11/01/2009

Impressions ottomanes sur la sodomie dans les bordels parisiens du Palais Royal en 1803

ottoman

En visitant l'exposition The Ottomans in Paris organisée par le musée de la Banque Ottomane d'Istanbul, je suis tombé sur un texte écrit par un Ottoman qui visitait la capitale française en 1803, et qui concerne l'histoire de l'homosexualité et de la prostitution masculine. Le texte m' a paru tout à fait digne d'intérêt, historiquement et sociologiquement parlant. Il m'a un peu fait l'effet des Lettres persanes de Montesquieu, sauf qu'ici, il ne s'agit pas de la pratique littéraire du regard inversé, mais d'un document authentique.

Voici ce qu'écrivait Halit Bey en 1803 alors qu'il séjournait à Paris (essai de traduction).

"Tous les Arméniens et les Grecs du monde continuent d' affirmer que les Musulmans sont des sodomites, et une chose pareille(...) n'arriverait jamais en Europe, et si cela devait se passer, les coupables d'actes aussi honteux seraient immédiatement jetés au feu. Nous l'avons si fréquemment entendu que nous avons fini par le croire. (...) Il semble qu'[ici, à Paris les gens] n'aient rien d'autre à faire. Il y a un endroit qu'ils appellent le Palais Royal, qui ressemble à un bazar couvert mais beaucoup plus étendu avec des magasins sur chacun des quatre côtés et une grande variété de marchandises dans ces magasins. Au-dessus des magasins, il y a des chambres, et dans ces chambres se trouvent 1500 femmes et plus de 5OO garçons dont l'unique activité est de pratiquer la sodomie. Il est honteux de s'y rendre de nuit, mais il n'y a pas de risque d'y aller pendant la journée. Nous y sommes allés pour observer. Une fois entré, on est aussitôt entouré  de tous côtés d'hommes et de femmes qui vous distribuent des feuillets imprimés aux visiteurs. Les feuillets annoncent: "Je dispose d'autant de femmes, mon emplacement est à tel ou tel endroit et le prix est tel ou tel." Un autre de ces feuillets imprimés dit: "J'ai autant de garçons, leurs âges sont comme suit, et leur prix est tel ou tel." Et s'il se trouvait qu'un des ces garçons soit atteint de syphilis, ils sont traités par des médecins désignés par le gouvernement. Et les femmes et les garçons assaillent les visiteurs de tous côtés, et les accompagnent en leur demandant lequel d'entre eux leur plaît le plus. E même les Nobles vous demandent avec fierté: "Avez-vous été au Palais Royal? Avez-vous aimé les filles et les garçons?". Lis ce passage à Hoca Abraham: il n'y a pas autant de sodomites et de pédérastes dans les pays de l'Islam."

Selon le Professeur Sibalis*, qui est spécialiste de la période révolutionnaire et napoléonienne, ce texte est en fait un extrait d'un livre écrit au début du 19e siècle, publié à Istanbul en 1940, et publié en traduction française comme Deux Ottomans à Paris sous le Directoire et l'Empire : Relations d'ambassade (Paris, 1997).  Le Professeur Michael Sibalis l'a publié en Anglais dans son article The Palais-Royal and the Homosexual Culture of Nineteenth-Century Paris, Journal of Homosexuality, t. 11, no. 3/4 (2001). 

*Michael Sibalis, professeur associé au département d'histoire de la Wilfrid Laurier University, Canada. Le Professeur a également écrit un article dans l'ouvrage  Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, Contributions à l'histoire du genre et de la sexualité en France, dirigé par M. Régis Revenin (éditions Autrement).

08:30 Publié dans Histoire | Lien permanent | Tags : paris, homosexualite, sodomie, histoire | | |  Facebook |

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