15/05/2010

La saga du Kiss-in de Lyon: organisation, contestation, annulation et report

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Le rassemblement de ce samedi a été  interdit par la Préfecture

La Préfecture de Lyon a décidé d'interdire le kiss-in prévu ce samedi 15 mai sur la Place St-Jean à Lyon. Rappelons qu'en France le Préfet est le représentant de l'Etat dans le Département et que, parmi ses missions, il a notamment en charge la sécurité des personnes et des biens ainsi que  le respect de la légalité et de l'état de droit. Il doit pourtant aussi s'occuper de l'intégration sociale et de la lutte contre les exclusions.

La Préfecture n'autorise plus le rassemblement. Elle argue d’un délai insuffisant (inférieur à trois jours francs): « Leur demande d'autorisation ne nous est parvenue que jeudi après-midi, alors que la loi oblige à déclarer une manifestation de ce type au moins trois jours francs avant son déroulement », a indiqué la Préfecture en avertissant que « leur responsabilité civile et pénale serait engagée en cas de dommages ».

Une argumentation étonnante car jusqu'à hier soir , la Préfecture n'avait pas réagi. On peut dès lors s'interroger sur les motivations réelles du Préfet du Rhône qui avait déjà voulu déplacer le kiss-in en raison d'une procession catholique partant de la Place St-Jean...Les organisateurs du kiss-in avaient alors pourtant accepté de déplacer leur manifestation d'une heure pour permettre le bon déroulement de la procession. Selon la LGP, ce seraient les menaces des "extrémistes " et  des "intégristes ", qui seraient à l'origine de la décision du Préfet. Aussi la Lesbian and Gay Pride de Lyon (LGP Lyon) invite-t-elle dans un nouveau communiqué de presse"toutes les personnes à ne pas se rendre sur la Place Saint Jean ce samedi 15 mai à 20h30 pour leur propre sécurité". (Cliquer ici)

Pour situer le cadre de cette affaire, rappelons ce qu'on pouvait lire dans le communiqué de presse précédent (14 mai 2010)de la Lesbian and Gay Pride de Lyon, un communiqué signé par David Souvestre

Communiqué de Presse Lesbian and Gay Pride de Lyon - 14/5/2010

Les violentes réactions de plusieurs mouvements intégristes catholiques proches de l’extrême droite ont incité les organisateurs du « Kiss-in » à demander à la Lesbian and Gay Pride de Lyon de prendre le relais pour l’organisation de ce rassemblement pacifiste et bon enfant, ce samedi 15 mai, place Saint Jean à 20h30.

Face aux propos haineux et à la violence qui se déchaine sur la toile, ce rassemblement prendra une toute autre tournure. A la veille de la Journée Mondiale Contre l’Homophobie et la Transphobie dont le thème est « Religions, Homophobie et Transphobie » la Lesbian and Gay Pride de Lyon entend dénoncer :

  • les récentes déclarations du Pape Benoit XVI au Portugal qui considère que l’avortement et le mariage homosexuel étaient deux des « menaces les plus insidieuses et dangereuses » qui pèsent sur le monde ;
  • le silence du Vatican et de Monseigneur BARBARIN face aux amalgames honteux entre homosexualité et pédophilie du cardinal Tarcisio Bertone, numéro deux du Vatican ;
  • l’attitude du Vatican qui s’oppose à la déclaration en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité devant l’ONU ;
  • l’absence de condamnation par le Vatican des violences commises contre les personnes homosexuelles et transsexuelles au nom de la religion catholique.

La Lesbian and Gay Pride de Lyon exige également de Monseigneur BARBARIN qu’il condamne l’appel à violence et à la haine des extrémistes catholiques contre ce rassemblement pacifique. Il est inquiétant de voir qu’au nom de la religion catholique certaines personnes n’hésitent pas à prévoir de tabasser deux personnes pour le simple fait qu’elles s’embrassent. Le cardinal BARBARIN doit le dénoncer avec force. Il lui appartient également de rappeler ses ouailles au calme.

