14/06/2010

Un premier Ministre gay pour la Belgique?

elio

S'il y a bien quelque chose d'irrelevant (non pertinent, hors de propos, mais j'aime bien cet anglicisme..) dans les résultats des élections belges d'hier, c'est la vie privée des hommes et des femmes politiques belges et leur orientation sexuelle. Pourtant la Belgique pourrait fort bien dans quelques mois ou au mieux dans quelques semaines désigner un homme ouvertement gay au poste de premier Ministre.

En Belgique, le Premier Ministre est généralement issu de la 'famille politique' qui a remporté les élections. Une famille politique, c'est en Belgique une famille recomposée: les partis qui ont des tendances idéologiques proches, au Nord et au Sud du pays,  comptent leurs élus au Sénat et à la Chambre à chaque nouvelle élection et les additionnent pour estimer la force politique de leur tendance.

Aujourd'hui, les partis socialistes sont en nombre d'élus les plus forts, avec un parti socialiste flamand qui 'pèse' moins de la moitié du PS francophone en terme de nombre d'élus. Ce qui fait que logiquement Elio Di Rupo, le Président du PS francophone,  (photo) pourrait devenir Premier Ministre. La N-VA, parti démocrate nationaliste et séparatiste flamand (N-VA, la Nieuw-Vlaams Alliantie) a remporté les élections au Nord du pays et est devenue le premier parti belge en nombre d'élus. Comme ce parti  n'a pas de contre-partie au Sud du pays, il ne peut constituer une famille politique, contrairement aux  sociaux-chrétiens, aux socialistes, aux écologistes ou au libéraux.

La campagne électorale ne s'est que fort peu intéressée aux droits des personnes, car les enjeux sont ailleurs: institutionnels, économiques et sociaux. La première question est de savoir si les partis politiques parviendront à s'entendre pour définir un nouveau modèle d'Etat fédéral ou confédéral, et réuniront une majorité des deux tiers pour introduire la réforme de l'Etat dans la Constitution. La seconde, s'ils parviendront à gérer la crise économique. Il n'y a pas d'autres priorités, on est confronté à ces deux urgences.

Pourtant, la force retrouvée du Parti Socialiste dans le sud du pays donne des garanties quant à la perennisation sinon quant au renforcement des droits civiques et éthiques acquis sous les législatures précédentes. Le Parti Socialiste a été un des rares partis, avec Ecolo, à inclure un volet LGB dans son programme.

Quant à l'orientation sexuelle du premier Ministre, c'est le moindre souci de la Belgique pour l'instant. Cela me fait penser à la désignation d'une femme lesbienne au poste de premier Ministre en Islande il y a quelque temps: le pays était en pleine tornade économique et la vie privée de la première Ministre n'a attiré l'attention que de la presse people et des blogs LGBT. La seule préoccupation des gens était de mettre à la tête du pas une femme compétente capable de gérer une sortie de crise. C'est très parallèle à la situation belge actuelle. Elio Di Rupo est d'abord un homme politique fort dont la compétence n'est plus à prouver.

Dans notre pays, l'orientation sexuelle des responsables politiques,  qui n'est que très secondaire dans l'intérêt des pays et irrelevante face aux défis que doivent relever ces hommes et ces femmes d'état, est devenue un non événement, et c'est tant mieux. Personne n'en fera mention sans doute dans la presse de ce matin, et cette absence probable est un excellent indicateur de normalisation.

Il nous reste à féliciter chaleureusement Elio Di Rupo pour les résultats électoraux de son Parti et lui souhaiter de mener à bien la tâche énorme qui lui incombe à présent.

 Luclebelge

 

 

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