22/11/2008

Verlaine: Mille e tre

Le poème Mille e tre est extrait du recueil Hombres

Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches :

Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,

Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches

De force assez brutale et de procédés gros.

Meunier-Debardeur 

Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;

Ils ne sentent pas l’ambre et fleurent de santé

Pure et simple ; leur marche un peu lourde, va preste

Pourtant, car jeune, et grave en l’élasticité ;

 Image:PalmercarpenterA.jpg

Leurs yeux francs et matois crépitent de malice

Cordiale et des mots naïvement rusés

Partent non sans un gai juron qui les épice

De leur bouche bien fraîche aux solides baisers ; 

 Meunier-Forgeron

Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses

Réjouissent la nuit et ma queue et mon cu ;

Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses

Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.

027-011

 Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,

Mémoire, pieds, coeur, dos et l’oreille et le nez

Et la fressure, tout gueule une ritournelle,

Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.

Desenfans-Elagueur
 

Un chahut, une ritournelle fol et folle

Et plutôt divins qu’infernals, plus infernals

Que divins, à m’y perdre, et j’y nage et j’y vole,

Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.

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                            Mes deux Charles l’un jeune tigre aux yeux de chattes

Sorte d’enfant de choeur grandissant en soudard,

L’autre, fier gaillard, bel effronté que n’épate

Que ma pente vertigineuse vers son dard.

 Kolkhoznitsa[1]

Odilon, un gamin, mais monté comme un homme

Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils

Mieux encore mais pas plus que de son reste en somme

Adorable drûment, mais ses pieds sans pareils !

 Minne-GrandDocker

Caresseurs, satin frais, délicates phalanges

Sous les plantes, autour des chevilles, et sur

La cambrure veineuse et ces baisers étranges

Si doux, de quatre pieds, ayant une âme, sûr !

 Debonnaires-AuxCheminotsBelges

Antoine, encor, proverbial quant à la queue,

Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,

Taraudant tout mon coeur de sa prunelle bleue

Et tout mon cul de son épouvantable épieu.

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                                         Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes

Poitrine blanche, aux durs boutons sucés ainsi

Que le bon bout ; François, souple comme des gerbes

Ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi !

027-001

 Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle

(Il était bien joli quand ça nous arriva)

Jules, un peu putain avec sa beauté pâle.

Henri, me va en leurs conscrits qui, las ! s’en va ;

 Meunier-Mineur

Et vous tous ! à la file ou confondus en bande

Ou seuls, vision si nette des jours passés,

Passions du présent, futur qui croît et bande

Chéris sans nombre qui n’êtes jamais assez !

07:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Tags : poesie, poeme, verlaine, gay, homosexuel, homosexualite | | |  Facebook |

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