Tout fut découvert: il se retira en Suisse, pays fort éloigné de la Grèce. 

Ces amusements ont été assez communs entre les précepteurs et les écoliers(4). Les moines chargés d’élever la jeunesse ont été toujours un peu adonnés à la pédérastie. C’est la suite nécessaire du célibat auquel ces pauvres gens sont condamnés. 

Les seigneurs turcs et persans font, à ce qu’on nous dit, élever leurs enfants par des eunuques; étrange alternative pour un pédagogue d’être châtré ou sodomite. 

L’amour des garçons était si commun à Rome, qu’on ne s’avisait pas de punir cette turpitude, dans laquelle presque tout le monde donnait tête baissée. Octave-Auguste ce meurtrier débauché et poltron, qui osa exiler Ovide, trouva très bon que Virgile chantât Alexis; Horace, son autre favori, faisait de petites odes pour Ligurinus. Horace, qui louait Auguste d’avoir réformé les moeurs, proposait également dans ses satires un garçon et une fille(5); mais l’ancienne loi Scantinia, qui défend la pédérastie, subsista toujours: l’empereur Philippe la remit en vigueur, et chassa de Rome les petits garçons qui faisaient le métier. S’il y eut des écoliers spirituels et licencieux comme Pétrone, Rome eut des professeurs tels que Quintilien. Voyez quelles précautions il apporte dans le chapitre du Précepteur pour conserver la pureté de la première jeunesse: « Cavendum non solum crimine turpitudinis, sed etiam suspicione. » Enfin je ne crois pas qu’il y ait jamais eu aucune nation policée qui ait fait des lois(6) contre les moeurs(7).

fred II

                                                                      Voltaire, on le sait, avait côtoyé un royal homosexuel, Frédéric II de Prusse, et avait fréquenté sa cour. L'épisode  ne s'était pas bien terminé. Voltaire a fait plusieurs allusions à l'homosexualité de Frédéric II: 

  • « Le Roi, [...], qui aimait les beaux hommes,et non les grands hommes, avait mis ceux-ci chez la reine sa femme en qualité d’Euduque. » 

  • " Ce Prince avoit une espèce de maîtresse, fille d’un maître d’école de la ville de Brandebourg, établie à Potzdam… il crut être amoureux d’elle, mais il se trompait : sa vocation n’était pas pour le sexe. » (Au XVIIIème siècle, sexe s'emploie pour désigner la gent féminine)

  •  « On lui donna un soldat pour le servir, ce soldat jeune bien fait, et qui jouait de la flûte, servait en plus d’une manière à amuser le prisonnier. Tant de belles qualités ont fait depuis sa fortune. Je l’ai vu à la fois Valet-de-chambre, et premier Ministre, avec toute l’insolence que ces deux postes peuvent inspirer. » 

  •  « Quand Sa Majesté était habillée et botée, le stoïque donnait quelque momens à sa secte d’Epicure ; il faisait venir deux ou trois Favoris, soit Lieutenant de son Régiment, soit Page, soit Euduque ou jeune cadet ; on prenait le Café, celui à qui on jettait le mouchoir restait demi-quart-d’heure tête à tête ; les choses n’allaient pas jusqu’aux dernières extrémités, attendu que le Prince du vivant de son pere, avait été fort mal traité dans fes amours de passade, et non moins mal guéri. Il ne pouvait jouer le premier rôle, il fallait se contenter des feconds. Ces amusements d’écoliers étant finis, les affaires d’Etat prenaient la place. »

  • « Il était accoutumé à des démonstrations de tendresse singulière avec des favoris plus jeunes que moi ; et oubliant un moment que je n’étais pas de leur âge, et que je n’avais pas la main belle, il me la prit pour la baiser, je lui baisai la sienne, et je me fis son esclave. » 

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                                             Le plus célèbre des contres philosophiques de Voltaire, Candide, contiendrait des allusions à peine dissimulées très critiques pour le roi de Prusse. Un baron, au nom germanique imprononçable, entiché de ses quartiers de noblesse, va exclure Candide du « jardin d’Eden ». Voltaire serait Candide, un jeune homme naïf exploité par son puissant protecteur. Le baron de Tunder-ten-tronck symboliserait la noblesse allemande tandis que le « roi des Bulgares » serait Frédéric II qui, en novembre 1757, s’était couvert de gloire dans la victoire de Rossbach. Voltaire, qui croyait à la défaite de son ancien protecteur, avait alors pris conscience de sa naïveté. Le conte serait donc une revanche sur l’humiliation infligée par Frédéric II, suite à la brouille qui a fâché le philosophe avec le roi de Prusse en 1753. Traiter Frédéric II de « roi des Bulgares » est une façon indirecte de rappeler son orientation sexuelle, le terme de « bougre » (lui-même dérivé de « bulgare ») signifiant « homosexuel » au XVIIIe siècle. Frédéric Deloffre dans la postface de Candide ou l'Optimisme, édition Collection Folio classique n° 3889 ou encore Roland Barthes dans la postface de Candide et autres contes édition Collection Folio classique n° 2358, pp 410, 411, appuyent cette interprétation. (Source: Wikipedia)

Lire aussi: Voltaire en demi teinte sur le site Moodyguy.net 

 

08:13 Publié dans Littérature | Lien permanent | Tags : voltaire, candide, homosexualite, philosophie | | |  Facebook |

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