28/11/2008

Les deux amies, par Marie-Jo Bonnet

Les fêtes approchant...pour chérir la personne aimée, l'ami désirée o se faire plaisir à soi-même, ce petit post pour rappeler (l'existence ou présenter à celles et ceux ne le connaîtraient pas encore), un livre de Marie-Jo Bonnet, paru aux éditions Blanche en 2000, Les deux amies, Essai sur le couple de femmes dans l'art. Cela se trouve fort heureusement toujours en lbrairie ou en achat en ligne.

les2amies

Présentation de l'éditeur

"Si l'art a pour fonction de montrer ce que la société ne voit pas ou ne veut pas voir, c'est probablement dans le registre de l'éros lesbien qu'il nous réserve les plus étonnantes surprises. En effet, c'est une véritable tradition du dévoilement du couple de femmes qui s'est élaborée au cours des siècles, tradition qui prend sa source dans la plus haute antiquité avec les déesses doubles, pour devenir, avec la Renaissance, le vecteur d'un nouvel archétype de la liberté sexuelle féminine dont le portrait de Gabrielle d'Estrées et sa soeur nues dans leur bain est le témoignage le plus audacieux.

Que montre un artiste lorsqu'il représente un couple de femmes enlacées ? C'est la question que pose l'auteure en regardant près de 150 tableaux. S'agit-il, comme on le pense ordinairement, d'un voyeurisme masculin sans conséquence ? S'agit-il de dévoiler l'éros lesbien, et avec l'émergence des femmes dans l'art, un regard différent sur le sujet ? S'agit-il enfin de construire un espace symbolique où le désir féminin s'émancipe de la loi phallique ?

Nous verrons à travers un cheminement historique très complet comment chaque époque et aussi chaque artiste tente de révéler un désir féminin réputé invisible au moyen d'une image réputée muette.

Mis à la mode par Verlaine au XIXe siècle, "Les deux amies" ont été un des grands thèmes iconographiques de ce siècle traité par des artistes aussi différents au Rodin, Zadkine, Picasso, Delvaux, Man Ray, Tamara de Lempicka...

En conclusion, l'auteure montre que les lesbiennes ont encore à se battre pour obtenir leur représentation dans la cité, à la fois comme lesbienne et comme femme.

Marie-Jo Bonnet est docteure en Histoire, spécialiste d'histoire culturelle. A la Columbia University, elle a donné un cours sur : "Amour et art au XXe siècle" et publié Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIè au XXè siiècle (Editions Odile Jacob) ainsi que de nombreux articles."

Un article de Florence Tamagne

Voici ce qu'en écrivait Florence Tamagne dans un numéro de Clio en 2001:

"Dans ce livre richement illustré et documenté, Marie-Jo Bonnet s'interroge sur la symbolique du couple de femmes dans l'art, en privilégiant l'exemple français, et ressuscite des figures d'artistes oubliées, comme Louise Janin, ou méconnues, telles Louise Abbéma ou Claude Cahun. Tribades, précieuses, amazones et garçonnes sont conviées à livrer leurs secrets : Marie-Jo Bonnet s'intéresse à la mise en scène du désir, longtemps orchestrée en fonction des attentes du spectateur masculin, mais également porteuse d'une charge subversive, lorsqu'elle entend révéler la force de « l'éros féminin », ou dénoncer l'invisibilité de la lesbienne dans la Cité.

Marie-Jo Bonnet montre bien comment, à partir du milieu du XIX e siècle, le couple de femmes s'inscrit comme un enjeu dans la représentation de la modernité. Alors que le lesbianisme devient une préoccupation sociale, alimentée par les études médicales sur les névroses, et les discours homophobes qui dénoncent la « séduction » homosexuelle comme facteur de dénatalité, la double affirmation des mouvements féministes et des revendications lesbiennes entraîne une multiplication des œuvres de femmes, soucieuses de substituer au voyeurisme masculin le regard amoureux de femmes libres et autonomes. Louise Breslau ose ainsi se représenter avec son amie, dans un cadre intime et chaleureux, affirmant la « normalité » d'un désir toujours présenté comme pervers. Les œuvres de Marie Laurencin, réduites à l'expression d'un féminin délicat et naïf, traduisent cependant bien la difficulté d'accepter les implications amoureuses du couple de femmes.

