01/04/2009

Rapport sur l'homophobie en Europe, un communiqué d'Arc-en-ciel Wallonie

L'homophobie et la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle en Europe

31 mars 2009

Rapport sur l'homophobie en Europe :
Pour Arc-en-Ciel Wallonie, la Belgique doit faire de sérieux progrès. 

FRA

L'Agence des droits fondamentaux de l'Union Européenne (FRA) a publié ce 31 mars 2009 un rapport intitulé L'homophobie et la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et sur l'identité sexuelle dans les États membres de l'UE. Partie II : la situation sociale.

Les auteurs de ce rapport constatent que la discrimination, le harcèlement et la violence à l'encontre des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuel-le-s et transsexuel-le-s sont largement répandus dans toute l'Union européenne. La FRA lance un appel aux décideurs politiques en vue de renforcer la législation sur l'égalité et de garantir la communication adéquate des incidents afin d'améliorer la situation.

Comme le souligne Morten Kjaerum, directeur de la FRA : de nombreux LGBT sont victimes de discrimination, d'intimidation et de harcèlement. Dans certains pays, des LGBT ont fait l'objet d'agressions physiques, parfois mortelles. Ces signaux sont alarmants dans une Union européenne qui revendique par ailleurs avec fierté le respect en son sein des principes d'égalité de traitement et de non-discrimination.

Il ressort du rapport de la FRA que la discrimination concerne tous les aspects de la vie des LGBT, depuis le harcèlement à l'école jusqu'à la discrimination en matière d'emploi ou de soins médicaux. Dans certains États membres, les locaux d'ONG se consacrant aux LGBT ont été vandalisés ou incendiés. Des manifestations comme la «Gay Pride» ont été interdites ou contrecarrées dans plusieurs États membres. Les auteurs du rapport relèvent également que les discours incitant à la haine prononcés par des personnages publics constituent un phénomène particulièrement inquiétant, dans la mesure où ils influent négativement sur l'opinion publique et confortent l'intolérance.

Morten Kjaerum met en évidence un autre aspect de cette problématique : nous savons que très peu d'incidents sont déclarés à la police ou à d'autres autorités publiques. Cela signifie que des crimes restent impunis, que des victimes n'obtiennent pas justice et que les autorités ne sont pas à même de prendre les mesures nécessaires pour réagir à ces crimes ou empêcher qu'ils ne se reproduisent. Je lance un appel aux gouvernements de l'UE afin qu'ils améliorent l’enregistrement des crimes inspirés par la haine et qu'ils forment leurs forces de police en conséquence. En outre, des campagnes doivent être déployées afin d'informer chacun sur la diversité et la non-discrimination, parce que pour porter plainte, il faut connaître ses droits.

En même temps, l'Agence observe que, dans certains pays, des signaux encourageants démontrent que des efforts sont mis en oeuvre pour améliorer la situation. Ainsi, quelques pays ont introduit des mécanismes de déclaration anonyme, qui permettent de porter plainte par l'Internet ou auprès d'organes indépendants auxquels les organisations de LGBT participent. Dans plusieurs États membres, les défilés de la «Gay Pride» ont eu lieu en présence de ministres du gouvernement et de représentants de partis politiques. La réglementation communautaire en matière de non-discrimination commence également à produire des effets positifs. Pourtant, la protection législative contre la discrimination présente encore des lacunes. Alors que la législation européenne interdit la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle en matière d'emploi, elle ne couvre pas encore des secteurs comme le logement, l'éducation ou les services de santé. Pour remédier à cette situation, la Commission européenne a proposé une législation anti-discrimination plus complète en juillet 2008.

Anastasia Crickley, présidente du conseil d'administration de la FRA, conclut : Toute personne vivant dans l'UE doit pouvoir vivre sans crainte et sans discrimination, quelle que soit son orientation sexuelle. J'en appelle à tous les gouvernements de l'UE afin qu'ils soutiennent la nouvelle proposition de législation européenne contre la discrimination.

La «Partie I – La situation juridique» du rapport de la FRA a été publiée en juin 2008 et concluait que la protection juridique des LGBT varie considérablement entre les différents États membres de l'UE.

(Source : FRA)

Le rapport n'est disponible qu'en anglais sur le site de la FRA, mais une synthèse en français est disponible en cliquant ici.

L'avis d'Arc-en-Ciel Wallonie

Même si la Belgique a une législation très en pointe en matière de lutte contre les discriminations, encore faut-il qu’elle soit appliquée. La lutte contre l’homophobie ne se traduit pas en actes concrets. Les recommandations de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne sont dès lors largement applicables dans notre pays. Elles rejoignent les revendications for mulées par le mouvement associatif gay et lesbien en Belgique francophone.

Arc-en-Ciel Wallonie, qui a participé à l’étude dont le rapport est issu, souligne que les principaux constats sont valables pour notre pays. Il est vrai que les citoyens belges sont plus tolérants que la moyenne des européens. On peut y voir un effet de la législation belge, par exemple sur le mariage entre personnes de même sexe. Les manifestations LGBT telles que la Gay Pride sont de mieux en mieux perçues par les autorités et la population. Mais de sérieux progrès restent à faire. Les crimes et discours haineux, s’ils sont punissables depuis 2003, sont largement sous-estimés et la procédure de signalement au Centre pour l’Egalité des Chan ces et la Lutte contre le Racisme n’est toujours pas mise en place 6 ans après. En matière d’emploi, une récente recherche a mis en évidence toutes les difficultés vécues par les personnes homosexuelles dans le monde du travail(1). Les écoles en Communauté française restent de lourds foyers d’homophobie dont les associations de jeunes homos peuvent témoi gner à l’infini…

En Communauté française, des initiatives ponctuelles de sensibilisation existent. Pour intéressantes qu’elles soient, elles ne peuvent remplacer la nécessité urgente d’une stratégie globale de lutte contre les discriminations, encore trop largement lacunaire dans la plupart des niveaux de pouvoir de notre pays. Et pour cause, nous souffrons d’un manque de statistiques et de recherches scientifiques sur ces sujets, ce qui contribue singulièrement à la méconnaissance de la réalité en matière de discrimination homophobe à Bruxelles et en Wallonie.

Il n’est donc pas étonnant que les constats et recommandations de l’Agence européenne convergent avec celles du mouvement gay et lesbien en Communauté française. Celles-ci sont rassemblées dans une plate-forme de revendications élaborée par la Coordination Holebi Bruxelles et Arc-en-Ciel Wallonie(2).

Le rapport sur l’homophobie et la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle, publié ce 31 mars par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne est une première à l’échelle européenne. L’Union Européenne peut jouer un rôle d’aiguillon auprès des Etats membres. Pour cette raison, Arc-en-Ciel Wallonie engage le Parlement européen à tenir le plus grand compte des recommandations formulées lorsqu’il adoptera ce 2 avril en session plénière à Bruxelles une importante résolution sur la proposition de directive européenne visant la lutte contre les discriminations.


(1) Situation des lesbigays dans le monde du travail. Etude menée à l’initiative du CECLR et réalisée par le Prof. John VINCKE (Département Sociologie - Université de Gand). Mai 2008. Voir www.diversite.be.
(2) Disponible en cliquant ici.

Source: Arc-en-ciel Wallonie

08:37 Publié dans Homophobie | Lien permanent | Tags : homophobie, trans, europe, discrimination, wallonie, gay, lesbienne | | |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.