02/03/2010

Jésus aurait donné la communion aux gays. Réflexions théologiques.

L’église catholique qui, en Hollande comme ailleurs, exclut de la communion les homosexuels qui vivent leur sexualité, ne propose curieusement aucune réflexion théologique approfondie sur ces refus de communion. Sans appartenir à cette institution et vu de l’extérieur, on perçoit surtout le durcissement de l’attitude et une volonté de pouvoir, et il est légitime de se poser la question de savoir ce qui se trouve au cœur de cette affaire.

Simon_ushakov_last_supper_1685

 

La dernière Cène: l'origine de la communion

 

L’institution du sacrement de communion remonte à la dernière cène : Jésus réunit ses disciples pour un repas, pressentant le supplice qui l’attend. Il partage du pain et du vin en les bénissant et en sert ses amis en leur disant d’en manger et d’en boire car, leur dit-il,  il s’agit de sa chair et de son sang. Et il les enjoint de répéter ce partage lorsqu’il ne sera plus là pour présider au repas. Vous ferez ceci en mémoire de moi. C’est ce que les catholiques appellent le partage eucharistique. C’est là qu’ils voient l’institution du sacrement de communion. Lors d'une messe catholique, l'officiant répète les gestes de Jésus: il consacre pain et vin et les distribue aux fidèles ( en général uniquement le pain qui, selon les catholiques, contient miraculeusement le corps réel de Jésus).

 

Jésus a, d’après tous les textes fondateurs de cette religion, les évangiles, exécuté ce partage eucharistique avec tous ses apôtres, indistinctement de ce qu’il savait de la personnalité  et des actes de chacun d’entre eux. Judas est présent et communie avec les autres apôtres. Jésus sait sa trahison puisqu'il la prédit, mais ne renvoie pas Judas et le laisse partager le repas alors même que le crime capital est déjà prémédité: la trahison de Jésus qui conduira au  meurtre de Dieu. Il en va de même de Pierre, dont il connaît aussi la trahison prochaine, communément dénommée le reniement de Saint Pierre. Pendant le partage eucharistique, Jésus prédit la trahison de ces deux hommes, et leur distribue cependant ce qu’il désigne comme son « corps » et son « sang », le pain et le vin consacrés.

 

Jésus n’exclut de la communion ni celui dont il sait qu’il va le livrer à un ennemi qui le mettra à mort, ni celui qui pour sauver sa peau niera être de ses amis (Pierre). Il leur donne le pain et le vin comme aux autres alors qu’il connaît leur trahison, dont il leur parle clairement d’ailleurs. La tradition chrétienne désignera par la site Judas comme le criminel suprême.

 

Le refus de communion : un acte politique, l’exercice d’un pouvoir

 

Ma question: comment peut-on empêcher, au sein de l'Eglise qui se dit de Jésus,  un homme quelconque, quoi que ce soit qu'il fasse, ait fait ou projette de faire, de communier alors qu'il en manifeste le désir, alors que Dieu même s'est partagé avec celui qui préméditait de le trahir, une trahison dont Judas devait savoir qu’elle conduirait à l’exécution de son ami?

 

L’Eglise catholique refuse aujourd’hui la participation au partage eucharistique à des gens dont le seul crime est de s’aimer : des divorcés remariés, des gays, des lesbiennes. On conviendra que le crime d’amour, si tant est que crime il y a, est moindre que le crime de haute trahison.

 

Bien sûr, sur un plan purement légaliste, l’Eglise catholique peut en matière éthique faire quasiment ce qu’elle veut au sein de son institution : l’Etat ne viendra pas se mêler de la manière dont elle organise son fonctionnement, comment elle organise ses sacrements età qui elle les distribue. Mais, sur le plan de la réflexion théologique,  utiliser le pain et le vin comme une arme politique semble cependant contraire au symbolisme de la Communion.

 

Et c’est pourtant ce qui semble se produire. On voit souvent la hiérarchie de cette église utiliser le refus de communion comme une arme politique : ainsi des évêques menacent-ils de refus de communion des hommes politiques qui se préparent à voter des lois contraires à son enseignement : lois sur la contraception, sur l’avortement, sur la recherche scientifique (cellules souches), sur le partenariat civil, sur le mariage des personnes du même sexe. Un exemple récent est l’interdiction de s’approcher de la sainte table qu’a notifiée l’évêque de Rhode Island (USA), Thomas Tobin, au parlementaire Patrick Kennedy pour avoir voté des lois autorisant l’avortement.

Elle s'en sert aussi pour essayer de contrôler et de canaliser la sexualité des hommes et des femmes qui se soumettent  à son magistère. On le voit dans l'exemple hollandais qui se trouve aujourd'hui sous les feux de l'actualité.

