11/06/2009

Homophobie à l'école: journée d'étude le 17 octobre (Belgique)

Homophobie à l’école : un dossier et, en octobre, une journée d’étude de l’APED

10 juin 2009

Des enseignants qui se préoccupent de l'homophobie dans les écoles, voilà qui mérite d'être souligné. Surtout lorsqu'ils apportent des pistes pédagogiques concrètes.

L’Appel Pour une Ecole Démocratique (APED) est un mouvement belge de réflexion et d’action qui milite en faveur du droit de tous les jeunes d’accéder à des savoirs porteurs de compréhension du monde et à des compétences qui leur donnent force pour agir sur leur destin individuel et collectif.

L’APED a publié le 7 avril 2009 un dossier "Combattre l’homophobie à l’école", accessible sur son site web.  

Arc-en-Ciel Wallonie a rencontré Paul Wernerus, le coordinateur de ce dossier, pour en savoir plus sur cette initiative.

ARC-EN-CIEL WALLONIE : Qu’est-ce que l’APED ? Quelles sont ses missions ?

PAUL WERNERUS : L’APED est un mouvement né en 1995-1996, à la suite des derniers grands mouvements de grèves dans l’enseignement. C’est une association d’enseignants progressistes, regroupant des enseignants de tous niveaux, de tous réseaux, de toutes les disciplines. L’APED a principalement une volonté politique. Le but est d’améliorer les politiques d’enseignements afin d’apporter les savoirs et les compétences à tous les jeunes, et tout particulièrement ceux issus de milieux défavorisés, pour qu’ils puissent comprendre le monde et donc pouvoir agir à sa transformation vers plus de justice. Pour nous, c’est le but premier de l’enseignement, avant la formation professionnelle, avant l’accès à l’enseignement supérieur.
On essaie de sensibiliser le monde politique, le monde enseignant, les écoles,…

AECW : Les dossiers de l’APED, ça consiste en quoi ?

PW : L’APED a une publication trimestrielle qui comprend souvent un dossier thématique. Le thème est choisi sur base de l’idée de faire bouger les choses au niveau politique et au niveau de l’enseignement. Le thème peut être lié à un fait d’actualité mais pas nécessairement, certains thèmes nécessitent un temps de réflexion, de mise en commun. Il y a déjà eu des dossiers sur la citoyenneté, sur la violence à l’école,…
Pour la rédaction, un noyau d’enseignants se réunit et travaille sur un projet précis.

AECW : Comment est venue l’idée de faire un dossier sur l’homosexualité et l’homophobie ?

Combattre l'homophobiePW : Régulièrement, en réunion, on discute des thèmes susceptibles d’être abordés dans un dossier. Dans le cas présent, l’idée est venue suite à la parution du "guide pédagogique"  de la Communauté française "Combattre l’homophobie. Pour une école ouverte à la diversité". Ce guide est toujours téléchargeable sur le site de la Communauté française.
Le fil conducteur du dossier de l’APED est : comment donner envie aux enseignants de faire quelque chose sur ce thème dans les écoles, voire même d’utiliser le guide comme point de départ ?

AECW : Comment aborder la question de l’homosexualité à l’école ?

