04/03/2010

Le Maroc commence à débattre de l'homosexualité

Défense des minorités: le cas de la cause homosexuelle

Un article du blogueur DR H, sur TalkMorocco.net. Cet article vient d'être traduit en italien et publié par le journal La Stampa.

Depuis quelque temps, le débat autour de l’homosexualité fait rage. Depuis qu’un jeune écrivain marocain a osé, courageusement, crier haut et fort son orientation sexuelle. Plus qu’un fait de société, l’ouverture d’un débat au Maroc autour de la question est en train de révolutionner ses mœurs que l’on préfère qualifier d’immuables mais qui sont loin de l’être réellement.

Abdellah Taia est un jeune marocain qui est d’abord comme nous tous avant d’être différent. Un garçon rêveur, qui a grandit dans la plus grande simplicité d’un père « chaouch » à la bibliothèque nationale et d’une mère analphabète, dans un des quartiers populaires de la petite Salé. Il est en cela ce fameux marocain Lambda que l’on aime a prendre comme référence dans les salons – qui s’apparentent plus à des cafés ou des bars au passage, culture oblige ! – intellectuels marocains. Un parfait exemple du changement de la mentalité chez les jeunes au Maroc. Mais ne vous y trompez pas, le changement qu’il incarne ne réside pas simplement dans son homosexualité, mais bien dans sa manière d’aborder le Maroc de demain. Une manière courageuse, qui fait fis d’une hypocrisie que l’on aime s’attribuer (encore une !) et qui surtout allie la parole aux actes et plus encore : les valeurs aux actes.

De cette manière, Abdellah, nous donne une leçon de militantisme. Il montre que le débat est possible et que ces résultats sont toujours probants. Comment, moi qui comme beaucoup de mes compatriotes, avait une fâcheuse phobie des homosexuelles, suis-je arrivé à les accepter et à les défendre ?

Pour relayer le combat de cette catégorie, il est besoin d’inclure la voix des hétéros qui croient en la liberté individuelle, ceux qui pense que la question mérite un débat, et ceux qui sont farouchement contre. Ainsi, nous pourrions établir des règles civiques qui respecteront tous les bords et qui mettront fin à l’exclusion injuste de cette catégorie de la population marocaine que forment les homosexuels. Car il s’agit bien d’une catégorie d’individus : comme les chauffeurs de taxis refusent ensemble le nouveau code de la route, ou comme les fans du Raja ou du Wydad s’allient pour soutenir leur équipe, des hommes (et des femmes qui bientôt suivront) qui ont des droits refusent d’être rejetés de la société et désirent… participer au développement de leur pays et défendre l’Etat de droit. Bien entendu, si le débat sur le mariage gay et l’adoption fait fureur outre méditerranée, ce n’est pas ici le sujet, vous l’aurez compris. Viendra peut être le jour où nous en débattrons comme dans toute nation civilisée et où nous trancherons sur la position de notre pays par un combat d’idée et non par la dictature de ceux qui veulent nous imposer leur Maroc.

Oui, nous sommes tous des homosexuels. Au Maroc, nul besoin d’en apporter la preuve : les hommes s’embrassent et se touchent affectueusement plus que partout ailleurs. Ainsi le perçoit en tout cas l’oeil de nos touristes occidentaux ! Mieux : Marrakech est la capitale marocaine des homosexuels, c’est de notoriété publique. Comme le dis la célèbre blague « si tu fais tomber un dirham à Marrakech, pousse la du pied jusqu’à Souk Larbe3 !! ». Alors regardons cette question en face et ayant le courage d’accepter la différence. Seulement si, bien sur, on nous permet de ramasser notre pièce à Marrakech !!

« Ma liberté s’arrête là où commence celles des autres ». Pas avant. Mêmes lois et devoirs pour tous. Etablies démocratiquement par la majorité, dans le respect et la défense des minorités. Voilà ce qu’est la liberté…

Aujourd’hui, le débat est lancé. Mieux que cela, il gagne du terrain. L’association Kif Kif de défense des libertés établit à Madrid faisait sa promotion au Maroc il y a quelques mois. Les responsables ont rencontré des hommes politiques et des membres de la société civile… Qui y aurait cru il y a 5 ans ? Qui ? Alors certes, nous ne gagnerons peut être jamais la sympathie des « barbus », ni celles des vieux conservateurs, ni celle de beaucoup d’autres, mais les jeunes d’aujourd’hui grandissent avec ce débat, et il ne resteront pas insensibles à l’appel de la liberté et de la tolérance. Certes nous assistons encore à des événements dramatiques à Kser Lkbir ou ailleurs, mais voyons plutôt positivement et constructivement le débat que cet événement à créer en place d’en voir une preuve d’immobilisme culturel.

C’est ainsi que les choses seront amenées à changer : n’ayant pas peur de ce que nous pensons et permettons le changement sans se poser à nous-mêmes de limites à notre changement. Pour cela, nous devons avoir la conviction que cela peut changer à notre niveau personnel et la société s’en trouvera transformée par un effet boule de neige. Posons nous chacun la question et donnons nous le pouvoir de penser par nous même. Arrêtons de rejeter la cause de notre impuissance sur le marocain Lambda… celui-ci vous ouvre la voie. La liberté est l’essence même du développement, le combat pour l’un, l’est pour l’autre.

Les dix premières années du règne du Roi Mohammed VI ont vu nombre de questions de société évoluées. Du statut de la femme à la question de l’amazighité, plusieurs débats voient le jour sur la scène marocaine. Seulement, les débats chez nous ne prennent pas la forme conventionnelle qu’ont les débats nationaux sous d’autres cieux. Dans leurs missions d’apporter des réponses aux transformations de la société, tous les acteurs de notre pays doivent participer à ces échanges tant que les autorités protégeront toutes les minorités de ces débats. Mais cela n’est pas encore gagné

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