14/03/2010

Scandales pédophiles : une allégorie du Vatican

Un article du journal Le Soir (édition en ligne du 13 mars, avec AFP), intitulé Le Vatican contre-attaque face aux scandales de pédophilie, reporte que le Vatican se dit la victime d’une campagne de dénigrement et minimise le phénomène de la pédophilie au sein de l’église catholique. Il s’est en effet déjà trouvé un prélat pour se livrer à un calcul casuistique et pour démontrer que la pédophilie n’est qu’un phénomène marginal au sein de cette institution et que le Vatican est soumis à des attaques grossières. Ce prélat, Mgr Chales Scicluna, appartient à la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’ancienne Sainte Inquisition, précisément la congrégation que dirigeait Ratzinger avant de devenir pape. Ses calculs réduisent la pédophilie à une quantité quasi homéopathique au sein de son église. (Les propos du prélat ont été traduits en anglais par le New York Times: cliquer ici).

singes de la sagesse

 

                                                                             Cette culture du déni et du dénigrement des analyses que l'on trouve ces derniers jours dans  la presse allemande et internationale m’évoquent la métaphore populaire des singes de la sagesse. Pour rappel , les singes de la sagesse sont à l’origine un symbole représenté par trois singes, dont chacun se couvre une partie différente du visage avec les mains : le premier les yeux, le deuxième les oreilles et le troisième la bouche. Ils forment une sorte de maxime picturale : « Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal ». À celui qui suit cette maxime, il n'arrivera que du bien. Ces trois singes peuvent aussi métaphoriquement évoquer le contraire de ce qu'on leur fait habituellement dire, et notamment trois comportements d'autocensure pouvant traduire une forme d'irresponsabilité ou de lâcheté :

  • Ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème

  • Ne rien vouloir dire de ce qu'on sait pour ne pas prendre de risque

  • Ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire « comme si on ne savait pas » (Wikipedia)

Ainsi le Vatican se voile-t-il pieusement la face. Mais à la fois il durcit le ton en clamant haut et fort,- mais un peu tard-, que les coupables seront châtiés et remis à la justice. Sans doute cela doit-il se faire, mais cela me paraît inutile (parce qu'inefficace dans la durée) si parallèlement à la recherche de la vérité le Vatican ne se remet pas profondément en question en s’interrogeant sur sa gestion désastreuse de la sexualité : la question du célibat des prêtres et des religieux, et corollairement la question de l’ouverture du mariage aux prêtres, la question de la place des femmes dans l’église et de leur accès à la prêtrise, la question de sa vision  scientifiquement anachronique de l’homosexualité. Un mea culpa autre qu'hypocrite et cauteleux s'impose. Sans parler des excuses à présenter tant aux victimes qu'au public, et du dédommagement substantiel des premières.

 

Malheureusement les propos du pape qui vient de réaffirmer le caractère inaltérable du célibat consacré ne laissent pas présager que le Vatican s’engagera prochainement sur la voie de l’auto-analyse.

 

On pourrait craindre également un durcissement, s’il est possible encore, du jugement de l’Eglise catholique sur l’homosexualité et la pratique homosexuelle. Certains dignitaires se sont plu par le passé à entretenir une confusion pernicieuse entre pédophilie et homosexualité. Bien sûr, on n’entendra pas directement ce type de propos dans un communiqué officiel du Vatican . Mais l’homophobie y est quasi institutionnalisée, et le Vatican pourrait bien considérer que la désignation d’un bouc émissaire lui est stratégiquement utile par temps de tempête. Il le distillera par prélats et dignitaires interposés. On vient de le constater en Irlande, un pays secoué gravement par les scandales pédophiles catholiques et par ceux de la maltraitance d’enfants au sein des institutions religieuses,  où la conférence épiscopale vient de condamner avec virulence le projet de loi sur les unions civiles des personnes du même sexe. (voir notre article)

terras

Quant à la causalité de l’occurence importante de la pédophilie au sein l’église catholique, on lira avec profit l’interview de Christian Terras, le rédacteur en chef de Golias, une revue catholique critique, dans le Nouvel Observateur en ligne. L’analyse de Christian Terras me paraît très éclairée et pertinente. Et donc éclairante. En voici deux extraits :

L'Eglise catholique, de par son idéologie très moralisatrice et dogmatique, n'est plus opérante dans la prise en compte de l'humanité et de la psychologie des hommes et des femmes. Elle maintient dans un carcan les candidats au sacerdoce. Or, une mutation radicale devrait avoir lieu au niveau des personnels permanents, à savoir les prêtres et les évêques. Ils ne devraient plus seulement être recrutés parmi les mâles célibataires. L'Eglise doit aussi revoir sa morale fondée sur la dichotomie bien/mal. Au-delà de la question du célibat, c'est une révolution culturelle qui doit s'engager. Ce changement avait été envisagé avec le Concile Vatican II en 1962, mais il a ensuite été stoppé net en 1968, avec l'encyclique "Humanae vitae", qui interdit notamment la contraception. Ce texte, qui a constitué un véritable séisme, a persuadé l'opinion que l'Eglise était incapable d'engager une réflexion sur la sexualité sans être culpabilisante.

Le célibat est l'un des éléments qui pousse les prêtres à commettre des actes pédophiles, mais ce n'est pas l'unique explication. De nombreux candidats au sacerdoce présentaient une grande immaturité sur le plan sexuel et camouflaient, inconsciemment, leur pédophilie. On a embarqué ces personnes dans une aventure pour laquelle elles n'étaient pas prêtes.
Pendant des années, l'Eglise a manqué de discernement et a couvert leurs transgressions, en se contentant de déplacer les prêtres pédophiles. La perversion individuelle s'est alors doublée d'une perversion institutionnelle. Le système s'apparente à du crime organisé. La justice a rétabli des repères moraux. (Christian Terras)

Commentaires

ne communions pas dans l'hypocrisie.n'alimentons pas de confusions pernicieuses.ce sont là les armes de nos ennemis de toujours.tout d'abord je pense que c'est gâcher beaucoup d'énergie que porter tant d'intérêt aux agitations vaticanes. parce que l'on sait ce qu'elles valent autant que ce qu'elles veulent. à mon sens pas une des "grandes" religions qui se partagent actuellement le marché, ne se montre très à son aise avec ce qui concerne la sexualité.non plus que la liberté de chacun. en dehors d'initiatives marginales, (et souvent plus intéressées qu'éclairées),les défenseurs des dogmes, toutes obédiences confondues,se font les gardes-chiourmes d'une morale qui semble dès lors parfaitement partagée entre tous. je veux dire que l'Église catholique romaine n'est pas plus originale que ses collègues, tant chrétiennes, qu'islamiques ou judaïques. ce qui parait la différencier s'est que cette grosse structure de gouvernement et de pouvoir absolu, matériel comme spirituel, n'a plus ni sens, ni même réalité.c'est une forme d'illusion passéiste à l'usage d'autres gouvernements. s'adaptera? s'adaptera pas? franchement le monde d'aujourd'hui c'est une autre planète d'un autre système solaire alors on s'en tape.
plus grave est l'association qui perdure célibat-pédophilie. dire que c'est "un des éléments qui pousse les prêtres à commettre des actes pédophiles" me gène énormément. ce qu'on nomme pédophilie est une perversion sexuelle qui relève de l'abus de pouvoir d'un adulte sur un enfant. c'est l'usage pervers du pouvoir exercé sur de plus faibles qui caractérise celui qui s'autorise à ses pratiques amorales. le POUVOIR et ses moyens pour s'imposer, le problème est là, seulement là.

Écrit par : Jeanluc | 14/03/2010

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