21/06/2010

Belgique : Couleur Café invite un chanteur homophobe

Un billet de Xavier Ess, journaliste à la RTBF

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Beenie Man est à l’affiche de Couleur Café samedi prochain. Beenie Man, présenté comme le roi du dancehall par Couleur Café est un de ces artistes jamaïcains homophobes qui a chanté des appels aux meutres des gays. Exemple dans le morceau Damn: “je rêve d’une nouvelle Jamaïque, venez exécuter tous les pédés” ou un appel à tuer les dj gays ds le morceau “Bad Man, Chi Chi Man”. (If you see him (the queer) run off the stage like a clown, Kill that Dj !)
 
Après des dizaines d’annulations de concert en Europe et aux Etats-Unis, Beenie Man a signé en 2007 le Reggae Compassionjate Act , une charte dans laquelle il ne s’excuse pas pour ses propos mais s’engage à ne plus chanter de morceaux incitant à la haine et la violence. Dans un échange de mails avec les responsables de Couleur Café, ils écrivent : “ne soyons pas naïf, c’est pour sauver leur business.” Et en effet, en décembre 2009 lors d’un concert en Ouganda, Beenie Man a remis le couvert… invitant son public à égorger les homosexuels dans le morceau “Mi Nah Wallah”. Pas de chance pour Pepsi, sponsor du concert qui a dû faire des excuses mondiales. Néanmoins, les programmateurs de Couleur Café justifient la présence de Beenie Man par “une demande très forte pour ces artistes de la part de notre public” et semblent lui trouver des excuses, invoquant une “spécificité” culturelle jamaïcaine et des lois…qui criminalisent toujours l’homosexualité !! “Même si ces propos sont fortement influencés par leurs cultures et leurs lois, ils sont extrêmement graves et intolérables. “. Après un débat interne, Couleur Café s’est fixé une politique : celle de ne pas juger un artiste. Les responsables de Couleur Café déclarent : “D’une manière générale, nous avons décidé de ne pas “juger” des artistes pour leur image provocante, leur vie privé éventuellement débridée, pour des propos ou des actes réprehensibles qui ont fait l’objet d’excuses publiques ou d’une peine judiciaire. Nous estimons que c’est pas le rôle d’un festival de les juger une deuxième fois; sinon pourquoi programmer Khaled (condamné à plusieurs reprises pour coups et blessures…), Cheb Mami (condamné à une peine de cinq ans de prison ferme pour tentative d'avortement forcé) ou même James Brown (condamné à six ans de prison pour violence). Et ne parlons pas de Joey Starr et de NTM… Ce qui nous importe, c’est que le comportement et les textes des artistes sur scène soient en cohérence avec les valeurs humanistes que le festival a toujours défendu depuis 21 ans”.
La différence c que Khaled, Cheb Mami et les autres sont des machos violents dans leur vie privée mais ils n’ont jamais chanté des appels à la violence à l’égard des femmes. Si Beenie Man avait chanté ““je rêve d’une nouvelle Jamaïque, venez exécuter tous les Blancs” les programmateurs de Couleur Café auraient-ils fait la sourde oreille de la même manière ?
 
 
Xavier Ess - journaliste Bang Bang
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xes@rtbf.be

07:30 Publié dans Chansons, musiques | Lien permanent | Tags : homophobie, incitation a la violence, couleur cafe, jamaique, bennie man | | |  Facebook |

Commentaires

Il aime les tomates Puisque ce monsieur aime les tomates, je vous conseille de vous munir d'un kilo de tomates bien mûres pour l'accueillir lorsqu'il entrera en scène et de vous exercer un rien avant afin de lui faire bien comprendre qu'ici, on ne se mêle pas des tendances sexuelles de son voisin.

