21/06/2010

Beenie Man à Couleur Café: les commentaires d'Isabelle Corbisier

800px-Beenie_Man_01716

Une lectrice, Isabelle Corbisier,  a pris la peine de rédiger un commentaire argumenté sur la question de la présence de Beenie Man, un chanteur jamaïcain à l'homophobie notoire, au festival Couleurs Café. Je vous invite à lire le commentaire judicieux et percutant d'Isabelle Corbisier.

[Isabelle Corbisier est l'auteur d'un livre en anglais: Music for vagabonds, The Tuxedomoon Chronicles (2008)]*

Cet "événement" illustre bien la difficulté qu'il y a aujourd'hui à se montrer ouvert et tolérant vis-à-vis d'autres cultures, modes de vie etc. lorsque celles-ci en viennent à s'affirmer au point de vous dire qu'elles n'en ont rien à f... de notre déclaration universelle des droits de l'homme. Ainsi alors que j'ai longtemps été une militante des "causes perdues" comme celle des Palestiniens et bien d'autres encore, je me contente désormais d'en être l'observatrice attentive car un certain nombre de ces cultures sont basées sur des valeurs rétrogrades notamment et surtout vis-à-vis des femmes mais aussi et presque immanquablement aussi vis-à-vis des homosexuels.

Et ces artistes sont bien conscients de leur pouvoir vis-à-vis de jeunes gens désormais acculturés et frustrés à divers égards par la vie qu'on leur offre dans nos sociétés "occidentales". La violence domestique fréquente des jeunes noirs américains à l'égard de leurs compagnes - un phénomène qui a été abondamment documenté - est un excellent exemple de cette frustration. Vous connaissez la comptine: "Le seigneur tape sur le fermier qui tape sur sa femme qui tape sur son fils qui tape sur le chien qui tape sur le chat qui tape sur la souris etc. etc." Ces jeunes gens, à qui l'on n'offre pas la place à laquelle ils auraient droit dans la société américaine, affirment leur "pouvoir" et expriment leur frustration sur le seul "objet" à leur portée, à savoir leurs compagnes...

A propos de Couleur Café - que je ne fréquente plus depuis des années pour des raisons évidentes: beaucoup trop cher pour un festival de ce genre, toujours les mêmes qui viennent donc ce festival n'est pas un lieu de découverte et de promotion des nouvelles musiques du monde et un site qui ressemble à un parc d'attractions vendant trois fois le prix des babioles que l'on peut trouver sur le marché du midi - j'ai une petite anecdote.

Voci quelques années je proposai la venue au festival - appuyée par un dossier détaillé et composé dans les règles de l'art pour une proposition à un tel festival - d'un groupe appelé Nine Rain, composé de jeunes musiciens mexicains, d'un musicien allemand et de Steven Brown, le co-leader (et gay, ceci dit en passant) du groupe Tuxedomoon, une icône mondiale de la musique alternative et un animateur de la scène culturelle bruxelloise dans les années 80 (Tuxedomoon ayant vécu à Bruxelles durant dix ans et ayant été l'un des groupes "stars" des concerts au plan k). Le dossier fut rejeté en deux lignes particulièrement méprisantes: pas dans "l'esprit" du festival. Or Nine Rain est pour moi l'exemple type de ce que la musique du monde peut offrir de mieux en termes de rencontre et métissage des cultures... Je me suis dit, une fois de plus, "pauvre Belgique" qui rejette des artistes qu'elle devrait s'enorgueillir d'avoir accueilli durant plus de dix ans et surtout j'ai compris ce qu'était (désormais?) devenu Couleur Café: une simple entreprise commerciale car, de fait, il n'est pas facile de trouver les disques de Nine Rain en Europe, ce qui n'a pourtant pas empêché d'autres grands festivals de musique du monde - en Italie par exemple - de reconnaître la qualité de leur musique et de les inviter pour la plus grande joie du public...

Que les organisateurs de ce festival invoquent la "forte demande du public" pour inviter cet artiste homophobe me semble d'ailleurs tout à fait révélateur de cette orientation: on invite ceux qui vendent. Or un festival de la taille de Couleur Café pourrait se permettre de faire un mix d'artistes commerciaux et d'artistes à découvrir et c'est d'ailleurs ce que devrait faire tout festival de ce style. Mais il y a longtemps que cela n'a plus cours à Couleur Café. D'ailleurs la "forte demande du public" me fait doucement rigoler. Le "public" ici semble en effet se référer aux labels - presque toujours les mêmes - représentés à ce festival. Pas de place pour les "petits" et les "indépendants", quelle que soit la qualité de leur musique...

Isabelle

*tuxedomoon

19:05 Publié dans Chansons, musiques | Lien permanent | Tags : isabelle corbisier, tuxedomoon, beenie man, couleur cafe, jamaique, homophobie | | |  Facebook |

Commentaires

comment couleur café peut-elle accepter dans sa programmation un artiste homophobe et comment des sponsors peuvent-ils cautionner une telle affiche c'est une honte tous cela pour faire du fric je suis décue pas le festival et le boycote

Écrit par : valente | 22/06/2010

Les commentaires sont fermés.