27/03/2010

Un enseignant transsexuel: un prof d'école primaire veut changer de sexe (Belgique)

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Un professeur d'éducation physique d'une école fondamentale (enseignement maternel et primaire) proche de Bruxelles (Brabant wallon) a décidé de changer de sexe et a fait part de sa décision au directeur de l'école, qui doit s'efforcer de gérer une situation à laquelle personne ne semblait s'attendre.

La direction a réuni ses professeurs pour leur faire part de la décision de leur collègue et a envoyé un courrier aux parents des 240 enfants inscrits à l'école, les invitant à une réunion. L'équipe des professeurs aurait manifesté sa volonté d'intégrer la nouvelle donne. On ne connaît pas encore les réactions des parents, mais il semble que certains parents aient déjà exprimé leur intention de retirer leur enfant de l'école. S'il s'agit probablement de la réaction à chaud d'une petite minorité, on peut cependant  imaginer l'émotion que l'annonce a suscité.

Le cabinet Simonet (la Ministre en charge de l'enseignement)  a dépéché des équipes mobiles pour aider l'école à gérer la situation.

En Belgique, ce professeur qui souhaite faire correspondre son identité physique à son identité psychique devrait être protégé par la loi: tant l'état fédéral que les communautés et les régions ont adopté des lois et des décrets anti-discrimination qui interdisent toute discrimination portant sur le genre et l'orientation sexuelle (notamment le décret anti-discrimination de décembre 2008 en Communauté française). D'autre part, le changement administratif du prénom et de la mention du sexe sur la carte d'identité sont régis par une loi du 10 mai 2007.

On peut cependant imaginer que le questionnement principal des parents ne portera pas sur l'application de la législation mais sur l'impact que la transformation de leur professeur pourrait avoir sur leurs enfants qui devront bientôt appeler Madame la personne qu'ils appellent aujourd'hui Monsieur. Sur le plan pédagogique, un cours d'éducation sexuelle devrait pouvoir rendre compte de la diversité des orientations sexuelles. Rappelons que la Ministre Arena alors en charge de l'enseignement avait en 2006 temps fait distribuer aux écoles un manuel pédagogique intitulé Combattre l'homophobie, pour une école ouverte à la diversité. Sous le concept d'homophobie il y  aussi lieu d'inclure la lesbophobie et la transphoie (peur des personnes transgenres). Le guide est accessible en ligne sur le site de l'Enseignement en Communauté française de Belgique et le pdf téléchargeable.

Deux écoles au Canada et le Mexique ont récemment été confrontées à la même situation. Les Pouvoirs Organisateurs de ces établissements ont choisi malheureusement la voie radicale et très contestable, tant sur le plan moral que sur le plan juridique, du renvoi de l'enseignant.

Au Canada, une enseignante  a été congédiée en 2009 par une école catholique (Saint-Albert, Edmonton) après avoir informé le conseil scolaire de sa décision de devenir un homme . Le syndicat du professeur a porté plainte pour discrimination contre le pouvoir organisateur (conseil scolaire) de l'école. Le conseil scolaire a justifié sa décision par la nécessité de protéger les élèves de la confusion sexuelle que représentent les transgenres. Il s'est aussi appuyé sur les enseignements de l'église catholique pour laquelle le sexe d'une personne étant déterminé par Dieu, les personnes ne peuvent pas changer de sexe. Les avocats du conseil scolaire ont proposé à l'enseignant un emploi où il ne serait pas en contact avec les jeunes, ce que l'enseignant a refusé. Des arguments du type: "Votre changement de sexe pourrait créer de la confusion chez nos élèves et leurs parents." ont été avancés. (Source: Radio Canada, voir le reportage télévisuel en cliquant ici).

Au Mexique le Professeur Agustín Estrada Negrete  a été renvoyé de son poste de directeur d'école, le Centro de Atención Múltiple pour les enfants handicapés dans l'état de Mexico DF, en mai 2009. Depuis, de graves menaces de mort sont continuellement proférées contre lui et il a été agressé à plusieurs reprises. Un comité de parents s'est formé pour le soutenir et exiger sa réintégration dans ses fonctions. (Lire le reportage du site Front Line/protection des défenseurs des droits humains).

On le voit, au Mexique et au Canada, ce sont les parents ou le syndicat qui soutiennent les enseignants et oeuvrent à leur réingration. On ne peut que souhaiter que l'école belge qui connaît ajourd'hui une situation similaire adoptera la voie plus intelligente et humaine de l'intégration de la nouvelle donne, ce qui semble d'ailleurs être le cas pour l'instant.

Lire aussi l'article qu'Hugues Dorzée publie aujourd'hui dans le journal Le Soir de ce jour. En voici quelques extraits, reproduits avec l'aimable autorisation du journaliste:

Un prof de gym veut changer de sexe, HUGUES DORZEE

samedi 27 mars 2010

Un pro de gym d’une école brabançonne envisage de changer de sexe pour devenir une femme. Un cas inédit de transsexualisme à l’école.(...) une école primaire brabançonne (dont nous tairons volontairement le nom (...)