En choisissant l'angle d'approche original du couple de femmes, l'auteure entend démontrer que l'art a offert, alors même que l'homosexualité féminine était condamnée au silence par la justice divine ou la morale sociale, une possibilité d'expression au désir lesbien. Cette analyse, qui s'avère particulièrement pertinente pour le XIX e siècle, est cependant moins convaincante pour les périodes antérieures. Certes, il est toujours possible, et parfois justifié, d'investir telle ou telle œuvre de la Renaissance ou du XVII e siècle, qui joue de l'ambiguïté des situations, dans un contexte mythologique (Diane et les nymphes), religieux (Marie et Elisabeth) ou simplement familial (le couple mère/fille, l'union de deux sœurs) d'une charge érotique ou contestataire. Néanmoins, la rareté de telles représentations ne permet guère d'établir une comparaison avec la période contemporaine. L'analyse de l'école de Fontainebleau est à cet égard révélateur : Marie-Jo Bonnet remarque avec justesse combien le regard sur les femmes a évolué sous l'influence de l'humanisme et de la culture de cour, alors que le retour aux sources de l'Antiquité grecque et romaine modifiait sensiblement la vision de l'amour et de la sexualité. Affirmer cependant que « la publication en 1550 de l'ode À Aphrodite et de l'ode À une aimée retentit comme un véritable choc identitaire » apparaît comme prématuré, au regard par exemple des études menées par Joan DeJean (Sapho, Les Fictions du désir : 1546-1937, Hachette supérieur, 1994) sur la réception de l'œuvre de Sapho en France et en Europe.

On regrettera que cette réflexion utile ne se prolonge pas au delà de la Seconde Guerre mondiale. Au discours esthétique, Marie-Jo Bonnet substitue alors l'analyse politique, dépassant le cadre de l'histoire des représentations pour s'engager dans une discussion sur la place des lesbiennes dans le mouvement de libération homosexuelle et le féminisme. Selon elle, la culture de « l'entre-femmes », qui se met alors en place, délaisse les arts plastiques comme lieu privilégié d'expression et se tourne vers l'écriture et le langage, plus à même de traduire les préoccupations nouvelles des lesbiennes radicales concernant l'identité et le genre. On remarquera pourtant que le couple de femmes ne disparaît pas de l'art, que ce soit comme expression de l'amour entre femmes (ainsi les œuvres de Monica Sjoo, Sadie Lee, ou Rachel Field), ou comme support fantasmatique de l'érotisme masculin. L'utilisation de plus en plus fréquente de l'imaginaire du couple lesbien dans la photographie (récupérée par la publicité) aurait ainsi permis de faire le lien entre le paradoxe de la banalisation du fait homosexuel et la difficulté à exprimer le désir lesbien dans une perspective féministe.

Retrouver les traces d'un désir lesbien nié par l'histoire et longtemps gommé des représentations est une entreprise nécessaire, qui peut cependant s'avérer frustrante, lorsque les images sont muettes ou trompeuses. Le livre de Marie-Jo Bonnet a le grand mérite d'offrir des pistes de réflexion neuves sur un sujet trop longtemps négligé, et d'élargir considérablement le champ des sources à étudier."

Source de l'article

Florence TAMAGNE, « Marie-Jo BONNET, Les deux amies. Essai sur le couple de femmes dans l'art, Paris, Editions Blanche, 2000, 305 p. », Clio, numéro 14-2001, Festins de femmes, [En ligne], mis en ligne le 19 mars 2003. URL : http://clio.revues.org/index130.html. Consulté le 12 novembre 2008.

08:00 Publié dans Art | Lien permanent | Tags : lesbienne, lesbiennes, art, homosexualite, erotisme, essai, etude, marie-jo bonnet, florence tamagne | | |  Facebook |

Commentaires

Excellent article !

Écrit par : François | 28/11/2008

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