07/09/2009

Elections allemandes et droits des gays: des promesses, encore des promesses...

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A trois semaines des élections parlementaires en Allemagne, tous les partis, à l'exception du parti le plus important, promettent monts et merveilles aux gays et aux lesbiennes: égalisation des droits entre les contrats d'union civile et le mariage, ouverture du mariage aux personnes du même sexe, ouverture du droit à l'adoption. Les socialistes du SPD, les libéraux du FDP, les rouges de Die Linke  (anciens communistes de la RDA) et les verts de Bündnis 90/Die Grüne font tous belle figure électorale face au public gay et lesbien. Seuls les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU de l'actuelle chancelière Angela Merkel boudent et  tournent le dos aux électeurs lesbigays, rappelant que dans CDU/CSU il y a le C de chrétien, qu'ils sont favorables à la famille traditionnelle et ne souhaitent pas ouvrir le droit à l'adoption. Bien entendu, il faut relativiser les choses: on est en Commnauté européenne, et la CDU n'ira pas à l'encontre des droits acquis, elle veut marquer sa différence par un certain traditionalisme bon teint. Et la Cour Suprême allemande vient d'ouvrir le concept de famille: la famille sociale a autant d'importance que la famille biologique, a-t-elle de décrété dans un jugement récent qui a accordé le droit de maternité conjointe à un couple de lesbiennes.

Les partis qui se disent favorables aux droits des personnes LGBT représentent, à la louche, les deux tiers du Bundesrat. Alors, le droit au mariage et à l'adoption vont-ils enfin être accordés aux gays allemands et aux lesbiennes sous la prochaine législature?

Cela se clarifiera seulement au moment des négociations de formation de la prochaine coalition. Il est assuré qu'aucun parti n'emportera la majorité absolue. Tout dépendra de la force de la CDU/CSU qui vient de prendre une claque électorale dans deux des trois Länder qui organisaient récemment des élections régionales. La CDU/CSU aimerait former un gouvernement de centre droit avec les libéraux du FDP dont le parti est en train de gagner des points. Encore faudra-t-il que ces deux partis soient suffisamment forts pour former à eux seuls une majorité et que le FDP négocie pour les partis coalisés la liberté de vote au parlement des lois qui concernent les gays et les lesbiennes, avec une majorité de remplacement. Rappelons que le Président du FDP, Guido Westerwelle, est ouvertement gay et s'affiche volontiers en public avec son compagnon.

Les autres coalitions possibles, au cas où ces deux partis n'atteindraient pas une majoité suffisante, sont une jamaïcaine (libéraux, chrétiens-démocrates et verts) ou la reconduction de la coalition actuelle, CDU/CSU et SPD, un modèle qi n'a pas la préférence d'Angela Merkel. Une coalition rouge-rouge-verte semble improbable, car Die Linke est encore entachée du parfum sulfureux de la ex-RDA, même si elle a récemment marqué de jolis scores électoraux.

Et puis, dans le cas d'un vote parlementaire ouvert, les socialistes  tiendront-ils leurs engagements? On peut l'espérer, tout en se rappelant cependant que  du temps où ils avaient formé un gouvernement majoritaire avec les verts et où les verts mettaient des propositions de loi favorables aux gays et au lesbiennes sur la table, les socialistes n'avaient pas suivi (1998-2005).

Il y a de l'espoir, oui, mais teinté de scepticisme. Il y a eu des avancées indéniables en matière de droits lesbigays ces dernières années en Allemagne, souvent par grignotage; la tendance globale semble favorable tout en restant trop lente aux yeux des gays et des lesbiennes qui envahissent les rues allemandes par millions lors des Gay prides annuelles.

Quarante ans après l'abrogation de l'abominable article 175 du code pénal qui criminalisait l'homosexualité, et malgré des avancées importantes en matière de droits civiques, des droits fondamentaux restent à acquérir:

  • le droit au mariage (avec pour corollaire important une  taxation similaire à celle qui est actuellement plus favorable aux couples hétérosexuels) 

  • le droit à l'adoption

  • l'abrogation du Tendenzschutz, un 'droit de tendance' qui permet à l'église, lorsqu'elle est employeur, de refuser d'employer un travailleur qui ne partage pas ses convictions, par exemple en étant un homosexuel pratiquant. Un véritable droit à la discrimination. Ainsi, une enseignante de religion a-t-elle pu être licenciée sur-le-champ et sans recours possible parce qu'elle avait fait son coming out au travail et voulait contracter un contrat d'union civile avec sa partenaire. Le Tendenzschutz n'est en aucun cas anecdotique: la seule Caritas, qui regroupe une série d'importantes institutions sociales et caritatives catholiques, occupe plus d'un million de travailleurs (500000 salarié et 500000 bénévoles), les écoles catholiques sont nombreuses, etc.

L'Allemagne est-elle prête à entrer dans le vingt-et-unième siècle des droits de la personne humaine? La réponse dans un peu plus de trois semaines.

Un article de Luclebelge

Commentaires

Je ne peux pas m'empêcher d'espérer encore une coalition entre le SPD, die linke et les verts. Je pense que si ces partis ont la majorité, ils ne pourront pas résister à mettre la CDU dans l'opposition. L'appel du pouvoir ne doit pas être sous-estimé (regardez Sarko qui s'allie avec de Villiers). La faiblesse de cette idée, c'est qu'ils risquent bien de ne pas l'avoir, cette majorité. Je me réjouis de savoir ce que donnera le grand débat entre Merkel et le chef du SPD, tout peut encore changer.
Je n'étais pas au courant pour ce Tendenzschutz, merci de me l'apprendre. Je ne pense pas que ce soit entièrement conforme au droit européen, il faudrait se renseigner mais la directive sur la discrimination au travail ne me semble pas prévoir des privilèges aussi larges pour les églises.

Écrit par : Degmi | 07/09/2009

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