16/04/2010

On a beaucoup giflé dans l'église catholique allemande: après le frère du pape, un évêque admet avoir brutalisé des enfants

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Au mois de mars le rigoriste et très conservateur évêque d’Augsbourg Walter Mixa, qui prétend avoir un coeur pur, avait été mis en cause pour des brutalités à l'encontre d'enfants mineurs .

Un article du Sueddeutsche Zeitung du 1er avril rapportait qu'il aurait battu des enfants d'un home au cours des années 70 et 80. Mais l'évêque avait à cette époque parlé  d’accusations "absurdes et erronées", alors que trois femmes et deux hommes, qui avaient séjourné dans le home franciscain Saint-Joseph à Schrobenhausen, en Bavière, avaient déclaré sur l’honneur au Süddeutsche Zeitung que Mixa, qui était curé de cette ville, leur aurait fréquemment donné des coups.

Hildegard Sedlmair : "Il m’a tirée du lit et plusieurs fois frappée du poing contre le bras" et cela "trois fois dans une semaine". ""Les deux ans passés à Schrobenhausen ont été les pires de ma vie"

Un homme de 41 ans, qui préfère conserver l’anonymat: "Monsieur Mixa m’a corrigé au moins 50 fois, il m’a abaissé le pantalon et m’a donné cinq à sept coups de bâton sur le derrière".

Monika Bernhard, 47 ans dit avoir reçu deux gifles et un coup de poing contre le bras. Aujourd’hui encore elle a en a encore des cauchemars de l'atmosphère de terreur que Mixa faisait régner.

Mais Walter Mixa avait alors fait savoir  par la voix de sa porte-parole "qu’à aucun moment de sa vie l’évêque n’a donné de coups à des enfants" . La porte-parole avançait que c'étaient là des récits "inventés qui sont destinés à diffamer l’évêque". Et alors que des politiciens (de gauche) priaient l'évêque de s'expliquer, la conférence épiscopale gardait un pieux silence.

Walter Mixa est évêque des armées depuis 2000 et également, depuis 2005, évêque d’Augsbourg. Il est considéré comme un des évêques les plus conservateurs d’Allemagne et est un farouche opposant de "l’inhumanité de l’athéisme militant".(Au siècle dernier, a-t-il entre autres déclaré, les régimes athées du nazisme et du communisme ont, avec leurs camps d’internement, leur police secrète et leurs assassinats de masse, prouvé d’une façon terrifiante ce par quoi l’athéisme se traduisait en pratique ). Il estime aussi que la révolution sexuelle des années 60 est en partie responsable pour les abus sexuels à l’égard d’enfants.

Le revirement de l'évêque

Mais aujourd'hui l'évêque confesse assez mollement ne pas exclure avoir donné l'une ou l'autre gifle lorsqu'il était curé de Schrobenhausen. Il a avoué au Bild am Sonntag qu'en 20 ou 30 ans d'activité pastorale il fut  très souvent en présence d'enfants et qu'il n'exclut plus l'une ou l'autre gifle. A l'époque, c'était tout à fait normal, plaide-t-il, et tous les professeurs et les élèves de cette époque le savent bien. Aujourd'hui il le regrette.

Des voix s'élèvent aujourd'hui pour que l'évêque se mette en congé de son office tant que l'affaire n'est pas tirée au clair. Ainsi du parlementaire SPD Franz Maget (socialiste) ou de la Présidente du parti écolo (Die Grüne) Claudia Roth qui, face aux mensonges de Mixa, demande son retrait immédiat. Claudia Roth va même plus loin et exige que Mixa se retire de toutes ses fonctions, y compris de sa charge d'évêque des Armées, si Mixa ne se retire pas de lui-même, il soit destitué par la conférence épiscopale Cette affaire ne fait pas celle de l'église allemande qui enregistre des départs massifs de fidèles. En Allemagne, rien de plus simple: on se rend au bureau d'état civil et on signale que l'on sort de telle ou telle église, on s'acquitte d'une somme modique (en Bavière 31 euros) et dès l'année suivante, on ne paye plus l'impôt du culte (quand même 7 pour cent de l'impôt total, qui s'ajoutent à cet impôt). 

A noter que les dignitaires de l'église protestante allemande ont plus de dignité et moins d'arrogance que l'évêque Mixa: l'évêque Margot Kässmann a immédiatement démissionné de sa charge alors qu'elle avait été surprise à brûler un feu rouge tout en ayant un taux d'alcoolémie spérieur à la normale.

On semble gifler beaucoup dans l'église allemande, le frère du pape, Georg Ratzinger, a lui aussi admis avoir donné quelques gifles à des enfants...Il avait adopté la même ligne de défense, parlant de la normalité de la punition physique à cette époque.

Comme vient de le dire le pape, qui croit que l'église est actuellement agressée, il est temps que l'église fasse pénitence: ."Face aux attaques du monde qui nous parlent de nos péchés, nous voyons qu'il est nécessaire de faire pénitence et donc de reconnaître les erreurs commises dans notre vie". 

La démission ne serait-elle pas une belle forme de pénitence?

Sources: Sueddeutsche Zeitung, Bild.de 

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