 

L’Eglise n’est pas monolithique : les prêtres de l’accueil

 

La pratique pastorale peut être tout autre et certains prêtres catholiques ont un sens de l’accueil et du dialogue fort différent des ukases promulgués par leur hiérarchie. Ainsi, en Belgique, le prêtre Germain Dufour a-t-il récemment béni dans une église liégeoise un couple gay qui venait de se marier au civil. 

  

D’autres prêtres, comme le jésuite José Davin, proposent l’accompagnement des personnes homosexuelles catholiques et de leurs familles. On peut approcher sa réflexion sur l’accompagnement chrétien des personnes homosexuelles dans un texte en ligne : voir par exemple son texte Tenir sa place sous le regard bienveillant de Dieu dans lequel il présente l'homosexualité comme un don de Dieu parmi d'autres. Le Père Davin organise ce dimanche 7 mars, une journée destinée aux personnes homosexuelles au Centre jésuite de la Pairelle (Belgique). Plus d'infos: cliquer ici.

 

Réflexions d'un jésuite

 

José Davin, à qui j’ai fait part de mes réflexions,  a bien voulu formuler son avis sur la question du refus de communion. Voici ce qu’il m’en écrit hier. A noter que le texte du Père Davin est au départ la réponse à un courriel, des textes écrits d'une traite et dont il dit qu'ils "mériteraient réflexion, mais disent l'essentiel de ce qu'il pense et vit." Je prends la précaution intellectuelle de signaler ce contexte afin qu'on ne prenne pas ces textes spontanés pour une communication théologique définitive.

 

1.    Pour la communion au gays/lesbiennes 

 

Depuis 7 ans, ils peuvent communier à la messe que je célèbre à la fin des Journées pour eux, leurs familles/amis, au  Centre jésuite La Pairelle. C'est le cas ce dimanche 7 mars (Tél. 081 468111)

Le critère est simple : que chacun, en conscience, se détermine si, chrétien, il souhaite vivre en communion avec le Christ qui vient vers nous, hétéros ou homos, non pour nous récompenser, pais par amitié, pour nous soutenir.

Quant à qualifier les actes homosexuels de "péchés", personne dans l'Église ne peut effectuer ce jugement à la place d'un autre. Sur la continence sexuelle des couples homosexuels, je renvoie à mon livre "Gays et lesbiennes" (St-Augustin), qui indique simplement ce choix comme possible pour certains, mais sans aucun jugement, après avoir évoqué le bienfait de la vie de leur couple que je bénis volontiers (le livre en parle aussi).

Dans un autre livre "A quand ce concile ?", nous disons à propos de cette continence "Est-ce possible, réalité, évangélique ?" avant d'écrire que le Christ parle plutôt de chemins d'amour que de défenses et de tabous.

 

2.    Sur la communion de Judas

 

Depuis longtemps, je pense que notre liberté est grande et telle que Dieu n'en connaît pas le déroulement. Il ignore donc notre futur. Et Jésus, devenu vraiment un des nôtres, ignorait ce futur, tout en devinant que Judas, habitué à voler dans la bourse commune, complotait. Les évangélistes, 30 ans après, ont écrit que Jésus avait tout deviné de son manège !

Quoi qu'il en fut, Jésus  n'a pas  condamné cet homme et a continué à se donner à lui (par la communion), comme il l'a fait pendant près de 3 ans.

Je suis persuadé que tu ne compares en rien les gays et les lesbiennes chrétiens à des Judas, mais que tu fais un rapprochement avec la situation déplorable d'une Église qui leur refuse la communion. S'il y a scandale public permanent de la part d'un chrétien (assassin, pédophile, drogué grave, etc ), on comprend que le prêtre en délibère avec ses fidèles pour leur dire surtout ceci "Abstenez-vous de juger les autres. Ils ont leur conscience pour se situer eux-mêmes face à la bonté de Dieu".

Quant à l'homosexualité, tout curé devrait en parler positivement afin que chaque  couple homo ne soit gêné à la messe et communie en paix.

Aucun des centaines d'homos que je fréquente n'est en situation, à mes yeux, de scandale public, suite à son homosexualité, qu'il vive en couple ou non. Je n'ai d'ailleurs à juger la conscience de personne, même si je peux juger des actes indépendamment des personnes. De plus, les actes sexuels des couples homos me semblent la conséquence logique et naturelle des sentiments amoureux qu'ils éprouvent et dont j'admire la qualité chez beaucoup. Il y a lieu de mieux situer les paroles bibliques à ce sujet (cf le même livre).

 

Les témoins choisis pour la Journée de ce dimanche 7 mars sont des hommes et femmes vivant en couple.

 

Informations sur la journée du 7 mars : cliquer ici

 

José Davin est coauteur d'un ouvrage intitulé A quand ce concile?

 

 

 

Les commentaires sont fermés.