La Lesbian and Gay Pride de Lyon ne cédera pas à l’intimidation et à la pression de ces mouvements intégristes catholiques. Aussi la Lesbian and Gay Pride de Lyon interpelle à nouveau le Préfet du Rhône.

Dans une lettre, ce dernier nous informe de la tenue d’une procession partant de Saint-Jean à 19h30 pour justifier un déplacement du « kiss-in ». Vu le déchainement de haine sur les différents sites internet et forum de discussion, la Lesbian and Gay Pride de Lyon accepte de reporter d’une heure le kiss in. Mais elle refuse de l’annuler ou de le déplacer. Entre les homosexuels qui veulent s’aimer librement et les mouvements d’extrême-droite qui les insultent et les menacent, la Préfecture doit choisir qui "menace l’ordre public".

Aussi, nous appelons les élus-e-s, les associations de défense des droits humains, les partis politiques et les syndicats à se joindre à nous pour un

« Kiss In »

Samedi 15 mai à 20h30

Place Saint-Jean - Lyon 5e

Il appartient désormais à la Préfecture du Rhône d’assurer pleinement son rôle en protégeant les manifestants contre les débordements de la part des extrémistes catholiques et faire respecter l’ordre public en mettant en place le dispositif de sécurité adéquat.

Même lieu, même heure! Un nouveau rassemblement mardi 18 mai

A présent que le rassemblement a été interdit par la Préfecture, la Lesbian and Gay Pride de Lyon dénonce le manque de fermeté et de courage du Préfet du Rhône face "aux propos haineux et à la violence homophobe qui se sont déchainés sur la toile depuis plusieurs jours contre ce rassemblement". La Lesbian and Gay Pride de Lyon ne se laissera pas intimider et résistera. Elle vient donc de déposer une nouvelle déclaration de manifestation pour un Kiss-in contre l’Homophobie et la Transphobie, qui respectera cette fois les prescrits légaux.

le Mardi 18 mai – 19h30 - Place Saint-Jean toujours.

"Il est inacceptable que des intégristes religieux tentent par tous les moyens, y compris les menaces et l’intimidation, de faire annuler un évènement pacifique et somme toute anodin, tel que ce kiss-in. La Place Saint Jean ne sera pas la propriété des intégristes catholiques". Pour la Lesbian and Gay Pride de Lyon il est hors de question d’accepter sa privatisation, "nous allons donc nous la réapproprier". La Place Saint Jean restera un espace public. "Si la Préfecture venait de nouveau à interdire ce kiss-in, devrons-nous comprendre qu’elle va également interdire le passage de la Marche des Fiertés place Saint-Nizier en juin prochain ?" s'interroge l'organisation...

La Lesbian and Gay Pride de Lyon interpelle à nouveau le Préfet du Rhône. Désormais "il n’aura plus aucune raison de s’opposer à cette manifestation en se cachant derrière une question de procédure". Nous appelons les démocrates, les élus-e-s, les associations de défense des droits humains, les partis politiques et les syndicats à interpeller le Préfet et à se joindre à nous pour manifester contre l’intégrisme catholique" conclut le communiqué de la LGPL.

La balle est à présent dans le camp du Préfet.

Les extrémistes catholiques se réjouissent et appellent au combat. Le chapelet contre le drapeau arc-en-ciel.

Le collectif Act’Hope*, un "rassemblement de jeunes catholiques aspirant à défendre le Pape et l’Eglise toujours et partout" avait dénoncé par la voix de son président, Aymeric Château, le "kiss-in" prévu le samedi 15 mai 2010 sur le parvis de la primatiale Saint Jean, à Lyon. Il considérait que le rassemblement gay et lesbien constituait une véritable provocation, alors que l’Eglise est aujourd’hui la cible de multiples attaques. Pour Aymeric Château, « le choix de ce lieu n’est pas anodin. Les associations organisatrices de ce kiss-in visent délibérément l’Eglise catholique en choisissant de se réunir sur le parvis de la cathédrale Saint Jean ». Il avançait encore qu'il incombe aux autorités de protéger les lieux de cultes, et les personnes qui les fréquentent, des agressions haineuses comme des provocations. En conséquence de quoi Act’Hope demandait expressément aux autorités compétentes d’interdire la tenue de ce rassemblement à cet endroit symbolique.

