03/03/2010

Le prix quinquennal de littérature à William Cliff

william cliff

Le Service de la Promotion des Lettres de la Communauté française a décerné ce lundi soir ses prestigieux prix littéraires. Le plus important, le prix quinquennal de littérature est remis au poète et romancier William Cliff.

Les prestigieuses récompenses littéraires de la Communauté française sont décernées, ce lundi soir, à la maison internationale des littératures Passa Porta à Bruxelles.

Le prix quinquennal de littérature est attribué tous les cinq ans depuis 1929. Il couronne un auteur pour l'ensemble de son oeuvre. Il revient, cette fois, au poète et romancier belge William Cliff, âgé de 70 ans.

Remarqué par Raymond Queneau, ce Gembloutois a publié une vingtaine de recueils de poésie et de textes en prose. Renouant avec le vers régulier et la poésie narrative, l’œuvre de William Cliff trouve son originalité dans ce rapport entre la forme classique et la modernité de son propos.

En lui remettant le prix Quinquennal, le jury affirme "avoir voulu mettre en avant la force et la constance de cette voix unique dans les lettres françaises contemporaines".

Via RTBF en ligne. Voir aussi l'article du Soir en ligne.

Ecouter un extrait sonore de William Cliff en cliquant ici

Extraits:  Écrasez-le (précédé de) Homo sum

écrasez le

"L'alexandrin je le pratique comme on gratte/ dans son nez pour s'occuper; le temps est bien froid/ cet hiver, ma barbe est longue, mes cheveux gras;/où irai-je ce soir balancer mes savates/ pour écraser l'angoisse qui s'obstine en moi?"

"Mes frères étaient cancres et moi tout autant :/ l'école chrétienne nous étouffait,/ nous préférions dans le noir nous tirer/ la queue, nous faire traire comme vache ;/ le sexe prend son chemin comme il peut/ entre des temps de messe et de cravache."

Parfois dans un  "grenier bien mal garni", le narrateur assouvit rapidement ses désirs  avec l'image d'un "ange incroyablement surgi/ du sol bizarre et lourd de la Belgique"

"C'est un garçon en blue-jean qui célèbre la messe (...)/ sait-il/ tous les désirs et tous les désespoirs, les nostalgies/ qu'on accroche sur son corps d'adolescent très pur et chaste?"

Mais l'amour semble impossible.  Aucune vie "ne veut se confondre à la nôtre :/ c'est en vain qu'on se jette dans le pas des autres".

"Je désirais certaines choses de tout mon être et jamais je ne rencontrais une moindre parcelle de satisfaction. Alors j'ai écrit ce texte".

"Tu veux savoir mes coordonnées/ le nombre exact de mes années, (...), il vaudrait mieux/ montrer au fond ce que nous sommes/ la vérité de son poids d'homme//(...) car je veux plonger aux bourrasques/ horribles du partage à deux/ absolument dépouillé d'eux/ nu débarrassé de leurs loques/ de leurs bicoques et leurs défroques/ dont ils se couvrent honteusement/ pour camoufler la crudité de leur néant

Et le tragique des rencontres: "La séance dura ce que durent les roses :/ l'espace d'un crachat; mais au moins on s'était/ oubliés l'un dans l'autre... et la force des choses/ nous avait ramenés à ce qu'on était."

Extraits de Écrasez-le
précédé de Homo sum
William Cliff
Gallimard
235 pages, 19 e

Choix de textes: Richard Blin pour un article paru dans Le Matricule des Anges

 

09:17 Publié dans Littérature | Lien permanent | Tags : william cliff, prix quiquennal, gay, homosexualite, poesie, belgique, belge | | |  Facebook |

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