19/01/2010

Sénégal : les religieux expliquent les raisons de leur homophobie

assam seck

                                                             Un article de la rédaction africaine de Radio Nederland Wereldomroep (la radio néerlandaise internationale), mis en ligne le 18 janvier

Dépravation des mœurs, perte de l’ordre social, acte contre nature : au Sénégal, l’homosexualité suscite réprobation, craintes et parfois actes de violence.

Bineta Diagne (Notre correspondante à Dakar)

L’imam Assane Seck officie à la mosquée de l’unité 17 des Parcelles assainies, dans la banlieue dakaroise. Il y prononce parfois des prêches contre les homosexuels « pour sensibiliser » sur ce phénomène. Titulaire d’une maîtrise en droit islamique, cet imam condamne avec virulence l’homosexualité dans la société sénégalaise, composée à 95% de musulmans vivant dans un Etat laïc : Je conçois l’homosexualité au Sénégal comme tout à fait contraire à la foi, la religion et les mœurs de plus 95 % de la population, affirme M. Seck. « Ce phénomène (l’homosexualité) est fortement combattu dans notre société. Il suscite la réprobation la plus totale, vu que l’islam, explique-t-il, a une attitude tout à fait sévère vis-à-vis de l’homosexualité ». D’après ce chef religieux, l’homosexualité menace « l’ordre social » sénégalais.

Lobbies européens

Même réquisitoire soutenu par l’ONG islamique Jamra. Son président, Bamar Guèye, dénonce des lobbies homosexuels européens, qui seraient derrière les homosexuels sénégalais : Des personnes d’autres pays veulent nous imposer quelque chose qui n’est conforme ni avec notre religion, ni avec notre tradition, s’insurge-t-il, tout en reconnaissant que la foi est quelque chose de sensible.

Ce musulman dit conseiller en toute confidentialité les rares homosexuels qui s’adressent à sa structure :« Nous leur disons de se conformer aux préceptes de notre sublime religion, indique M. Guèye. Et d’insister : Nous les encourageons, nous ne les forçons pas. Plus radical, l’imam Assane Seck soutient une application à la lettre du Coran, qui, selon lui, dicte de tuer les homosexuels pour purifier la société.

 
Victimes du mal

Autre voix opposée aux homosexuels : l’Eglise sénégalaise. La foi chrétienne refuse l’homosexualité, dit l’abbé Léon Diouf, vicaire épiscopale à la Cathédrale de Dakar. Cet abbé prône pourtant la tolérance car il considère les gays comme des victimes du mal, qu’il faudrait protéger des mouvements de foule. (...) C’est la foule qui rejette ainsi cette communauté, dénonce-t-il.

Un activiste sénégalais de la Rencontre africaine des droits de l’homme met en garde contre les dérives de l’homophobie. S’opposer aux MSM (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, en anglais), ne justifie pas que l’on aille jusqu’à déterrer un homosexuel, comme cela a été le cas à Thiès l’an dernier. Si on va aussi loin, c’est qu’il y a problème dans la société, avertit-il.

En février 2008, la publication dans la presse locale de photos illustrant une cérémonie gay avait provoqué un tollé et une véritable chasse à l’homme contre les homosexuels. Depuis, nous sommes obligés de nous cacher, témoigne le secrétaire exécutif d’une association gay, sous couvert de l’anonymat : Au début, se souvient-il, lorsque notre association s’est formée, nous avions du mal à mobiliser les MSM, car il fallait qu’ils sortent de leur clandestinité.

Source: RNW

07:08 Publié dans Religions, haines et tolérances | Lien permanent | Tags : islam, homophobie, senegal, dakar, assane seck, afrique, islamisme, homosexualite | | |  Facebook |

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