Écrit par : Stef | 21/06/2010

Cet "événement" illustre bien la difficulté qu'il y a aujourd'hui à se montrer ouvert et tolérant vis-à-vis d'autres cultures, modes de vie etc. lorsque celles-ci en viennent à s'affirmer au point de vous dire qu'elles n'en ont rien à f... de notre déclaration universelle des droits de l'homme. Ainsi alors que j'ai longtemps été une militante des "causes perdues" comme celle des Palestiniens et bien d'autres encore, je me contente désormais d'en être l'observatrice attentive car un certain nombre de ces cultures sont basées sur des valeurs rétrogrades notamment et surtout vis-à-vis des femmes mais aussi et presque immanquablement aussi vis-à-vis des homosexuels.
Et ces artistes sont bien conscients de leur pouvoir vis-à-vis de jeunes gens désormais acculturés et frustrés à divers égards par la vie qu'on leur offre dans nos sociétés "occidentales". La violence domestique fréquente des jeunes noirs américains à l'égard de leurs compagnes - un phénomène qui a été abondamment documenté - est un excellent exemple de cette frustration. Vous connaissez la comptine: "Le seigneur tape sur le fermier qui tape sur sa femme qui tape sur son fils qui tape sur le chien qui tape sur le chat qui tape sur la souris etc. etc." Ces jeunes gens, à qui l'on n'offre pas la place à laquelle ils auraient droit dans la société américaine, affirment leur "pouvoir" et expriment leur frustration sur le seul "objet" à leur portée, à savoir leurs compagnes...
A propos de Couleur Café - que je ne fréquente plus depuis des années pour des raisons évidentes: beaucoup trop cher pour un festival de ce genre, toujours les mêmes qui viennent donc ce festival n'est pas un lieu de découverte et de promotion des nouvelles musiques du monde et un site qui ressemble à un parc d'attractions vendant trois fois le prix des babioles que l'on peut trouver sur le marché du midi - j'ai une petite anecdote.
Voci quelques années je proposai la venue au festival - appuyée par un dossier détaillé et composé dans les règles de l'art pour une proposition à un tel festival - d'un groupe appelé Nine Rain, composé de jeunes musiciens mexicains, d'un musicien allemand et de Steven Brown, le co-leader (et gay, ceci dit en passant) du groupe Tuxedomoon, une icône mondiale de la musique alternative et un animateur de la scène culturelle bruxelloise dans les années 80 (Tuxedomoon ayant vécu à Bruxelles durant dix ans et ayant été l'un des groupes "stars" des concerts au plan k). Le dossier fut rejeté en deux lignes particulièrement méprisantes: pas dans "l'esprit" du festival. Or Nine Rain est pour moi l'exemple type de ce que la musique du monde peut offrir de mieux en termes de rencontre et métissage des cultures... Je me suis dit, une fois de plus, "pauvre Belgique" qui rejette des artistes qu'elle devrait s'enorgueillir d'avoir accueilli durant plus de dix ans et surtout j'ai compris ce qu'était (désormais?) devenu Couleur Café: une simple entreprise commerciale car, de fait, il n'est pas facile de trouver les disques de Nine Rain en Europe, ce qui n'a pourtant pas empêché d'autres grands festivals de musique du monde - en Italie par exemple - de reconnaître la qualité de leur musique et de les inviter pour la plus grande joie du public...
Que les organisateurs de ce festival invoquent la "forte demande du public" pour inviter cet artiste homophobe me semble d'ailleurs tout à fait révélateur de cette orientation: on invite ceux qui vendent. Or un festival de la taille de Couleur Café pourrait se permettre de faire un mix d'artistes commerciaux et d'artistes à découvrir et c'est d'ailleurs ce que devrait faire tout festival de ce style. Mais il y a longtemps que cela n'a plus cours à Couleur Café. D'ailleurs la "forte demande du public" me fait doucement rigoler. Le "public" ici semble en effet se référer aux labels - presque toujours les mêmes - représentés à ce festival. Pas de place pour les "petits" et les "indépendants", quelle que soit la qualité de leur musique...

Écrit par : Isabelle | 21/06/2010

Tomates et oeufs

Écrit par : B | 22/06/2010

En tous les cas, je remarque une choses...
Les artistes ont plus de couilles que les responsables . . .
comme d'hab!

Écrit par : Sylvain | 26/06/2010

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