25/06/2010

Pédophilie dans l'église catholique belge: la lettre d'un témoin à la Commission

Mechelen Manif anti Léonard 27 février 2010 006

                                                          Suite à la perquisition qui a eu lieu hier à l'Archevêché de Malines-Bruxelles et à la Commission d'enquête sur les actes pédophiles au sein de l'église catholique, un témoin qui avait écrit à la dite commission a décidé de publier la lettre qu'il lui avait écrite. Il considère que la confidentialité promise n'existe plus et se dit que dans ces conditions, autant rendre public ce qui devait rester interne.

Le témoin voulait dans cette lettre rester anonyme et simplement témoigner de son passé et de ses interrogations sur les procédures mises en place. Il n'a pas porté plainte. A noter que son courrier à la Commission date du 31 mai 2010, et qu'il n'a reçu aucune réponse de la Commission, pas même un accusé de réception. Trois semaines sans réponse dans des affaires de pédophilie, n'est-ce pas préoccupant, cela ne donne-t-il pas une indication sur un dysfonctionnement?

Voici sa lettre à la Commission:

Je comprends d'abord mal que ce soit sur un site catholique que se trouve référencée votre commission. Comment voulez-vous être crédible alors que vous oeuvrez prétendûment (comprenez mon scepticisme) de manière indépendante au sein de l'église catholique? Comment puis-je vérifier que mon témoignage sera pris en compte? Je crains fort que cette commission ne soit tautologique et un écran de fumée de plus émis par l'église catholique qui ne s'attaque pas aux vrais problèmes: introduire la démocratie dans l'église et intégrer la sexualité des prêtres en les autorisant à se marier ou à contracter des unions civiles s'ils le souhaitent. Il m'est évident que l'église veut , ce que je déplore vivement , garder le pouvoir. Et crée ce type de commission uniquement parce que les scandales répétés l'y ont acculé.
 
Cependant, même si c'est donner des perles aux pourceaux, essayons pour voir.
 
J'ai été victime par deux fois en tant qu'enfant d'approches sexuelles directes par des prêtres catholiques. Les faits, qui se sont déroulés il y a plus de trente ans, sont prescrits je suppose. Si ce n'est pas le cas, je ne souhaite pas déposer plainte auprès des autorités judiciaires.
 
Une première fois quand j'avais 6 ans, en 1957. Le prêtre qui disait la messe à laquelle les louveteaux de la troupe scoute à laquelle j'appartenais dans une paroisse bruxelloise étaient tenus d'assister nous approchait souvent très gentiment. Il s'agissait de l'abbé D., plus tard nommé nommé curé dans une paroisse du Brabant wallon. Lors de certaines fêtes religieuses, il nous amenait à son domicile, à plusieurs, et nous offrait une petite 'goutte' et des biscuits. A la maison, pour la plupart d'entre nous, l'alcool était strictement interdit. Mais il nous disait que c'était pour célébrer la fête religieuse, ce qui lui servait de prétexte à nous inviter au 'goûter'. L'un d'entre nous finissait le premier sur ses genoux  et entre ses jambes et il finissait par nous toucher le pénis en tremblottant tout en enserrant ses jambes autour des nôtres. il nous appelait l'un après l'autre. Je me rappelle qu'on s'amusait de son tremblement. On l'entendait parfois dire 'Non, je ne devrais pas' ou quelque chose d'approchant. A l'époque, cela nous semblait une bizarrerie d'adulte et on n'y voyait pas de mal. Les adultes étaient de toute façon inaccessibles et incompréhensibles, il fallait leur obéir et les respecter parce qu'ils étaient les plus forts et qu'ils faisaient la loi. On rigolait entre nous et on l'avait surnommé 'Nonjenedevrais pas'.
 
Aujourd'hui ce qui s'est passé là reçoit un autre éclairage. Je n'en veux pas à ce pauvre abbé visiblement en mal d'affection, qui donnait par ailleurs une impression de grande bonté. Il était connu pour apprécier être invité à de bons repas dans les familles de paroissiens aisés, et son penchant pour le vin et l'alcool était notoire. Je me souviens que mes parents, qui n'étaient pas aisés mais des personnes reconnaissantes et respectueuses,  en avaient acheté spécialement pour le recevoir. Chez nous, on ne buvait que de la 'bière de table', et encore seulement certains dimanche.
 
J'ai entendu dire, mais ce n'est là qu'une rumeur, que sa nomination comme curé de village n'a par la suite été qu'un déplacement opportuniste parce que le scandale était devenu par trop notoire. Puis on a entendu dire qu'il avait remis le couvert dans sa nouvelle paroisse.
 