Aujourd'hui ces catholiques se réjouissent de l'interdiction du kiss-in de ce samedi 15 mai par la Préfecture et en appellent à la contre-manifestation ce mardi. Voici ce qu'on peut lire sur le site E-deo: Le rassemblement de mardi va permettre de montrer aux Lyonnais le vrai visage de ces extrémistes : obscènes, haineux à l'égard de tout ce qui leur rappelle le christianisme. Il n'y a plus qu'à souhaiter la présence de nombreux médias mardi soir 19h30 devant le Parvis de la cathédrale Saint-Jean ainsi que de jeunes catholiques militant(e)s le chapelet à la main. Oremus !

A noter que le député européen Bruno Gollnish, un des leaders du Front National, avait  lui aussi publié un communiqué de presse dénonçant le kiss-in de Lyon:

INDECENCE & PROVOCATION

 

 

 

 

Des activistes homosexuels ont prévu d’organiser un « kiss-in » c’’est-à-dire une manifestation exhibitionniste et agressive, samedi 15 mai à 19h30 sur le parvis de la cathédrale Saint-Jean à Lyon, soi-disant pour « interpeller » l’église catholique.

Il y a longtemps cependant que l’Eglise catholique distingue les actes qu’elle réprouve des personnes qui s’’y livrent.

Sous prétexte de lutter contre l’homophobie, ces extrémistes prétendraient-ils interdire à quiconque d’’exprimer une préférence pour les relations entre homme et femme, qui, seules, peuvent transmettre la vie ? Ils y sont encouragés par l’’inepte législation spéciale que le calamiteux ministre de la justice que fut Dominique Perben a fait voter par démagogie, et qui permit la scandaleuse condamnation par la Cour de Douai d’’un député de son propre camp, déclaré « coupable » d’’avoir exprimé sa préférence pour la famille naturelle, avant d’être totalement innocenté par la Cour de Cassation !

On voit bien que, dans ce domaine comme dans d’’autres, sous le faux prétexte de tolérance, ces lois liberticides instaurent en fait une intolérance absolue.

Je note d’ailleurs que les organisateurs, « courageux mais pas téméraires » prétendent lutter contre « l’homophobie », devant la cathédrale, et non devant la mosquée. C’’est pourtant en application de la charia, et non du droit canonique, que des homosexuels sont exécutés chaque année…

Je me joins à tous ceux, catholiques ou non, qui protestent contre cette nouvelle provocation indécente et anti-chrétienne . Je demande instamment aux autorités de police de prendre les mesures nécessaires pour que ne se renouvelle pas l’’odieuse agression dont fut l’’objet en juin 2005, Mgr. Jacquin, recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, de la part de l’’organisation Act Up, subventionnée par les pouvoirs publics !

On le voit, des logiques et des rhétoriques différentes s'affrontent, et d'inquiétants mécanismes de propagande sont à l'oeuvre. L'exercice de droits démocratiques aussi fondamentaux que la liberté d'expression et le droit à la manifestation sont qualifés d'agression exhibitionniste et  de provocation indécente. La loi française est dénoncée comme liberticide ou inepte, les jugements des tribunaux français sont scandaleux. Tandis que d'aucuns se réclament d'un supposé droit du sol pour s'opposer au droit des gens: la proximité d'une église devrait suffire à interdire une manifestation, certains catholiques essayent ainsi de privatiser l'espace public. L'on ne peut que s'en inquiéter, surtout si on tient présent à l'esprit à quels extrémismes peut conduire la défense fanatique de lieux dits saints.

Sources:

  • Le site de la LGP-Lyon
  • Le communiqué de Bruno Gollinsch est sur Medialibre
  • Voir aussi ce qu' écrivaient hier YAGG et  Golias
  • On peut aller lire la rhétorique des opposants catholiques au kiss-in notamment sur E-deo ou Riposte catholique.

  • Photo de la Primatiale Saint-Jean: Benoit Mortgat, via Wikipedia

*Jeu de mots: ce collectif a détourné le nom du collectif Act-Up

 

 

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