PW : Il y a d’abord les questions du type qui veut aborder ce thème ? Sous quelle forme ? Dans quel cours ? Et puis, il y a la question du fonctionnement global de l’école. La situation idéale serait que tous les enseignants puissent réagir, c’est pourquoi je parle d’action au niveau de l’établissement en entier.
Certains cours, comme les cours de sciences humaines, de morale, d’histoire, de français, etc. sont plus adaptés pour aborder ce thème de façon directe. On peut faire des exercices de sensibilisation, de travail avec les élèves, notamment grâce au guide de la Communauté française. L’approche de cette question dépend de la personnalité de l’enseignant (qu’il soit homosexuel ou pas), de la façon dont il se comporte avec ses élèves, s’il est à l’aise avec sa sexualité. Des solutions alternatives existent, les enseignants peuvent faire appel à l’extérieur ou demander l’aide d’un collègue. Plus généralement, par rapport à l’éducation à la vie affective et sexuelle, certaines écoles emmènent les élèves dans des centres de planning familial où le thème de l’homosexualité peut être abordé. En Communauté française, il n’est stipulé nulle part dans les programmes que le thème de l’homosexualité doit être abordé spécifiquement, contrairement à la Flandre. Du coup, cette sensibilisation ne se fait pas systématiquement, elle est liée au bon vouloir des enseignants.
Parallèlement à l’approche directe, il y a un travail de réaction aux problèmes liés à l’homophobie qui surgissent en milieu scolaire. C’est le rôle de tous les enseignants de réagir, et de bien réagir, mais ils ne sont pas tous conscientisés, loin de là. Les enseignants devraient être formés pour apprendre à réagir correctement face à ce type de situation : comment réagir ? Comment démonter les clichés, les stéréotypes ? La formation continuée est nécessaire mais il faudrait également que ce soit intégré dans la formation initiale des enseignants. Une autre démarche intéressante serait que l’école, dans sa globalité, choisisse ce thème comme thème de journée pédagogique pour tous ses enseignants.

AECW : Pour vous, quel serait l’angle d’approche le plus pertinent pour aborder ce thème en classe ?

PW : Les enseignants ne se rendent pas compte à quel point la normativité hétérosexiste est intégrée dans leurs schémas de pensée. Et la question de l’homophobie devrait être traitée dans le cadre plus général des questions de genre.
Des spécialistes, comme Tanguy Pinxteren (qui a participé à la conception du guide de la Communauté française ainsi qu’au dossier de l’APED, ndlr), pensent qu’aborder cette question via le thème plus généraliste du genre donne de meilleurs résultats. Il s’agit de donner aux élèves les moyens, les savoirs et les compétences pour comprendre comment est né le sexisme, comment se sont construits les rôles, comment s’est forgée l’homophobie…
C
ertains disent que ce thème ne doit pas être abordé à l’école, que ça relève de la sphère privée, de l’intime. Mais cette question est avant tout sociale et politique, elle doit être élabordée à l’école.

AECW : Par rapport au guide, un des articles s’intitule "un bel outil inutile ?", qu’en est-il ?

PW : Le dossier s’inscrit dans une démarche critique et progressiste. Dans cette perspective, le dossier est assez complet. On vante un peu les mérites de ce guide, c’est le seul outil officiel qui existe et est facilement accessible. L’auteur de l’article donne une lecture critique de ce guide qui mériterait d’être évalué, amélioré,… Initialement, il devait y avoir une évaluation sur base d’un questionnaire inclu dans le guide. Mais le problème est qu’il n’y a pas eu de suivi ni d’évaluation.

AECW : Existe-t-il d’autres outils ?

PW : Au niveau de la Communauté française, c’est assez maigre, quelques outils existent mais ils sont plus marginaux ou plus ciblés vers l’associatif. Des initiatives sont prises à l’étranger, en Suisse et au Canada notamment. Au Québec, par exemple, un centre de recherche envisage de former des élèves qui feraient eux-mêmes la sensibilisation dans leur école.
Dans ce dossier, on s’est concentrés sur ce qui se faisait en Communauté française, il fallait circonscrire un champ de recherche. On a essayé de garder un fil conducteur qui est : que se passe-t-il pour les jeunes victimes d’homophobie à l’école (échec scolaire, décrochage scolaire, suicide, etc.)? Il y a évidemment d’autres pistes à explorer.

AECW : Quelle suite sera donnée à ce dossier ?

PW : L’APED prépare une journée d’étude sur le sexisme et l’homophobie. Elle aura lieu le samedi 17 octobre et elle s’inscrit directement dans le prolongement du dossier. Le programme détaillé n’est pas encore disponible mais il le sera très prochainement sur le site de l’APED.

Source de l'article: Arc-en-ciel Wallonie

08:29 Publié dans Ecole, enseignement, jeunes LGBT | Lien permanent | Tags : homophobie, ecole, enseignement, education | | |  Facebook |

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