Quelques années plus tard, j'avais alors quatorze ans,  mon professeur de langues modernes et de religion en quatrième latine dans un bon collège bruxellois , l'abbé M., a lui fait aussi une tentative de 'séduction' à mon encontre. J'étais bon élève et avais été malade pendant plus de deux semaines. Mes parents, anxieux de mon apprentissage,  avaient contacté l'école pour savoir si j'avais besoin de cours particuliers pour rattraper les apprentissages manqués. Seul le professeur de religion avait souligné que quelques cours particuliers de  religion me seraient bénéfiques parce que je présentais certaines faiblesses. Pour les langues, tout allait bien, j'étais parmi les meilleurs de la classe. Dans sa bonté, il assura mes parents qu'il ne chargerait rien, c'était un service gratuit. Mes parents, qui se serraient la ceinture pour nous payer des études convenables, remercièrent le Seigneur d'avoir choisi un si bon collège!  Au premier cours particulier, l'abbé M. me reçut dans sa chambre au collège (les abbés vivaient alors dans l'école et avaient des chambres avec bureaux attenants au troisième étage du bâtiment le plus ancien du collège). A l'époque c'était normal d'aller visiter un prêtre dans le bureau attenant à sa chambre. On y était même incité, pour aller confier un souci ou un problème par exemple. L'abbé M. était assis à son vaste bureau et me fit quelques moments cours en vis-à-vis. Puis il vint vérifier mes notes (il m'avait au préalable enjoint de recopier le cahier d'un condisciple, avant le cours particulier) et pour ce faire s'assit à côté de moi, et lut mon cahier armé d'un crayon rouge tout en entourant mes épaules de son bras. Il me dit que c'était bien puis tout à coup me demanda si je fumais. J'avais 14 ans et avais déjà fumé quelques cigarettes en cachette. Je répondis en hésitant que  oui parfois. En fait j'avais été éduqué à la maison dans la haine du mensonge et dès que j'avais envie d'éluder une réponse je me mettais à rougir terriblement... Nous fumâmes ensemble, c'étaient des Rothmans bleues je crois, un peu âcres et doucereuses à la fois. Comme je toussais, il me dit qu'il allait me donner un remontant. Et alla chercher une bouteille d'alcool, je ne sais pas lequel. Il me servit et se mit très vite à me caresser le genou droit. Après plus de quarante ans je sens encore la pression de cette  main qui se mit à remonter le long de ma cuisse en pressant mes muscles de plus en plus furieusement.
 
Là j'ai un trou noir. Je ne suis jamais parvenu à me rappeler comment je suis rentré chez moi. J'ai tremblé toute la nuit, j'avais la fièvre et des sueurs froides. J'ai dit à mes parents que je m'étais senti mal à l'école et que je n'avais pas pu rester longtemps au cours particulier de l'abbé M. Aujourd'hui je trouve curieux que je me souvienne de la marque des cigarettes de l'abbé et que le reste de l'épisode soit tout à fait occulté.
 
Je suppose que mes parents ont dû écrire au collège pour demander à l'abbé de bien vouloir excuser mon malaise...
 
Je ne suis jamais parvenu à reconstituer ce qui s'est passé ce jour-là. Je ne vois plus que l'énorme main de l'abbé M. Sur mon genou qui se met à remonter ma cuisse.
 
Quand je suis revenu en classe, j'étais terrorisé à l'idée de le revoir, parce que je je croyais qu'il allait me 'buser' (mettre de mauvaises notes). Mais l'abbé M. a fait comme si rien ne s'était passé, et j'ai continué à être bon élève. J'ai davantage révisé ses cours tant je craignais les représailles.
 
L'an d'après, des rumeurs se firent insistantes sur le comportement de l'abbé M. . Des élèves, sans doute fort sots,  racontaient qu'il couchait avec le préfet de discipline, un prêtre flamand souvent en soutane qui nous terrorisait. L'an d'après notre titulaire nous apprit que l'abbé M. ne nous ferait plus cours et qu'il enseignait désormais dans une école de filles.
 
Sauf  le black-out qui m'en reste, je garde le souvenir d'un excellent prof de langues, d'un pédagogue dynamique. Aussi de sa taille très supérieure à la moyenne. Et mes bases en langues germaniques sont restées excellentes...
 
Un détail cependant: je me souviens aussi que dans notre classe il y avait un 'petit caïd' assez baraqué pour un adolescent, et très indiscipliné. Lors d'un épisode de rebellion, l'abbé, qui était beaucoup plus grand et plus costaud que cet élève, l'avait fait venir sur l'estrade et lui avait publiquement passé la main dans l'encolure de la chemise et lui avait tâté les pectoraux en annonçant qu'il devait encore manger beaucoup de soupe avant de s'attaquer à lui...
 
En fait, ma plainte ne porte pas contre ces deux hommes qui devaient sans doute être bien malheureux et solitaires et qui ont fait comme tout un chacun: ils ont essayé de survivre et sont allé prendre quelques bribes d'affection là où ils croyaient maladroitement en trouver. Ma plainte porte sur l'église catholique, qui a créé ce système malsain qui occassionne un tel dysfonctionnement. Tant que vous ne comprendrez pas que le problème est là, votre action ne servira à mon avis pas à grand chose. Il faut que l'église se réforme en profondeur et que l'on réforme en profondeur la prêtrise: autoriser les prêtres à vivre des relations amoureuses, ouvrir le mariage aux prêtres, toutes les formes de mariage, qu'ils soient entre personnes de sexes différents ou personnes du même sexe. Plus généralement, démocratiser l'église et mettre fin au système hiérarchique médiéval. Je trouve enfin scandaleux que tout ce que votre église ait trouvé pour essayer de solutionner sa montagne d'affaires pédophiles, c'est de s'attaquer aux homosexuels, en les stigmatisant (Cfr les attaques du Cardinal Bertone, pour ne citer que lui parmi la foule de ses consorts), en leur interdisant l'accès à la prêtrise et en essayant de contrer par tous les moyens les législations leur donnant des droits. La technique du bouc émissaire pour essayer de détourner l'attention est par trop connue. Le Christ lui-même n'en fut-il pas un? De nombreuses églises protestantes ont radicalement changé leur point de vue sur la sexualité et proposent l'accueil de tous sans discrimnation aucune. La confusion pédophilie - homosexualité que certains des plus hauts 'dignitaires' entretiennent, pour parfois la récuser par la suite du bout des lèvres, est une insulte à l'intelligence.
 
En attendant votre réponse,
 
Bien à vous

L.A.

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