12/04/2010

Le chagrin des Polonais, par Irène Kaufer

Le chagrin des Polonais 

Par Irène Kaufer :: 11/04/2010

irène

Je sais : ce n'est pas très charitable de s'en prendre à un mort, et moins encore quand il est décédé dans les circonstances tragiques d'une catastrophe aérienne, qui a fait des dizaines d'autres victimes, moins médiatisées. Mais il y a quelque chose d'indécent dans le débordement d'hommages rendus au président Lech Kaszynski, quel que soit le respect que l'on puisse avoir pour le chagrin et le désarroi du peuple polonais. Cette espèce de "Lech-bottes" généralisé va bien au-delà de la simple politesse diplomatique à laquelle, par ailleurs, les médias ne sont nullement tenus.

Car enfin, qui était Lech Kaszynski ? Un anticommuniste très primaire, instigateur d'une chasse aux sorcières qui indisposait jusqu'au très droitier Lech Walesa ; un homophobe qui s'était fait un nom en interdisant la Gay Pride alors qu'il était maire de Varsovie (1), un « catholique convaincu » que, s'il professait une autre religion, on n'hésiterait pas à qualifier d'"intégriste"... Un grand ami aussi de Radio Maryja, une station ouvertement xénophobe et antisémite qui, outre son combat contre le mariage homosexuel et l'avortement, s'est aussi distinguée en menant une bataille contre le remboursement des bien juifs spoliés pendant la deuxième guerre mondiale (2). En voilà un qui n'avait pas besoin de porter un "signe convictionnel ostensible", selon le nouveau vocabulaire en vogue, pour afficher ses positions !

Or que lit-on dans les médias ? A côté d'expressions de deuil et de condoléances de circonstance, le portrait d'un homme qui "prônait une réforme de la Pologne dans la justice, la solidarité et l'honnêteté" (3). On sourit d'une telle originalité car on connaît peu d'hommes politiques ayant pour projet – du moins ouvertement.. - de conduire leur pays sur la voie de l'injustice, de l'égoïsme et de la corruption... Un homme "dévoué à la liberté et la dignité de l'homme", grandiloque Obama. Un président avant tout soucieux de "la démocratie, la liberté et la lutte contre le totalitarisme", ânonne Sarkozy. "Un ami d'Israël", le regrette-t-on à Tel Aviv, faisant mine d'ignorer ses amitiés avec les antisémites de Radio Maryja !

Certes, en cherchant bien, on peut aussi lui trouver quelques côtés plus sympathiques. Antilibéral dans tous les sens du terme, il a rechigné à signer le Traité de Lisbonne et s'est opposé à la privatisation de secteurs-clé comme la santé, se disant sensible au sort des plus démunis – à condition, bien sûr, qu'ils soient polonais, farouchement anticommunistes, catholiques et hétérosexuels.

Bref, même si j'aurais préféré qu'il démissionne ou mieux, qu'il soit électoralement viré par le peuple polonais, comme l'a été son frère jumeau Jaroslaw, la disparition de ce personnage de la vie politique européenne ne m'apparaît pas comme une "perte irrémédiable", comme il est de bon ton de l'écrire

Je profite de l'occasion pour soulever une question que je me pose à chaque catastrophe : comment les croyants – et on connaît la religiosité des Polonais – arrivent-ils à échapper au doute alors que là, on ne peut vraiment pas dire que "Dieu a reconnu les siens " ? Lech Kaszynski était un chrétien exemplaire, prêt à faire un rempart de son corps contre les hordes infidèles, homophiles et avorteuses partant à l'assaut de la vertueuse Pologne. Plus bigot que ça, tu meurs ! Au moment où l'avion allait s'écraser au sol, où donc était ce Dieu bon et tout puissant, alors qu'il Lui suffisait de remuer un de Ses doigts célestes pour soulever l'appareil et le poser en douceur sur une piste d'atterrisage, ou au moins dans une prairie ? S'Il voulait se rappeler au bon souvenir de ses ouailles – peut-être y avait-il même un mécréant dans l'avion, qui sait, ces mauvaises herbes poussent partout ! - il pouvait n'intervenir qu'à la dernière minute, et les passagers en auraient été quittes pour une grosse frayeur. A moins qu'Il n'ait été trop occupé à tenter d'éteindre l'incendie qui couve autour de son cher Benoît et des scandales de pédophilie...

Qu'on (re)trouve la foi suite à un traumatisme personnel, je peux encore le comprendre : dans ces cas-là, on fait ce qu'on peut pour ne pas sombrer. Mais quand ce Dieu (supposé bon, de surcroît !) s'en prend à des créatures qui, en apparence, ont tout tenté pour lui plaire, comment peut-on encore croire à son existence - à moins que ce soit pour le maudire ?

Décidément, les chemins de la foi me sont impénétrables. S'il y a des croyants dans la salle, qu'ils m'expliquent. Vraiment, j'aimerais comprendre...

(1) http://www.tetu.com/actualites/international/La-Pologne-e...

(2 )http://www.golias.fr/spip.php?article1683

(3) Selon la dépêche de l'AFP reprise par de nombreux journaux

09:40 Publié dans Politiques, élections, actions et campagnes | Lien permanent | Tags : pologne, homophobie, catholicisme, lech kaszynski | | |  Facebook |

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