L’enseignant a officiellement informé sa direction de son projet de transformation. Qui s’efforce de gérer au mieux une situation délicate suscitant un certain émoi dans cet établissement de 240 élèves du réseau libre subventionné non confessionnel.

 « Le dossier est traité en bonne intelligence avec le chef d’établissement », assure-t-on au cabinet Simonet.(...)

Une réunion d’information avec les parents est prévue ce mardi 30 mars. Mais la situation demeure complexe.

Pour l’enseignant transsexuel, qui doit désormais gérer ce « coming out » et préparer son opération de conversion sexuelle avec tout ce que cela implique sur le plan personnel, social et médical. Pour ses collègues, soucieux d’éviter toute forme de discrimination. Pour les parents, enfin, confrontés à de nombreuses questions d’ordre éducatif.

« Nous essayons de gérer le dossier de la façon la plus subtile qui soit, insiste le directeur. Mais je sens beaucoup d’inquiétudes, de questionnement. Nous avons donc réuni un maximum de données juridiques et psychosociales. Cette réunion va nous aider à rationaliser les choses. »

« Énormément de tabous »

D’un côté, il y a le droit : l’enseignant, qui souhaite rester dans cet établissement, est statutaire. Il est protégé par plusieurs dispositions belges et européennes, parmi lesquelles le décret anti-discrimination du 12 décembre 2008. De l’autre côté, il y a la réalité de terrain à gérer : la future identité de Vincent (que nous avons tenté de joindre, en vain), l’impact de sa transsexualité sur ses élèves, la pression de parents qui ont déjà annoncé leur intention de retirer leur enfant si l’enseignant restait en place, etc.

L’avenir ? « Il appartient au pouvoir organisateur de gérer au mieux le dossier dans l’intérêt général », réagit Lise-Anne Hanse, directrice de l’enseignement obligatoire. Un PO un peu démuni en tant qu’« employeur » face à cette situation particulière.

Voir aussi la publication récente Etre transgenre en Belgique,  que Gay Kosmopol vient d'évoquer.

Les commentaires

  • La réaction d'un professeur qui est aussi papa de jeunes enfants:

    C'est difficile et je n'ai jamais été confronté à ça. Mon beau frère, oui. Il était élève à Charles Janssens [grand bahut laïque bruxellois , NDLR] et un de ses profs (en secondaire) non seulement est revenu après les vacances en tant que Philippine mais 2 ans plus tard, de nouveau en tant que Philippe. je n'ose pas imaginer la souffrance qu'il doit endurer au quotidien pour avoir pris 2 fois cette décision ...

    Je crois que les parents se font plus de stress que les enfants ne pourraient jamais s'en faire et si on présente les choses comme étant naturelles , normales sur le ton du "pourquoi pas après tout", les enfants les acceptent. Après, quand ils sont plus grands, il faut débriefer, expliquer, apprendre la tolérance mais c'est peut être ça qui manque le plus aux adultes éclairés que nous voudrions être.

    Quand à ma réaction en tant que collègue, alors là, je suis très à l'aise : chacun sa vie (sexuelle surtout) ! si un homo décide demain de (re?)devenir hétéro ou si une collègue décide de devenir "un" collègue, peut me chaut ! Je ne vois pas en quoi ça changerait mes rapports collégiaux.  

  • Lire aussi les commentaires sur le site de RTL infos Belgique dont l'article résume l'article du Soir.

  • Lire aussi l'intéressante réaction du site Enseignons.be qui s'étonne de la médiatisation d'une affaire qui concerne la vie privée. Ce site constitue un des plus grands portails pédagogiques francophones, et certainement le premier en Belgique, avec plus de 65000 inscrits. Son commentaire apporte un soutien manifeste au professeur d'EPS et nous espérons que ce lien lui parviendra!

  • Le commentaire d'un administrateur (membre du pouvoir organisateur/PO) d'une école secondaire de l'enseignement catholique (libre subventionné):                                                       Voici ma réaction à titre personnel; c'est ce que je défendrais au Pouvoir Organisateur, mais sans préjuger de la position des autres membres du PO. C'est effectivement une situation inédite et très délicate qu'il faut traiter avec prudence et surtout tolérance.
    Mais je crois qu'il faut expliquer, expliquer et encore expliquer.
    Expliquer au corps professoral, aux élèves et aux parents.
    Pour moi, cette explication devrait se faire par une (ou des) personne(s) extérieure (s) à l'école et qui connaissent bien le domaine de la transsexualité (médecin, psy,...)
    Je crois qu'il est préférable d'avoir un prof féminin bien dans sa peau qu'un prof masculin mal dans la sienne.
    Peut-être, dans ce cas précis, faut-il envisager une période de transition pendant laquelle le prof serait "écarté", mais toujours payé, le temps qu'il puisse passer de "il" à "elle". Cela se fait bien pour certaines professions (infirmières enceintes).
    Il faut aussi envisager l'aspect légal et je crois que là rien ne s'oppose à ce que le prof continue à exercer son métier.
    Pour avoir lu divers articles de presse sur le sujet, je crois que la direction de l'école gère bien la question.

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